Dit pour G.H

Dit pour G.H


Dit pour G.H

A H.G

Année deux mille et des poussières.

Vonéant sur Sommelle

Seize avril


Arrivée à l'hôpital psychiatrique, poireautage en règle de quarante minutes, secrétariat, sourire d'obligation ,d'intégration, signatures à droite, à gauche, au milieu, pas de mesures d'équilibre ; l'infirmière m'amène à la turne, on me tape d’une chambre de taulard, ouvrage gris, meubles comme des couperets, pas libre mais malade, ça donne presque envie de ne pas respirer ou crever sur le champ, convocation chez le psychiatre, qu'est-ce qui vous amène ici, quels traitements suivez-vous, avez-vous des addictions, avez-vous d'autres indices de sauvagerie à votre encontre, oui madame, à part le fait de m'être martelé le pied à trente reprises pour ne plus aller travailler comme un singe qui s'exténue devant des guenons à la posture supérieure de celles qui ne savent que par les livres et non la vie, je vois le monde comme un dépotoir, à défaut de croître à quelques pieds de lui, c'est quelque chose d’involontaire, d’inexplicable, sur quoi je pourrais travailler, bien sûr que je préférerais m’adapter à d’autres façons, d'être quelqu'un dans une espèce de redoutable et enviable unicité, un homme neuf, équilibré, sain quoi, si tant soit peu on puisse y aboutir raisonnablement, avec moins d’ivresse, d'ivrognerie, mais pour moi c'est quelque chose entre la beauté et la bonté que je donne par la suite à ceux qui m'approchent, qui vont devenir dans ma connaissance, rien d'autre, c'est pour être moi-même, vous comprenez ,un même, j’insiste sur ce mot, je ne me cherche plus depuis bien longtemps déjà, je suis un candidat qui aimerait faire résonner toutes ses fausses notes, ma froide sérénité d''aujourd'hui me conduit à penser à la mort du renouveau auquel je n'ai jamais souscrit, qu’il ne va pas à ma croyance, je me suis démis de moi, il y a longtemps, avec des herbes, de la cocotterie, des laisse les là Marie, des ailes et elles aux SD, de la méthatruchose, du yépote, et j'en omets, c’et l’officine de tous mes échecs et désertions, une expérience avec le sort qui m'a rejeté, qui m'a scoliosé, lordosé, non que je n'ai pas voulu grandir, je voulais qu'on m'aime grandement dans ma petiterie, j'ai eu du désenchantement et de l'attachement ,enfant, je dormais avec deux de mes frères, l'un Dane a une année de plus que moi, nous avions quelque chose qui tient de la gémellité, et dans les yeux et dans les idées, et dans nos gestes, l'autre Stipe, était bien plus âgé, une saloperie comme je le dis aujourd'hui, j'avais six, sept, huit ans, il frottait sa bite contre mes fesses, éjaculait dans ma raie, m'obligeait à le branler, me giclait sur les mains, ça collait de partout, je m'essuyais de cette substance sanieuse dans les draps, voilà pourquoi il m'a ignoré pendant cinquante ans, ce salaud qui est toutefois d'une intelligence que je ne peux définir avec suffisamment de pertinence, m'a non seulement sali trahi, oublié ,mais il a menti à tous ceux qui m'aimaient, auraient pu m'aimer, pour les écarter de moi, je vous en reparlerai dans nos futurs entretiens, je ne suis pas dans le désespoir mais dans la lucidité, je fus trop longtemps le jouet de sa perversité, de ce qui a été lui, un autre pire encore pire est advenu dans ces mêmes temps, c’est ce que je croyais dur comme fer à peine élevé d'un mètre, celui d'avoir un tuteur violent, buveur, d'une stature de boxeur poids lourds qui cognait un peu pour du n'importe quoi, ses enfants et sa femme, mais du pardon m'est venu dans la quarantaine pour cet homme qui n'a pas su nous ouvrir à sa propre souffrance, en ce temps-là, on se taisait, toute la fiente et les chiasseries des familles haineuses s'imbibait en chacun de nous, surtout cette gravité ténébreuse que l'on a lorsqu'on porte un mort en soi, à mon regard de ce jour, ce fut une chance pour moi que ce nouveau père   alcoolique et aimant, qui m'adopta et m'adapta à ses façons de type intègre, droit ,honnête, serviable, qui ne bavait ,ni ne dégobillait sur personne, ni sur mon mal ni sur celui des autres, c'est cette coititude qui m'a donné le goût du subir subitement, je me suis contrefait dans le temps des monologues, dans l’actualité des paradis à m’inventer, entre la parodie d'exister dans le silence et la retraite, dans la réduction, je fais dans l'ellipse et l'omission, histoire d'abréger, c'était avant où j'étais dans une source inépuisable de valeur que je croyais belle et à conserver, il n’en fut rien, du malheur est passé par là, une sale hostilité, de la pauvreté héritée de quelques ancêtres qui se vengeaient sur moi de ne pas le avoir nommés comme il se doit ,pour n’avoir pas eu de but extraordinaire, d'être de leur soudure quoi...


Nous nous reverrons demain, première prise de bonbons hallucinogènes, je plonge dans le sommeil trois heures durant, avant que la sonnerie du téléphone ne me ramène à une nouvelle donne, je suis empanaché de glauqueries, les yeux rougis, et il y a protocole, vous savez ce qui vous donne l'illusion que toute la vie doit être faite proprement, en direct, dans les décrets, entre quatre murs avec une programmation faite pour des prisonniers et des horaires plus pénibles que le sens du forfait et du sourire gras des accompagnateurs.

Vendredi dix-sept avril.

Réveillé à six heures trente, prise de tension, tendage de bras, léger tremblement, il paraît que la mort va toujours mieux aux optimistes ,merde, je n'en suis pas encore là, du moins c'est ce dont je veux me persuader, je me lance pour la première étape à la "Tisanerie" ,lieu pour l'endormissement, l'anéantissement, médocs, des verts, des bleus, des blancs,   ça ferait presque vomir d'en avoir reçu autant à l'intérieur qu'à l'extérieur, là où je suis je ne veux pas tanguer, ça donne une nouvelle identité , de la transfiguration, je reste   sage selon votre précepte et c'est ce qu'il faut.

Dix heures trente, visite du médecin, le psychiatre quoi, alors votre première nuit, calme, des sensations particulières, prégnantes, non pas encore anéanti, vous savez la sérénité dont je parlais hier, c’est l'idée que le monde pourrait crever, je ne voudrais pas en avoir connaissance, en fait, je m'en contrefous, nous nous reverrons demain et reparlerons à nouveau de cette enfance dont je vous ai laissé deviner le premier contour.

Midi, piquetage d'une ration de quiche, en appétit de rien, on me rappelle à table, non Madame voilà quarante ans que je n'ai pas mangé à cette heure-là, et le protocole j'en reparlerai avec qui de droit.

Treize heures.

Intrusion de pilules sous la langue, idem que le jour précédent, je les place sous la langue, saisit le verre, fait semblant de les avaler, remonte à ma chambre et les recrache dans les chiottes, c’est mon côté truqueur et farceur, je dirais que je me méfie de cette brutalité qu'on veut m'imposer, si je peux rester à l’écart, je le ferais, je veux encore résider dans ce que j'ai de confiance en moi.

