Journal 1984

Ce que l'existence offre de beau, elle le reprend aussitôt, pour le déplacer là où on ne l'atteindra pas...

Ce conte se lit chronologiquement à la manière d'un manuel de bonne conduite, il verse dans la mélancolie avec de douteux personnages qui s'épient, ce qui rend complexe l'histoire, qui a proprement parler ne tient pas debout...

L'illusion du bonheur vaut le bonheur même...

Je n'exige rien, ni de moi même, ni de mes amis, et encore moins de ceux qui me traînent dans l'abus, c’est un moyen de passer inaperçu, pas vu, pas compris, double plaisir aussi de le savoir, je me tourne vers le sommeil et son étude...

Une pute canonique avec des messages et des mensonges, une cuirassée, façon totem, trop partisane, de plus elle schlingue...

Au diable les beaux missels, les beaux chapelets, les belles coiffes du dimanche, les pompes lustrées, la confusion entre les saints, les assassins, les délateurs, foutons tout ça dans Dieu, puis barrons nous...

Aucune fusion, aucun rite, du chagrin de pourvoyeur de trop d'espaces, rien d'autre...

Chassez le mythe, il revient en grelots, avec un nom de musicien méprisant qui qualifia son siècle de puant, et qui avec ses mains tapait sur des touches d'ivoire et d'ébène...

Ne bois plus, ne sors plus, sois ce père qui n'est pas sourd aux silences de son enfant, ne t'arrête pas dans la fatigue d'exister, use de la rocaille et de la racaille des mots pour ne pas te tordre dans tant de douleur...

Petite maquerelle qui se signe et singe tout ce qui touche aux fantaisies des macaques en bleu, passe par de l'entretien ou tous ces livres écrits par des artificiers...

Plus on se tasse, plus ça passe, avec ceci garder les mains croisées sur la poitrine, la fermer, ne pas faire feu, pas plus que dans la rancœur ou rancune, après ça être en dépréciation.

Tireur solitaire, rien qui ne me vaille, pas même ce visage emprunté, inattendu, blafard, entre les philosophies ordinaires, et des littératures de chiottes...

Scénario en cours, sur des planches qui crament, je pose le pied, d'un nœud à l’unité, dans l'autre une seringue, retardement, personne n'est prêt, chacun rêve d'un danger plus haut, moi je vais valser avec les morts, c'est un jour pour un long sommeil, de mes accents de farfadet je tire une vacuité sans nom, comme ceux qui n'ont jamais bossé la nuit, rien ne me rachète de ce que j'ai mal commis. Mes montures saignent, j'ai pété leurs gueules avec les mors de mes sales abjections, avec de la vérité quoi, je sais que j'aurais dû m'écarter silencieusement de tout et de tous, ne me creuser pour aucune, pourtant nulle ne m'a entendu geindre, certaines payent les cicatrices qu'elles me firent, que ma folle équipée dans le sang les prive, les écarte de ces soumissions quelles défendaient comme des châteaux de sable, je vais dormir dans un lit étroit, je vais oublier...

Automne au pochoir, il pleuvrait que ça en deviendrait comme une saison moribonde, je jure, j'abjure, je fais des conspirations à domicile, rien n'aboutit, pourtant du couperet, de la guillotine sont là, pour de la mort bien droite, bien élevée, rien, aucune drôlerie, des soliloques pour se sauver de ses crispations, de sa solitude, après dix ans à me voir en aveugle, rien de changé, les jardins, les villes, les voyages sont incertains, les averses n'ont plus rien de la science du puits, moi je reste absent, je n'ai, ni ne grandirai personne, j'entre en une nouvelle saison où toute musique est inutile, vais vers une autre terre, je reste un enfant de l'arrière avec les mains sales et les oreilles bouchées...

Type ignorant dont les crimes et les sensations sont de marcher à côté de ses pompes, pas encore convaincu, encore moins convaincant, presque détaché.

Visite à moi-même, aveugle imposé je cherche un médecin de nuit pour éclaircir tous mes lieux favoris, la maladie quoi.

Frêle, implacable, plus tenace qu'il n'y paraît pourtant, j'avance nu au devant de celles qui n'ont rien voulu partager, me voilà ne résistant à aucun visage, à aucune délicatesse, aucune humilité, de quelle obligeance suis-je le portefaix rouleur de mécaniques et qui n'est pas plus désespéré qu'une pute qui a choisi?