Après-midi à écrire, lire, seize heures, nouvel alcootest ,prise de tension, tout est équilibré, air libre, la première cigarette depuis huit jours , pas d'irritation, d'irritabilité particulière, juste une petite ivresse; avec tant, je me refuse à la parole ,c'est net et brut, me cassent les couilles tous ceux qui ne savent rester en leur dedans, à table ça jacte, ça jacasse ,ça tremble de partout, j'ai conscience de nos insignifiances ,de mes insignifiances, à les entendre j'ai pourtant mal du côté de l'âme, me voilà encore une fois catégorisé, catégorifié, catégorique tout autant, rangé dans le lumineux tiroir des prétentieux, mais c'est une erreur ,je m'auréole de vos tares, de vos défauts ,de vos erreurs comme des miennes, et en me regardant, c'est moi que je vois me satisfaire des mots jetés contre ce type qui est d'un autre ego, parce que simplement ce sont pas les vôtres. Voici ce que je note par la suite…

Tu voulais la ruine de mon corps, que je porte le fléau du somme dans ta migration, une fois la porte close, tu devenais une vermine de la terre avec tes vivantes et redoutables démangeaisons qui te portaient contre moi, puis vinrent tes muscles et dards de scorpion descendu de la lune pour creuser dans mon crâne, planter son aiguillon de gestionnaire dans mes petites années, ta responsabilité, c'était ta connaissance de que nous sommes, des hommes sans expérience, sans intervention, et tout ce qu'il faudrait regarder de près, tu le rendais aussitôt exécrable, à cela s’ajoute toutes les photographies de tes anciens plans, c'est un fait que je garde en mémoire et qui est une avalanche d’idées faussement réelles..

Vingt-deux heures, sonnerie du téléphone , pas moyen de zieuter un film en continu ,ça en devient chiant, barbant, protocole oblige, je descends l'escalier retension ,rééquilibrage pour les bras, les jambes, je m'y prête comme une potiche, surtout ne pas ouvrir sa gueule ,se taire, ne pas aller à la source de la parole ,c'est un mieux en pire, et ça me fatigue, je suis agité tout en n'étant pas hostile de crainte de susciter quelque méchanceté, suis d'avis de prendre les somnifères ,je veux dormir, puis tout devient calme, presque profond, je vais attendre la fenêtre ouverte que demain vienne.

Samedi dix-huit avril.

Six heures trente.

Tension de dix-sept, basse, ça touche à des ondes lentes, à des zones profondes où tout est vide, plat, uniforme, sans insistance et sans assistance, un peu comme ces amis qui meurent de même dans mes oublis. Je remonte les deux étages pour écrire sur la vie, c'est encore une fonction qui vaut pour moi, et à qui va mon désir.

Huit heures.

Petit déjeuner, je regarde en demi-teinte et ton, tous ceux qui sont dans les tremblements, qui sont encore dans la nuit ,dans ces endroits oubliés que je n'attendrais pas ou du moins que je ne veux atteindre ,de quelles lucidités sont-ils les épargnants et qui ne leur va plus.

Neuf heures

Valium, norset, et d'autres gélules, ça part dans le lavabo, l'eau est lourde, lente, elle stagne, problèmes d'évacuation, moi j'en ai tout autant, je vomis le monde avec ma détrempe, ma décharge, tout ce qui n'est pas public, de mon privé, de mes privations quoi, il n'y a que les larmes que je veuille retenir, passage du psy, au prochain rendez-vous je lui dirai mon enfance, ma jeunesse, c’est une promesse que lui ai faite.

Cachetons, toujours tout autant. Rendez-vous chez le psy...

Reprenons notre conversation là où nous l'avons laissée, légitimez-vous vos propos, oui, et écoutez-moi, j’ai bu cette dernière année pour fuir cette putain de réalité que tant m'a fabriquée, les aînés, les grands, les aïeuls,les professeurs, les travailleurs d'avec moi, oui j'ai touché à tous les poisons et aux vôtres de plus près, sous prescription pour ne pas crever en pire, oui je me suis étendu dans les herbes pour toucher au ciel, oui j'ai menti à des filles, oui j'ai voulu aller à la grandeur en m'élevant de cette terre boueuse où vous vouliez m'engloutir, de la folie m'est venue, mais sainement, je vois toujours clair en nombre de vous, fossoyeurs d'âmes bien nées, tant a bousillé, endommagé bouffé sur ma part de jeunesse l'or de ma cervelle, j'avais des désirs, des souhaits, des idées, je ne pense plus qu'à mordre, vous me vouliez à la servilité, moi qui ne demandais qu’à 'être serviable, dans la sainteté, la santé, voyez combien vous avez sali mes croyances, bavé sur mon enfance et ma jeunesse, voilà pourquoi je suis resté petit, le dos en vrac, de sales ports en sales parts de chacun d'entre vous, à faire le portefaix, et ces journées que je vouais à un bel avenir, les voilà à vos pieds dans la puanteur de ces enfers que vous ne traverserez pas en rampant, mais moi oui...

Mêmes mouvements chaque jour, c'est carrément dépressionnaire, et répressionnaire, de la tôle, avec plus de fausses options, défaut de sentiments du côté des soignants, de moi-même, je m'abrite sous les draps, m’invente des histoires de tuerie, notamment celle d'assassiner mon frère, je ne peux plus voir l'homme, je ne veux plus voir qui que ce soit, j'aimerais que l'humanité toute entière crève glacée dans une voluptueuse inertie, de par tout ce qu'elle a accumulé comme venin à son propre égard, à l'égard de nos natures, rien ne se fait pourtant, exister est toujours là, c'est inévitable, ça doit quand même servir à quelque chose que l'être, pour un Dieu, mais pourquoi lui-même ne participe à nos permanents transfigurations, celle de chaque vie en somme.

Dimanche dix-neuf avril.

Six heures quarante-cinq.

Prise de tension, neuf- six, avez-vous bien dormi, non, petit déjeuner, un bol de café plus serré que les autres jours, montage des marches, écriture, au jour le jour, retour de la mise en page, de la mise en ligne.

Médocs, imparable piège de tous les jours, alcootest, des fois que j'aurais siroter pendant mon sommeil, une infirmière de vingt piges, nouvelle venue, souriante, votre nom, prénom, date de naissance, numéro de chambre, comme si j'avais oublié mon identité pendant ces deux heures, celle-là, je la garde en mémoire, quant aux autres c'est une affaire de situation, on va dire de fluides ,de liquides mal ingurgités.

Petit café au distributeur, hochement de tête, bonjour à ceux qui avalent lentement les couloirs, un côté de permanence automatique, ça fout les jetons, presque le vertige de voir tous ces anéantissement de corps et d'esprit, me vient en tête que le cancer de l'homme, c'est l'homme et rien d'autre.

Onze heures trente.

Appel pour les dicaments, cette fois je les mets dans un flacon que j'ai envie de ramener à la maison pour me créer du souvenir, dix heures, passage du psy, je le loupe volontairement, plus tard aucune remarque ne me parviendra, fait remarquable.

Douze heures.

J’ai déjeuné d’une salade, je remonte les marches pour aller aux exercices et aux anciennes écritures. Voici ce que je relate…. Le froid m’est venu après toutes ces nuits avec son extrême raideur, je devins ce squelette à le forme noire, toujours debout mais faiblement comme dans une garde impériale, avec ces putains de saintetés qui ne mènent pas au ciel, la folle variété des folies me vint, je n’étais plus à la hauteur de mon ancien visage, et de grossièretés en étranglements la musique se fit moins sage, mon ouïe et mes yeux se déchirèrent à la vue des plus simples de ses projections, je ne pus plus intervenir du côté de son adresse, je ma ratatinais sous de sombres nuages et de limpides lunes, grelottant et transparent, il eût fallu d’une seule belle image pour que je renaisse dans l'envie d'une tuerie, rien n'advint de clair, me reviennent mes colères d’entre mes sombres couches, je suis en petite place, dans un petit corps, je ne salue plus personne, chacun s’est mis dans un écart, toi dans le plus long brouillard et pourtant combien je te retiens, quoique je sois devenu un réprobateur mal soutenu…

Seize heures.

Rugby, de quoi me représenter une belle lutte à l'intérieur et à l'extérieur, tout se ralentit autour de moi.


Dix-huit heures quinze.


Dîner, tout aussi simplement que les jours précédents, dans le silence le plus absolu.

Sonnerie du téléphone, Valium, compagnie et tralala. Ici je n'ai pas que ma sale âme pour eux, comme une saloperie, pour leurs régurgitations, dans l'angoisse avec ses belles vieilleries en noir et blanc, cette maîtresse qui met de la couleur dans un corps amorti, une cérémonie sans intervention divine, je me débats avec moi-même.

Sommeil de pointillisme, toujours les mêmes violences de la nuit, ceux des veilleurs qui viennent participer à votre vie, voir si vous y êtes encore.

Des envies de coutelas me viennent, mais je n'en ferai rien, ce job à la con, il faut bien qu'un con le fasse.

Lundi vingt avril.

Rendez-vous chez le psychiatre, revenons sur les violences que vous avez subies, et bien voilà, maman était d'une maladie dont j'ignore la dénomination, dans notre famille tout était silence, rien n'avait d’appellation, sinon ce que je scellais dans ma tête, chez nous tout était de la babiole, en intérieur, les maux des femmes et des enfants, ça n'existait pas, ou alors ce n'était que des bobos à taire, les douleurs que ma mère m'infligeait, elles me tombaient dessus à coups de baguette de coudrier dans le dos, elle inventait des supplices, tel celui de mettre à genoux sur du gravier, les bras en croix, Stipe ,je vous en ai parlé à plusieurs reprises, assistait parfois à ces scènes, à ces lacérations de ma chair, il riait, il me frappait tout autant qu'elle, la somme de ma haine s'est additionnée à davantage de haine, je perdais mon souffle, mes ongles déchiraient la tapisserie, je manquais d'air, je suffoquais, je crevais comme une bête abattue, je n'ai rien oublié, pas plus qu'il allait dormir auprès de maman sitôt que mon père partait le matin à son travail, dans les houillères, mon grand frère, cette saloperie, aujourd’hui je lui dois ce vocable, parce que je me l'autorise, m'a empêché de développer toute forme de beauté , il l'a fait sciemment, il était sur la ligne de départ pour mon bousillage, c'est simple, réel, dans la vérité la plus absolue, moi je n'ai rien effacé, je me suis simplement tu et tué de l'intérieur, je veux qu'à la face du monde ceci soit lu, dit, éclairé, oui, cela a existé puisque je le sais, l'affirme, j'étais dans la peau de ce môme de six, sept ans, je veux que ses enfants sachent que ce type était un détournement d'être, cela a duré sa vie entière, comment ses proches n'ont-ils rien senti deviné, su , il est, il a été cette vermine d'homme qui le jour de l'enterrement de sa génitrice a prononcé cette phrase ,elle n'a eu que ce qu'elle méritait cette pute qui payait des jeunots pour se faire baiser, je suis de ceux des membres de notre fratrie qui a entendu ses monstruosités, j'ai pris note, je mettrai ceci aux yeux du monde, je réglerai mes comptes avec lui, avec ses subtiles insanités et ses saletés de créatures mortifères qu'il a camouflées à tous, la vérité est aujourd'hui mon genre et à ma porte, elle a une condition et s'additionne à d'autres vérités trop longtemps étouffées, parce qu'il m'a mis dans le dérèglement, voire de la folie jusque dans ma chair et mes os, que j'ai dû taire si longtemps jusqu'à en bousiller certains de mes sens, je veux qu'il se pende ou se mette une balle dans la tête je pourrais lui fournir un revolver, il a non seulement joué de ma santé, mais il a également mis de la dissension entre chacun de ses frères et sœur, il a voulu nous voir ramper, c'est à mon tour de lui mettre la tête dans ses fientes, dans sa merde, patiemment, grandement, la taille de ma douleur elle est de sa bassesse et de ma hauteur, je veux que le poison que je distille lui brûle la gorge et les entrailles, il saura alors combien la maladie de boire et d'en être malade vaut de par là où elle est née, dans l'enfance et rien d'autre..

Mardi vingt-deux avril.

Nuit à chier, toujours des passages à des heures indues, les portes claquent, le bruit s'insinue en moi de partout, je profile faux du sommeil, à deux heures je reprends la lecture de Laurence Sterne quarante pages, tentative de réendormissement, je rêve d’une fête foraine sans manège, de quelques boutiques à tiroirs où l'on insère les piécettes pour une montre en toc et des babioles à balancer du haut d'un pont.

Six heures quarante-cinq.

Prise de tension ça monte un peu ,dix-sept, pouls à cinquante-cinq, régulier, pas de tremblements, pas de violences à mon encontre, ni à l'encontre de ces autres, contradiction aux yeux des soignants, qu'est-ce qu'il fout là ce mec, aucun signe d'anéantissement ne témoigne que je crève sans rien faire voir, pas de palpitation particulière, d'hallucinations, je reste dans la logique de ne rien avaler de ce qui me mettrait dans un état larvaire ,vous ne m'achèterez pas avec des gélules, vous ne m'achèverez pas avec vos sales pilules.

Huit heures.

Café, premier servi, premier à regagner la chambre.

Huit heures trente.

Appel de Tif une nouvelle infirmière violacée comme un pigeon, alcootest, et prise de sang. Ils ne sont pas encore aperçus que les bars sont fermés la nuit, univers carcéral, on y perdrait les meilleures cervelles avec ces subtiles absolutions.

Douze heures.

Déjeuner, les jours s' étudient avec les heures qui traînent, à court de conversation encore et encore, quelque chose trop limpide en moins, pas pareil aux autres qui tremblent comme de vieilles carcasses, au téléphone question suivante, Joseph pourquoi ne vous voit-on pas à table à midi, réponse, je mange lorsque j'ai faim.

Quinze heures trente.

Thérapie de groupe, travail sur le mémoire, jeu de rôle bidon, bidouillé, conception dérisoire des êtres qui ont une cervelle, mais qui veulent somnoler, perdre non la raison, mais l'idée de ce qui les amena ici, petites mises en bouche et en oreilles   résiduelles des jeux de notre enfance, zéro pointé pour ces infécondes conneries.

Dix-sept heures.

Rencontre avec un nouveau psychiatre , la quarantaine, qu'est-ce qui vous a amené ici, vous voulez que je me répète, soit, les addictions, comptez-vous vous en débarrasser, non j'ai vécu avec elles pendant quarante ans, ce qui ne m'a pas empêché d'aimer, de fonder une famille, de travailler sans jamais avoir une seconde de retard, variété du scrupule selon un philosophe, elles font partie de ma vie, elles m'ont illustré, soutenu, rendu favorable à mes yeux, c’est à dire humain, dans l'approche, le don, la générosité, d'être parmi les hommes que j'aurais si souvent voulu flinguer, tant certains étaient écœurants, sans elles jamais je n'aurais réussi mes suicides inventés, que cherchez-vous alors, ma température d'homme Monsieur, rien d'autre une température normale, dans la tiédeur en somme, puisque je suis sédativé à fond, et cela depuis vingt ans, à qui le devez-vous, à ceux qui m'ont sali, humilié, qui m'ont mis dans la tête de sombres intérieurs alors que je ne voulais que des éclaircies, bien, serez-vous présent demain matin, oui, je vous prie de m'excuser d'avoir oublié votre passage d'hier.

D.est passé me voir, j'ai dit avec une imbécillité ostentatoire, que c'était mon amant le plus proche, cela ne regarde que vous, pas le sens de la drôlerie cette demoiselle…

Alcootest, test de Kuchmann, les bras droit devant soi, pas de tremblement, pas de suées, pas de brutalité dans les propos, tout va bien Monsieur, bien sûr que tout va bien, je vous souhaite une bonne fin de journée, moi aussi Madame.