L'inquiétude est devenue palpable, elle m'ouvre des extrêmes horizons où les chiens dégradent leur course contre le vent, cernés par la meute de loups qui n'ont pas encore chu.

Somnifère et médicamentation outrancière, comme une eau pure pour me laver de tout, pour ne plus froncer dans ma tête tous ces vieux adages, ces vieilles parodies nouées de solitude, je traîne une cendre qui vient d'un sablier qui ne s'écoule pas plus vite que les clients sur un trottoir.

Je parle, je nettoie les toiles sèches, désemplit l'encrier, dégobille sur les moquettes, je suis en mauvaise compagnie avec moi-même, je dors dans un autre corps, plus froid plus tendu.

Mes plumes ne me servent plus qu'à essuyer mon front, elle ne sont pas cet ange qui était au-dessus de mon lit et qui m'empêchait de tomber dans le ravin.

Zootropisme, strophes en trop d'un qui aurait bougé jusqu'à ses initiales.

Tout m'apparaît dans l'extrême vanité des objets qui ne donnent rien à réfléchir. Écrire m'ôte du dessein de disparaître, je reste ici pour me reconnaître ailleurs, pour ruser, pour m'indigner parmi les autres.

Rien que du circulaire, l'angoisse qui me consacrait n'est qu'un ourobouros qui se bouffe la queue, et que nul n'empêche de tourner en rond, c'est ainsi que tous les carrés, tous les triangles se vicient, plus aucun arc n'est solide pour soutenir un archange sans lui péter les ailes.

Voilà que je découvre une nouvelle impatience. Vivre ne me givre plus.

Je récupère d'une révolution, celle qui se passait la nuit alors que mon ventre geignait, voilà que je suis dans une retraite pour quelques mots déplacés, un nouveau conciliabule m'arrive ,mais issu de la dérision.

Je démissionne, je suis tout en omission, y aura-t-il encore assez de place pour moi ,et voir ce musicien marcher sur les toits et brûler son violon?

J'ai pris soin de mes anciennes photographies, ces flashes et ces crépitements, lorsque j'avais dix ans et que rien ne m'était clandestin.

J'ai déniché quelqu'un pour entrer en pension chez moi, il dit « Dieu que la paix est belle ».Puis un silence, toute la beauté du monde est expliquée...

S'ouvrir, s'offrir, avant d'aller baver sous ses souffrances.

Je ris de réentendre l'infect bourdonnement, le bidonnage des mots, ceux qui nous ont trompé, ceux qui nous ont trahi, ceux qui ont pris la poudre d'escampette, ceux qui nous ont fait glisser, ceux qui nous ont fait souffrir.

Radicalement opposé à toute action, à toute discussion, je me sens plus anéanti que si j'étais  arrivé à franchir les barrières du dormir, comme un hère souffreteux que l'asile accueille pour lui donner le plus mauvais des lits.

Demain, encore cette honte du monde, de tout et de tous, puis faire le cinéma du portraitiste complaisant, comme un malade qui retarderait ses méfiances.

Toujours la pharmacopée du sentiment, avec des rêves délayés.


Qui cherche un accord trouve un percepteur au bout. Voici une scène reconstituée. Deux femmes dans un abri décident d’échanger sur leur vie respective. La première eut une existence toute en préparation, splendide à force de ne rien vouloir réunir, ne posséda rien, se limita à des besoins simples, la seconde eut une vie pleine, extravagante, piquée le jour, fardée la nuit, fit des voyages, participa à des cérémonies, elles échangèrent tant et tant sur leurs souvenirs que des matins vinrent avec leurs peaux et leurs chairs mêlées , il advint que toutes deux retrouvèrent cette haine que se vouent les êtres particuliers et dissemblables, quand ils sont entre autre restés à l’arrière plan. En conclusion je décide de m’organiser dans la désorganisation, dans l’improvisation, pour le reste on verra plus tard.

La plus fréquente reste la même, elle me défait, nous assistons à  nos déboires, elle n'essuie la bouche, pas de consolation cérébrale, plutôt des commissions, côté bredouille et branlette  à domicile. Bâillonnée, toute en crampes, le même trouble quand naguère elle excellait dans les dix ans de moins, cadette qui me caressait le front, m’aimait en vie, détachait le sparadrap de mes lèvres et de mes blessures, avec des mots volés, des mots d'aventure et des mots d’autel. D'abord osseuse, plutôt dominante, elle m'apaisait en se gargarisant de mon nom, j'ai été sa gigogne, doucement, vite, doucement, ceci malgré tout restait comme une visite enfantine dans les chais, où je lapai la tiédeur des fauves et du vin, je peins aujourd'hui un couple qui picole.

Blanche à ma ressemblance, dans cette même barbarie irréprochable, quand le whisky aux lèvres nues nous alanguit, nous rend saumâtres. C'était un animal familier, elle répondait à mes appels, cellules et neurones pour tous les calibres. Son linge, sa lessive, tout était pour moi, c'était un sentiment neuf, une sorte de potence quoi. En crescendo, moi le guetteur angulaire sur lequel on cria plus qu'il ne fallait, comme le font ces hospitaliers qui se croient amicaux, je lui disais mes noms d'emprunt, ma géométrie, les appels renouvelés de l'armée de vœux, je lui devais être sur la piste, sans filet, à ma ressemblance, c'est ainsi qu'à s'ajouter des années de sous le préau et des cours d'école elle frappait les garçons en se faisant appeler « Salope ».

Pour le plus haut des pardons, je me suis égaré dans une guerre énoncée pour moi seul. C'est sortie de l'oubli, et répétée mille fois par les spécialistes de la couillonnade quand la paix est fâcheuse. Je ne lâche pas prise, je comprends  l'intérêt que je porte aux assassins, aux lieux  étroits, vides quand le sel a émergé de l’eau et qu’on va en badigeonner des plaies, surtout celles de ceux qui viennent de loin…

Avance, va dans la curiosité, que personne ne puisse te dévier du désir de cimetière, va y faire ton trou, prépare le agréablement, porte la croix jusqu'au désagrégement, jusqu'à la déchirure, jusqu'à en pleurer, ne sois pas abattu, cette ineptie il fallait bien mettre en avant, en fait dans le sens de l'héroïsme, dans le déshonneur, dans la réduction, que ton existence soit salutaire et ne s’altère pas de tous les raccourcis que tu aurais dû prendre.

Bouger ,se mouvoir, signifie-t-il vivre adéquatement, avec cette même haine, ce même amour accordés à tous les nauséeux de l'existence?

Automne fait pour des corrections, pour ne rien apporter d'extrême, sinon de la délicatesse avec ce sérieux d'homme qui a été repêché.

Aucun miracle plus élevé que celui de ne pas vivre, ne pourra me dévier de mon but, jachère en demi-journée avec des gisements uniques, ce rabais imbécile qui a déjà été ma principale décharge.

Je rentre dans ma propre compréhension, je cherche une grâce pour ne pas dépérir en idiot.

Si je pouvais seulement m'imaginer en malade qui giflerait son médecin, je pourrais aller dans ce voisinage où vivent des hottentots.

M'expliquer à un examen me rendra-t-il  la force de ne plus renoncer, de ne plus prétendre à cette cécité du sentiment, à ce moyen de tout endurer, d'émerger à nouveau, pour une énergie qui ne serait pas du côté de la charogne?

Ma tradition s'est enrichie, elle est de rendre des préférences, de faire dans des capacités, avec l'intérêt porté à toutes les idées.

Je pense à ce définitif sur lequel se porterait mon choix, à des niveaux sonores qui inclueraient les orgues, les heures clandestines.

Ce que j'ai de commun avec quiconque, ce sont les accumulations de négligences, toutes les fatigues, toutes les savantes et exécrables vérités, je cherche à gagner l'accord  dans lequel je me suis installé ce matin.

Elle n'est pas venue ils nous sont pas venus, ils n'ont oublié. Dans cette joie immonde d'attendre, et de savoir que j'attendais, je savais que je m’épuiserai, je savais que vingt ans plus tard, je leur rendrai le mal commis, cette infirmité. Chaque jour depuis ce jour, je tarde pour quelqu'un, je suis pourtant toujours à l’heure, mon retard se résume tout entier à ce visage d'enfant que j'ai gardé, que j'ai planqué, que j'ai plaqué contre moi pour l’élever à de plus hautes plaintes.
Je tiens entier dans quelques vocables que je tais pour les emporter dans quelques chaleurs, dont quelques spasmes. Ces mots sont sérieux, graves, et résident dans la façon d’une estime, dans la façon de les émettre, de les planquer, de les dire, de les prononcer. Ici sa pose une nouvelle fois le mot……


Elle m’avait nommé l’athée mystique. J'y retrouvais la trace de celui qui est toujours en retrait, qui s'établit entre le nadir et le ponant, entre le crime et l’encensoir, entre la note et le cri, celui aussi qui se recueillait en tous lieux saints, les porches les échoppes, les sacristies, bref, les bouges. Maintenant qu’elle est morte, je crois et je retiens sa croissante allergie à la scène et à tous les repas qu’elle ne prit pas avec moi, pour partir dîner à d'autres tables que la mienne.