Dix-huit heures.

Cigarette, aspirations, volutes, j'ai l'impression de shiter un peu, ma démarche se fait lourde, lente, je tangue quelque peu, je m'assois sur un banc, l'arrêt, la raréfaction de ce que je commis chaque jour, fumer entraîne des troubles que je ne connaissais pas, une petite pression dans la poitrine, j'attends cinq minutes avant d'aller à la renverse dans mon lit.

Télévision, jeux de mots, grand soleil au-dehors, j'ai mis sur le rebord de la fenêtre toutes les feuilles que j'ai peinturlurée ces derniers jours, déjà une trentaine, du tachisme quoi ,avec de la couleur cette fois-ci, on dirait que quelque chose de clair sort enfin de moi, il n'est pas possible dans les jours qui viennent je fasse sous contrôle des toiles bigarrées, plus humaines, avec du rouge, du jaune, du bleu et sans écrasement de gris, de cendre, de noir, le noir c'était hier ,du moins c'est ce que je crois sur le moment.

D.me téléphone, je lui narre mes journées, sans détail, et la liberté d'être ici, nous rions, il croit à l'instant où je le lui dis que je vais mieux, je reste sur cette position, je le remercie pour son appel ,ah oui j'oubliais trois ou quatre SMS de ma sœur à propos du magicien, notre frère aîné, à qui nous vouons tous une exécration qui tient du désir de fratricide, j'ajouterai dans l'avenir son mail digne du plus nébuleux des déséquilibrés, il me vient l'esprit que de la riposte ira à son encontre, et qu'elle sera fulgurante, et qu'au moment où j'écris ceci, il a contribué effectivement non seulement à me damner, mais à me rendre désespérément désespéré, et cela depuis notre dernière rencontre, je pense à son monstrueux parcours parmi nous, et ce qu'il a précipité comme poison en moi.

Il n'y a rien d'hypothétique, pas plus que d'inventions, de divagations dans ce que j'écris, dans ce que je dis, c'est factuel, tangible, d’une réalité somme toute réelle, mais d'une puterie de réalité, j'ai beau crier à l'infortune, dire que je sais pourquoi elle est venue de par-là, de par lui, mais à y regarder de près, et cliniquement, même si je me débats, me contacte, fais peser mes nerfs, mon présent s'est construit à partir d'un sale passé parce que j'ai grandi dans un mauvais lit.

A voir tous ces autres examinés et à mon contraire, ceux qui me ressemblent , bien que je sois dans le refus de cet événement, dans l'enfermement, j'ai peur, et j'ignore de quoi et pourquoi, ici rien n'est de l'ordre de la fiction supportable, celle-là, j'en ai chié et chialé, j’aspire à la difficile compréhension de les saisir en gestes et en idées, et je les observe du sommet de ma bêtise et de mon héroïsme à démasquer ma nullité d'être continuellement dans le dépôt de bilan, pour une guérison, nous sommes ici tous malades de mal exister aux yeux de l'autre, et nous subissons comme une cuisson leurs verbes, leurs adverbes, leurs phrases, leurs injonctions, tout comme leurs médicaments.

Vingt-trois avril.

Nouvelle nuit de merde, tout est à dégobiller, le monde, les matins, les postes supérieurs, les autres, le temps s’étire en des longueurs et des langueurs phénoménales ; je voudrais être à mille lieues de là, avec mes embarras, mes peurs, ma faiblesse.

Six heures trente.

Jour qui commence à l’identique des autres jours, dix-sept de tension, pouls à cinquante-trois, rien de particulier si ce n’est si ce n’est du côté des intestins, des nœuds, de la nausée aussi, disproportionnées peut être de par mon regard sur cet enfermement, cette mort docile avec nul outil pour agir et penser.

Réavalage de leur daube cachetonneuse, je les remets un sachet, ça pourra toujours prendre forme sur une toile.

Dix heures.

Passage du psy, il me tient des propos sur un certain nombre de règles à respecter, parlez plutôt de geôle, rien d’autre, j’en tomberais presque à la renverse si j’avais avalé toutes leurs saloperies, Monsieur au revoir, n’oubliez pas que nous avons rendez-vous demain à dix heures, je n’oublie pas, bonne fin de journée.

Douze heures.

Nécessité de s’attabler, rien de plus, je déjeune d’une salade de carottes et bye-bye.

Une petite heure de vélo, je compte jusqu’à trois mille six cent, je sors exténué de la salle de sport, allume une cibiche, ça fait une nouvelle fois l’effet d’un pétard, je m’examine, ouais c’est bien ça, je me casse dans un ailleurs or des monstrueuses familles, là où il faut servir sérieusement, de la douceur me vient dans la cervelle, je m’en imprègne, puis je vais consigner ceci…

Ce présumé frère aux tyrannies fétides a des toilettes comme autant de pièges sérieux, et les yeux d'un plaisantin dépassé par la pauvreté de ses désirs de poussière, et c’est parfois d’une toute petite vitalité qu’il enflait du bas du ventre, s’enferrant toutefois dans la superbe admiration de son dard ébranlé, ses baisers donnés furent des poissons voraces avec des bouches de sel et de cendre, et dans ses tremblements, nombre de lui attend d’apprendre ma chair subie comme une épingle plantée sous la peau, ma haine est à ce jour sur chacune de mes cellules détaillée, un profil surestimé, et les informations qu'il veut cacher réapparaîtront dans la fièvre et le sang comme d’indécentes notes d’où ma violence ne sera pas exclue…

Seize heures

Groupe de parole, c’est quoi pour vous l’hygiène, ça prend un tour détestable, je crache sur ces foutus moments où il faut s’adonner au mot, chacun jaquette, jacasse à côté de moi, ça coûte à comprendre tout ce malheur, parce qu’on y revient toujours et de par n’importe où ,pour moi ce n’est que de l’infantilisation, je me poste dans le silence, c’est plus commode, sinon je monterais sur mes grands chevaux et j’irai désarçonner ceux qui montent des haridelles.

Dix-huit heures.

Dîner, pâtes archi sèches, ça mériterait d’être emballé et jeté dans les latrines,

Vingt et une heures.

Tension, alcootest, toujours les mêmes chiffres rien ne bouge, puis deuxième étage, me recentre sur la télévision avant l’endormissement en pensant à celle qui est si loin et proche à la fois.

Vingt-quatre avril.

Toujours cette ronde, ces putains de rencontres de nuit, à croire que de façon tacite, ils veulent nous faire payer le montant de nos derniers moments de vie et qu’ils nous programment pour n’en rien savoir, bref j’en ai pris pour un mois et j’irai jusqu’au bout…

Sept heures.

Pilules, petit déjeuner, café doublé pour être moins vaporeux, plus en plus extérieur..

Dix heures.

Passage du psy, vous avez oublié notre petit rendez-vous, je vous fais mes excuses, un trou de mémoire, mais je serai présent demain, au revoir, il va finir par croire que je ne lui accorde aucune importance, et c’est bien là que je veux en venir. Après son départ j’écris ceci.