Mon père reconstitué que j’ai appelé pour partager mes douleurs ne sera pas fêté. Je n'ai que des inquiétudes à lui donner, pas de vie privée, que cette faculté à me taire, à me cacher. Peut-il encore progresser en moi pour davantage m'étreindre et me donner une idée de cette terre qui l’a englouti ?


Apathie guerrière, quand les chevaux se sont inclinés sous le poids de la mort, que la cagne de leurs genoux leur fit toucher terre, apathie entre le point et la virgule, moins de douceur aussi, j’ai poussé au crime une infirme qui ne commentait pas sa blessure, une invertébrée que l'indigence confinait dans l'erreur de marcher, dans l’inabondance, par la pose et le cliché. J'entre dans le mal singulier de cette enfance qui s’est faite dans les verres…


Catéchisant outrancier, plié sur le banc où le missel en appelle à la réserve, me voici dans les soubresauts de commettre des imbécillités, sans le repos conçu avant la prière avec ses rebonds, avec ses dieux et ses enfers. En divers points; je ne veux rien enseigner, je ne veux plus être étique, pas plus qu’entrer dans leur religion, je veux de l'étonnement, une obscénité à la mesure de ce que j'épargne aux autres.


Inconsolé, toujours en intention et en invention cruelles, parfois échoué et éméché, j’ai le sentiment qu’oser ne m’ apportera qu'une nouvelle solitude, un nouveau théâtre, un cinoche révélé comme convulsif sur des tréteaux honorables, voilà pourquoi je pars en promenade, dans ma ligne de mire aucune lumière, aucune ombre, rien que de la rente et de la vacance.
Vanité aiguë que l'écriture dénie aussitôt que je m'en préoccupe. L'orgueil d'être englouti, seul, nommé seul dans mes ampleurs, mes amplifications ,mes défections sont dans le châtiment d'exister, tout me rend à cette ironie, ce mode de ne pas pleurer ne me convient plus, je salive sur ses accords à me tenir tête, elle qui n'avait pas les enseignements, assez pourtant pour pianoter,pipoter aussi, je ne veux pas d'épreuve, je ne cherche pas tenter le diable, pas plus qu'exaucer les dieux, je cherche à me défaire de tout.


Plus jeune je ma tapais de ce dieu qui ne venait pas à mon secours, pire, qui me faisait couler, aujourd'hui plus triste encore qu’un marin ivre, je ne peux m'empêcher de penser qu'il y en a un au moins qui a lu mes partitions.

Particulièrement effrayants tous ces tueurs en fuite qui s'enferment dans les chiottes pour parler de leur travail.

Un marteau sans maitre pour palier à la suffisance de vulcain.


Hypnos réfléchit à une façon de ne pas vieillir.


Dans le théâtre de chaque nouvelle aube parfois une vois s'élève et tout est expliqué.

Il a un côté taulard sans lacet, s'approvisionne chez les ploucs du verbe, ne fait pas d'offre,
négocie à peine, ce n'est pas un buissonnier, ses affaires sont dans la mitraille, je passe à côté.

Toute en pureté, en finesse, rien à déverser ailleurs, elle flambe, bouillonne, se gargarise de ses trente piges, pas de perte, pas de ponte, personne ne la tire par le bout du nez.

Bourrons leur le dur et le mou, soyons violents à leur encontre, recommençons la scène et faisons leur porter le chapeau.

De moins en moins dans la parole, pas stupéfait ni stupide pour autant, j’attends d'elle une aide, pas du mutisme, mais quelque chose de tangible qu'on ne paye pas en liquide.


Pour en finir avec les clichés et lieux communs réunissons les dans une session entre le conciliabule et les chiotteries verbales, mettons les points là où il faut les mettre et balançons le tout du pont le plus haut.


J'ai mal à l'homme, mais c'est lui qui parfois aussi fait preuve de cette fraternité qui m'élève.