Celui qui porta son sexe contre moi n’a pas été à ma vue pendant des décennies , gonflé de ses lâchetés et supercheries d’être il se dissimula dans sa direction d’homme, il se maria, divorça, se maria à nouveau, eu des enfants qui m’ignorèrent , et qui habitaient à mes alentours, il a dû m’agonir de mots, de purulences, de pratiques maladroites, cette certitude fut confirmée par un oncle que je vis pour la première fois il y a deux ans, il m’apprit que Stipe lui avait parlé de mon inconduite, avait témoigné que des piquouses allaient à mes bras, et que dès lors il avait préféré tout ignorer de ma vie, puis comme une vague chaleureuse, pleine d’une affection retenue pendant soixante ans, il me dit, mon fils si tu étais drogué, tu ne serais pas venu à moi, et si tu l’avais fait tu aurais caché ton regard derrière des lunettes noires, or tu n’en portes pas, je sanglotais sèchement, amèrement crispant les mâchoires, il m’étreignit, et tous deux nous pleurâmes longuement tout secoués de tendresse et de hoquets, voilà Stipe ce que tu fis, tu as mis dans l’exhalaison, la brume, l’oubli, tous ceux qui auraient pu m’aimer, les miens en fait, moi je ne t’ai pas arraché à mes souvenirs, tu es coupable de non présentation d’enfant à ses parents, d’homicide et d’infanticide, moi je n’ai pas travaillé à ton disparition, je n’y tiens pas, je veux qu’une main plus haute que la mienne te saisisse et te jette dans un puits comme tu le fis avec Nade alors qu’il avait trois ans, cette circonstance est de la réalité, elle est relatée dans notre famille aujourd’hui parce qu’on parle, tu piges, on se parle.

Heure du déjeuner, salade d’endives de la boutique d’en face, de l’herbe mastiquée, nous sommes des ruminants et notre animalité est bien mise à jour, ça participe énergiquement à une sorte de médiocrité un peu comme la mienne.

Treize heures trente.

Sonnerie, avalage de bonbons pour du semblant, comme tous les jours, elles sont mises en pilulier.

Quinze heures.

Thérapie de groupe, qu’est-ce que la dépression, pourquoi en est t- on est arrivé là, sur une terre pas très ferme, je reste dans mon mutisme signalant que si je prenais la parole je me mettrais en danger et que je ne souhaite partager quoi que ce soit et avec quiconque.

Dix-huit heures.

Le sabotage des sens et sensations par leurs sédatifs, exercice que je pratique de mieux en mieux, alcootest, décidément du n’importe quoi rejoué à l’identique pour une éternité de trente jours, c’est comme une réorientation de notre personnalité, pour de la bonne quoi, car celle avec laquelle on est venue n’est pas la bonne.

Dix-neuf heures.

Dîner, hachis Parmentier, j’avale presque à contrecœur ce mélange de patates et de viande sans saveur, c’est bon pour une basse-cour, ça donne l’impression qu’on nourrit les chiourmes qui vont aller à   la rame.

Vingt et une heures.

Tension, alcootest, j’ai un petit côté qui est en révulsion, combustion ; mais je me tais, je me ravale, je me cale, je me cule dans moi-même, dans la taisance, vous pouvez poursuivre vos partitions avec mon corps, mais mon esprit ne s’y fera pas.

Rituel du soir, télévision, Arte, documentaire sur une putasserie de nazillon, qui prit le pouvoir, on vivait déjà une époque formidable, on en vit une nouvelle, regardez autour de vous. Comme dormir est lointain, je relate ceci…

Dans ces années terreuses, de schistes en chairs factices, la clé des carrousels ne remontait pas à ma générale, et tous les équipages, toutes les académies n’adressaient plus de mots aux supérieurs que je m'inventais, ils se retiraient dans les gorges du temps avec leurs longs cils noirs, moi qui depuis trop longtemps traînais des peurs pour les amener aux chasses d’ombres et de rotures, je recherchais la longueur d’avance, une vive écervelée qui me ferait fixer ma joue contre la sienne, et qui aurait nom de mère, me donnerait à la hongroise des valses lentes, et quand viendraient les dimanches qui sont des survoltages d’ennui, j'aurais aimé violemment prononcer des minauderies et des paroles d’oiseleur que l'autre salaud ne salirait pas au pigeonnier de mon enfance...Avec sa ventouse et ses animaux établis dans la débauche, il vient avec sa grosse queue aux usages domestiques, physiques, se serrer contre les plus fragiles de mes parois, mes mots, devenus d’obsolètes coquillages qui se referment aussitôt qu'on les touche, patinés comme des figures objectives, qui point par point sont redéfinies pour cet aveugle qui se grandissait aux touchers de dormeur, l’attention qu'il m'obligeait à lui porter me fut un supplice, comme va l'hommage à un chef borgne, et lui de ne plus mettre en doute sa domination m'écœura jusqu'à la vomissure.

Vingt-cinq avril.

Sonnerie du téléphone, présente-vous à la tisanerie, soporifiques à ingurgiter, chacun arrive avec ses bribes de nuit identiques à la mienne, j’entends dire que c’est une obligation du cahier des charges, quelqu’un s’est pendu la semaine dernière, une façon de stupeur me gagne.

Petit déjeuner, tête-à-tête avec Ph. chétif, malingre, dans le non vivant, un métier qui ressemble au mien, je m’excuse pour ma façon de taiseux, il semble comprendre, puis petite marche d’un quart d’heure, cibiche, elle me chiffonne, j’aspire suffisamment fort pour remplir d’autres substances.   H.G m’appelle, laconique, si seulement elle me disait que sa vie ne vaut rien sans la mienne, sans ma présence, si elle me disait que sa conscience est pleine de moi, je lui répondrais que je le suis de la sienne, que je pourrais presque être moral, normal, c’est une demande qui n’est pas, et puis si elle était, je serais à sa requête, oui mais pour combien de temps.

Déjeuner, rien que du sans valeur, je remonte à ma chambre et j’écris ceci… La belle et fière allure, tremblante sous mes façons de môme, elle va dans les dimanches de mon sang, d’instabilité, elle est ma sœur, avec ses flux, elle reste , une variété de ma température, adjacente au secret de n’être gardée que par moi, le lent clivage des jours me mit dans la fuite de ce que tu voulais que je sois, ce qui au point le plus haut du soleil correspond à une ode infinie, trismégiste pour certains, triste pour d’autres, et moi pair et multiplié par les éternelles remontées des écœurements que tu mettais en moi, j’ai souvent pleuré, comme poignardé dans le dos afin que je ne me retourne plus, j'étais de ceux-là, de ceux qui ne sont pas dans l’ aise, dans la vôtre, vous les sicaires embarrassés de cette vie trop pâle, voilà que s’ouvrent mes mains comme des cavités pour des offrandes inappropriées, j’ai un coutelas et un stylet, le coutelas pour te percer le cœur,le stylet pour charcler ta peau de tes salauderies, et ce que tu emporteras dans ta tombe ne sera pas de l’ordre de la prière, les différences se feront dans la marge, sur un pré, resteront les bons sur les bancs des églises et qui feront des hommes de foi, moi je serai un des leurs...

Quinze heures.

Une heure de badminton, pas encore croupi, quelques suées me viennent, plaisir oublié, mon cœur palpite, mais autrement.

16 heures

Visite de B. café, nous parlons de ce monde qui s’enfonce dans une immense douleur, et qu’il provoque incessamment.

Dix-huit heures.

Je saute le dîner.

Vingt et une heures.

Page d’écriture, suit ceci…

De sombres anorexies m'arrivèrent du côté du cerveau, ce fut un plan mental des plus ordinaires, pas pressé, tout est au niveau des hivers, de celui qui vient dans l’injure et qui repart dans le blasphème, la naphtaline du sentiment, et l’infini à venir fut un bandage à mon front froid, ma paix fut retorse et restreinte, discrète, les cils vibrants de la colère étaient toujours aux virements du crachat, il y eut trop de pilules à avaler dans ce grand lit, cette antre démoniaque, pleins de tromperies, de suicides anticipés que je tentais dans l'âge adulte et qui sont inexprimables avec mes mots griffés sur les murs, je passe mes nuits seul, avec mes avatars débiles, ma soif de l'étouffer est encore vivace, j’en oublierai mes anathèmes si je campais devant sa porte, bouffi d’un sommeil qui ne vient pas, voilà mes flux et mes ressacs, je me suis trop privé de ces batailles que j'aurais dû mener contre lui à vingt ou trente ans, mais je n'oublie rien..

Pilules, Arte, je m’endors avec celle qui n’a plus d’élan pour moi.

Une heure trente.

Nuit de merde, rondes comme dans un bordel, je vibre de colère, un peu comme celle qui m’accompagna ma vie durant, comment m’y prendre pour ondoyer dans le sommeil une nouvelle fois. À six heures suis éveillé, je consigne ceci…Dieu ce qu’il faut être concerné par la chair pour guérir, et quoique ses productions soient toujours dans les départs souhaités, mes méridionalités prirent la forme de ces bateaux en quête de nouveaux territoires, aussi les autographes de la terre ,de la sienne, sont pour moi d’horribles signatures dans le sillon des jours de lenteur, tout ce qui pourrait révéler un nouvel âge n’est pas encore lustré, mon âme n’a jamais été vive, mes plateaux sont tournoyants et les froids courants qui m' emportent dans les chasses d’air septentrionales sont de son dégueulis, me voilà embrouillé comme lorsqu’on nous touche à un point sensible, crucial et qu’on va saigner, tais-toi à présent, ton péril est une période de bidouillage, endors toi de nous à ton âge infect…

Huit heures.

Valium en multiplication, toujours la même assiettée, ça part dans les latrines, petit déjeuner café double, cigarette qui aide au nettoyage des intestins, ma propre connaissance est la piste du déguerpissage, j’hésite entre la continuité de ce sevrage ou de rentrer chez moi furieusement.

Chambre, je la mets dans la musique, quelques écritures vont suivre, je vais mettre des mots sur mes cahiers pour que de l’entrain et de la vie me reviennent, j’y retrouve malgré moi l’innommable, l’incompatible inconfort de la connaissance de soi .Voilà ces mots… L'incertain transitoire au regard de ma propre lenteur fut meurtrier, en finalité de devenir, je ne devenais pas, je subissais, j'étais une cible carrée sur le veston d'un sorcier, d’un magicien qui met en joue un empereur muet, ce dernier fera d'ailleurs naufrage dans un fleuve glacé, c’est le cycle de la vie que d'aller par étapes dans les accidents, et nos pères, ces mandrills aux longues queues le savaient, c'est pourquoi ils nous étreignaient avant que nous suivions les chemins lessivés de boue et d'eaux croupies, de fausses amitiés, de liaisons indiscernables, pleines de faussetés et de fenaisons corrompues, une fois penché sur le bel âge du rapatriement je voulu connaître mes aïeux, mes oncles, mes tantes ,en immédiates séductions, mal m' en prit, ils étaient trop pleins des grands délassements et déclassements de ce frère qui était passé par eux, dans leur vue et leurs paroles, voilà que porté dans les ensablements, je hurle mes plaies originelles, mais aucun secours ne vient, je mourrai de tout et de tous, comme des mots mal employés...

Midi.

À table deux nouveaux patients sont arrivés, tout rentrés en eux, dans le silence, on sent le progrès dans l’homme, ils sont encore de la première paralysie déjà sédativés, dans les jours à venir ils vont se taire ou parler, parler de leur fatigue à tel point que je les haïrai, ou entrerai en empathie, quelle connerie que l’être.

Quinze heures.

Séance jeu de mémoire pour débiles confirmés et atteints de la cervelle, et dire que certains s’illuminent à la faveur d’une question posée dont ils ont la réponse, Dieu que le est vertige bas.

Dix-huit heures.

Gélification, dîner de patates, mieux que d’habitude, elles sont craquantes, bien rôties, avec une escalope presque crémeuse.

Vingt et une heures.

Recachetonnage, télévision, sommeil dans l’immonde et indicible perturbation à venir et que je crains, merde et remerdre…

Vingt-six avril.

Train à sept heures vingt pour Nancy, nettoyage de l’appartement avec de la vitalité, avec fougue, sur les meubles, sous les meubles, rangement des tiroirs, lavage des carreaux, puis bistro, Yves voudrait m’offrir une chopine, je passerai à côté de cette petite et sympathique blonde.

Après-midi au cinéma. Film curieux, indéfinissable, enquête sur une disparition, tout en longueur et langueur étranges dans un cadre étroit, voulu, réfléchi, de la ténèbre, de la profondeur, de la mort aussi, spectacle très, très singulier…

Retour à l’HP.

Alcootest. Eh bien, triple zéro, vous n’avez rien bu, tout va bien, vos paumes sont sèches, les bras bien raides, je respecte mes engagements mesdames, bonne nuit et à demain.

Chambre, zapping à outrance, puis je reste sur un reportage où les empereurs romains sont montrés dans leur dangerosité, leur folie, ça me va bien…

Vingt-sept avril.

Trois heures du matin, ça tient de la de la démesure, du déglinguage, sans compromis, si ces putains de tocs tocs ne cessent il est probable que je plie bagages, je suis dans l’urgence du repos et du dormir, ils s’en branlent ces foutus cons, ça ressemble à une torture bien orchestrée, on nous signifie l’obligation de ces passages en force, nous sommes violés dans nos intimités et intégrités , j’ai bien l’intention d’en référer une nouvelle fois au médecin.

Six heures trente.

Double café, cigarette au-dehors, puis une petite attente sur un banc, j’ai dû chancèlement dans les pattes.

Huit heures.

Café au distributeur, tient ça vit de ce côté-là, ça respire, ça pleurniche, ça gémit petitement, c’est du vu et revu, ça va bientôt s’épancher pour rappeler ces zones enfouies où tout schlingue le déséquilibre, la saloperie d’être en fait.

Après-midi dans une longue marche de deux heures, je pencherais presque pour de la désincarcération si c’était un dimanche ordinaire, sous un soleil ordinaire, et dans une existence ordinaire, puis retour à la page, voilà ce que j’écris.

Voilà qu’il est à nouveau là ce reptile rampant, qu’il se fout contre moi avec sa sale psyché revenue d’un exode proche pour m’infiltrer, émerger dans une autre peau ,celle de la renaissance et de la petite mort, avant que ne lui vienne le sommeil, cette courbe serpentine m’ obligeait le caresser , c’était son apogée, un peu comme lorsqu’on est malade et qu’on a besoin d’un gant froid sur le front ; comment viviez-vous ces passages, ces bouleversements, Madame dans la méconnaissance, le machinisme, je veux dire par là comme quelque chose de domestique, une obligation, un servage, pour toute réponse, je n’avais que du mutisme, ce fut un peu comme une loi instituée dans mon esprit, je ne savais rien ni ne comprenais rien à toutes les attentions que je lui portais, j’étais dans l’admission obligatoire, l’obéissance, et cette obéissance elle me venait de la peur des grands, avez-vous ou aurez-vous besoin d’aide en nous quittant, je l’ignore, car croyez-moi, le réel il est tout autre ,sur un trouble chemin, et même s’il advenait que cela soit le bon , je devrais prendre un virage à cent quatre-vingt degrés, il y en a quatre-vingt-dix de trop, simplement parce qu’il en est ainsi, merci, bonne journée ,je vous donne rendez-vous lundi prochain à dix heures, d’accord…

Petite faim au dîner, jambon, purée, on a une vision bien complète sur cet fermement, ça a un côté hôpital, geôle, je passe sur tous les manques, il s’agit ici de nous transfigurer pour une correction de corps, nous sommes pas dans le repos, si l’on donne quelque chose c’est pour nous empêcher de dépérir proprement, , nous sommes anéantis , crétinisés, comme amputés du défaut d’être vraiment, chez moi ,grande, immense fatigue, je m’endors vers vingt et une heures avec l’idée de celle par qui j’ai voulu tant d’amour et de reconnaissance.

Vingt-huit avril.

Tout mettre sur le même plan, les méthodes apprises, les médocs, les alcootests, et cela dès le matin, être tout en intérieur, en intérieur jusqu’au fond de ses os, ne rien exprimer de ses petites aspirations, ça les mettrait sur la piste d’une maladie profonde, cela aussi est de l’ordre de mon obsession à me taire, me taire sur leur stérilité autant que sur la mienne.

Huit heures.

Cigarette, l’expérience du vide par la fidélisation à ce même vide, au silence et à la douleur qu’ils monétisent, c’est de là que me viennent toutes les indigestions, retour au mitard, Voilà ce que ce que je rapporte… Au jour qui te vit naître ,bâtard de frère, arrivèrent les insectes avec leurs roues salies par ta présence, la blancheur servait l’ensemble des hommes, toi non, tes enjeux étaient dans le sang, le mien, les bras des balances étaient inéquitables, tout se réglait dans les formes sages des cercles ,dans l’exactitude des mouvements de pendule que toi tu réglais et remontais à ta façon, toi tu étais dans l'irrégularité de mes traits, avec tes remarquables indices qui se dirigeaient dans ma chair, le danger pesait déjà sur ma future dépouille, il paraît même que dans les sépultures bougeaient encore des formes inhabituelles, quand la nuit te dirigeait vers ma couche, tu avais en bouche de parfaites chansons pour les heures tardives, et c’était bel et bien dégueulasse...

Douze heures.

Petite salade. Je remonte de ma chambre, je commente sur mes façons dont j’ai couru à la catastrophe sans y être préparé, le téléphone résonne, ça frôle l’impudence, l’impudeur et l’excès, l’insupportable, ce serait de l’ordre de l’anecdote si j’avais une vision moins dense et moins précise de tout ce que je risque si je hurlais et dont je ne veux pas.

Voici ce que j’écris. Chaque soir je savais qu’il finirait contre moi, strident de ses brûlantes équinoxes, quelle qu’ait été la volonté de petite ma vie ,je ne pouvais rien contre cette sévérité accomplie , ce n’est qu’avec la connaissance et l’âge, les souvenirs revenus que je compris cette mutilation, comment un frère couché contre son cadet fut dans un cynisme doux, calculé, comment il entretint cette relation inconsentie, c’était de l’ordre de la séquestration, il en a toujours gardé le visage, quand il venait à moi, il avait la souplesse de l’osier, l’odeur du charognard, il est vrai que j’avais la sensation du dégoût quand ma main effleurais, caressais son sexe, que je le pressais, voilà ce qui qui est ineffable, mon corps est sorti de lui-même pour un temps bien trop long, je ne le retrouverai jamais plus dans l’état où il aurait dû rester, j’ai de la réplique aujourd’hui, cher frère, mon faux semblable ,de quelles substances sanieuses t’es- tu nourri pour faire ce que tu fis, comment après plus de cinquante de silence et d’ absence as-tu pu murmurer à mon oreille ,mon Dieu comme tu m’as manqué, frère ,entends moi, de quelles autres horreurs, dans quels autres prurits, t’es- tu engagé pendant toutes ces années, tu n’as pas pour moi de regard humain, tu n’as que des fiefferies et du mensonge dans ta gorge, pourquoi ne t’es- tu pas grandi et venu jusqu’à moi pour un impossible pardon ?

Quatorze heures.

Jeux ayant trait à la mémoire, ça se vautre dans l’évidence, dans la part indécente de chacun, c’est tant vertigineusement réel que ça en devient écœurant, voilà bien un lieu l’on nous prend pour des crétins, des ignares, il s’en faut de peu que je ne quitte la salle.

Chambre, télévision, on me rappelle pour les gélules, je les dépose dans un Kleenex, je dîne d’une cuisse de poulet, le reste part à la déchetterie, c’est de l’infection qui va dans les poubelles, ici je fais l’expérience, de la disette et du jeûne, de l’ascèse, ça me réussit bien, allez zou, barrez-vous, je tente de m’adopter, avec du mal.

Vingt-neuf avril.

Une nouvelle fois dans l’insuccès du sommeil, je crie, je suis encore en vie, j’ai commis ce genre de paroles à plus d’une reprise, histoire qu’ils pigent ceux qui n’ont pas d’égard pour les victimes à venir que nous sommes, je n’irai pas à la doléance, chacun s’en branle, le psychiatre exerce un beau métier, celui de me faire poireauter et de m’ennuyer, je lui préfère celle qui suscite ma parole et l’entend, c’est à elle seule que je m’ouvre en impudeur et en totalité d’esprit ,qui cherche à comprendre, mais bon Dieu qu’elle chienlit que d’être ici.

Sept heures.

Alcootest c’est comme ça tous les matins, le café est à la flotte, je rejoins ma couche après m’être obsédé d’une cigarette dont j’avale la fumée jusqu’à tanguer, matinée à écrire sur des musiques anciennes, celles qui me ramenaient à de l’équilibre, aux souvenirs, à la lucidité d’avoir aimé, entre le bavardage et l’analyse.

Je dégoutte en divers points de mon corps, du visage à mon sexe, c’est l’attraction de mon avenir, avec sa patrouille de merde qui me surveillera des lèvres à la plante des pieds, il faut donc que je me domestique.

Douze heures quarante-cinq.

Rappel à la réalité, nouvel alcootest, je n’ai jamais autant soufflé dans des tubes de ma vie entière, et puis j’en vois de toutes les couleurs avec ce qu’ils appellent les vitamines, des bonbons en somme, verts, jaunes bleus, j’opterais bien pour du viagra, personne n’en rirait, trop de sérieux en jeu, c’est leur côté de posture professionnelle, de la distance, rien que de la distance, crevez proprement, n’en faites pas trop en le faisant.

Quatorze heures.

Rendez-vous avec le psy, voilà ce que je lui dis. C’était un lit constitué de deux parties, l’espace central avait été comblé avec de vieux vêtements, c’est là que je dormais, il arrivait que l’espace se creuse, et mes côtes, mon flanc, mon dos craquelaient souvent sur l’ossature de la couche, mes nuits étaient des pâtures au vent, j’ai grandi comme ça, entre deux matelas, entre deux frères, dans un entre deux à trois. Dane et moi nous étendions les premiers, c’était le lot des plus jeunes, Stipe nous rejoignait plus tard, j’ai la nostalgie des moments que je partageais avec Dane, nous nous disions des choses de quand on serait grands, qu’on aimerait la Françoise, la Sylvie, qu’on serait mécano ou maître d’école, c’était une douce façon de nous endormir, c’était beau de se dire qu’un jour on aurait vingt ans et qu’on serait aimés, qu’on aimerait tout autant, mais dans le sexe, ces méandres du dire étaient validés comme allant à la beauté, et ce point donné de nos chaudes périodes d’enfant, on y croyait. Quand Stipe arrivait, je devinais les signaux assourdis de sa respiration, si tôt dans les draps, il tremblait ,portait ma main à son sexe, c’était une contamination contre laquelle je ne pouvais rien, ce qui le brûlait, le dévorait à cet âge-là, c’était son adolescence et l’objet du désir qu’elle suscitait, et cet objet, c’était moi, ,il y allait de mon âme d’enfant d’être dans l’immense solitude dans ces minutes, mais je me taisais, mon présent a pris dans cette enfance ses guenilles noires, elle ne m’ont jamais quitté, quand Stipe venait contre moi dans l’invisible nuit, il l’était tout autant, il voulait fouiller en moi, bref ,il voulait m’enculer, mais jamais cela n’advint ; il était alors tout en halètements, une fois qu’il avait giclé, il remontait le bas de son pyjama et s’endormait, vous me demandez ce que je ressentais dans ces moments-là, je réponds rien, je n’en sais rien, j’étais dans l’ignorance de l’inceste comme tous les enfants de mon âge, tout ce qu’il aurait fallu savoir je l’ai appris dans la distance du devenir, ce n’est qu’à l’époque adulte que j’ai eu la compréhension de ces faits, avec de l’amertume, de la haine, l’envie, le désir infinis de lui cracher à la face.

Le jour de l’enterrement de notre mère, je lui ai mis en mémoire ce qu’il me fit subir, il a feint ne rien savoir, ne rien comprendre, mais cinquante ans à l’écart de moi, ça signifie tant et tant de choses, entre autres de fausses omissions, n’est-ce pas ; restons en là pour aujourd’hui, à la prochaine séance , nous continuerons sur cette façon de vous ouvrir à moi, c’est courageux de votre part que de me donner à entendre tout ceci, et en même temps terrifiant, je vous souhaite une bonne journée.

Trente avril.

Ce qui a été de la nuit dernière a été de cette même nuit, trois passages, ça en devient intolérable, je n’ai nulle compassion à l’égard de ces éveilleurs, ces gardes, qui viennent fouiller dans vos rêves et fouiner dans la seule intimité qu’il nous reste.

Rendez-vous avec le psychiatre, Madame j’en ai ma claque de vos infantilisations et de vos crétinisations ,je compte partir demain, non vous ne le pouvez pas, c’est un long weekend et personne ne travaillera , sans mon accord personne ne vous autorisera à le faire, nous avons un rendez-vous la semaine prochaine, tenez vos engagements, où en êtes-vous dans votre sevrage, quitte à faire dans le sublime de l’irréparable Madame, ma dépendance n’est pas de le côté fort et abrupt de ma maladie, comme vous le signifiez, pour moi c’est une orientation que j’ai prise pour ne plus voir clair, elle est de l’ordre de la philosophie, elle m’est capitale, elle est la signification dont je connais le classement et la place qu’elle prend dans ma vie ,dont je connais le chemin et où elle me mène, et si elle eût été une maladie, elle aurait un autre nom, enfin c’est le dièse et le bémol de mon existence ,Madame cette valeur est incurable, je vous souhaite une bonne fin de journée.

Après-midi autour d’une table à dire n’importe quoi et son contraire, une qui m’interpelle me voit dans mon extrémisme, est-ce ainsi que vous communiquez, oui, c’est ainsi que je communique, avec qui et quand je le veux, vos exercices d’approche me compliquent l’âme, me coupent de la parole, j’ai la préférence fragmentée, donc je n’accepte pas votre façon sclérosée de me parler, restons en-là.

L’espace de la nuit inféconde m’attend jusqu’au matin, je pense une nouvelle fois au suicide commet à l’ultime signification, à l’ultime défi, alors j’écris…

Dès lors l’homme décillé qu'il était, retors, inconciliant, avec dans ses bras la liberté de me soumettre, dressa à mes pieds un enfer, ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il créait aussi la tourbe qui l’engloutira, et les armes levées contre les fronts où le vent s’étrangle ne pourront rien contre mes furieux horizons, ce qu’il faut de chair absente pour se nourrir de tant de mal, de tant de cruauté, dans des aubes sans portique assurées aux longues jambes de sirène imprenable qui ralentit sa course aux obsidiennes, le givre a taillé trop haut l’envoûtant marionnettiste qui me soumit, me mentit, avec ses coquilles violines ,avec ses nids vides, mon corps s'est décoloré, que ne suis-je né dans une famille sans contraction, sans bave, sans inquiétude et pourquoi le froid à la poitrine velue m' envoie-t-il tant d’insectes morts ? L'insomnie ponctua mes saisons avec ses sales fleurs nauséabondes et ses effluves désagréables, secoua mon corps dont je bandais les muscles jusqu'à geindre et gémir, comme un plumitif dont les seuls mots sont des batailles, des défaites ,des secousses, des spasmes, des dérives aussi, je rajoute qu'au milieu de la nuit, quand je m'arrachais du sommeil comme on extrait du sel gemme des mines, j'avais les yeux révulsés, énormes, lourds , et mes entrailles étaient d'une plainte monotone, sourde, ces instants, je veux les ranger en accord avec ce qui me dévasta dans la plus vaine et sale enfance, comme celle d'une fille qui avance, tournoie au milieu des grenades, des plaies et des mots ,puis remonte le cours des choses pour en faire des grappes qu'elle échevellera dans les tourbillons proches, de celui que j'exècre. Les mots utiles voici comment je les voyais, c'étaient des couleuvres mastiquées, des coutelas ramollis d'entre les guillotines ,une lessive sentimentale avec son lot de fientes et d'excréments, des bêtes méthodiques, des becs et des langues qui s'étendaient ,buvards de naphtaline emmêlée, des lèvres calomnieuses, des décapitations ,les mots étaient ce dont je ne savais pas me servir, des divisions et diversions, des yeux violacés, des prunelles qui auraient pu sortir de leur orbite, c'étaient des impostures, des farces postulantes d'une mauvaise compagnie, la purulence du vide ,du dérèglement, bref les mots n'étaient que les fragments de ma main gauche ou de ma main droite ,que je posais par froissement sur son sexe, parce que je ne pouvais pas m'interposer entre le crime et l'esprit. Le sang qui est notre ponctuation me fut alvéolaire, et dans cette chambre où je formais avec mon corps une arête contre le temps même, les yeux bandés dans cette dérive au milieu des expressions, il venait comme une sangsue, et dans les draps sans que je me rebelle, il se construisait déjà un adulte ,construit malproprement que j'aurais voulu balancer d'un parapet , mais je n'étais que ces gouttes d'eau ,d'ocre, de rouille pour cette raclure, et si je ne m'exécutais pas, le parapet se dérobait dans l'ombre qui emplissait la pièce comme une onde souterraine.

Premier mai.

Les jours se suivent etc. finie la médicamentation, je refuse toute prescription, quelque chose de désespérant m’a pénétré de toutes parts, dans ma tête et dans mon esprit, c’est la consistance d’un avilissement par la douleur, je suis amer, j’ai peur, j’ai la crainte d’une tragédie à mon encontre, je ne fais décidément pas parti de ce monde, et s’il venait à disparaître avant moi, je n’aurais de sentiment pour quiconque, j’ai le sensation que mon silence est le meilleur des services et des artifices qui vaillent, la matière de ce que je suis ne résiste pas au bricolage de l’incurabilité et de de la culpabilité, je suis dans le regret autant que dans la terreur de ce que je sais de moi, et qui si je l’efface revient sous la forme d’un désespoir encore plus haut, je me suis atomisé, je suis parti de moi, j’entre dans les sphères infinies de la lamentation à l’intérieur, je feins d’être à la hauteur, en fait j’ai la trouille jusque dans mon mutisme, mes chères et terribles taiseries.

Douze heures, nul appétit ne me vient. Ma sœur est dans un nouvel âge, c’était celui où j’étais encore dans la satisfaction des beaux jeux, et je m’en contentais, je lui souhaite un bel anniversaire.

Après-midi à écrire, ça se sent la mauvaise réputation, la mauvaise répétition, je traite avec moi-même sur la volonté d’en finir ou pas; je suis d’un charlatanisme de déglingué, un nihiliste en décomposition dévasté par ses sales idéologies. Voilà ce que je note. C'est ici une confession comme autant de mèches redoutables jetées dans les épis ,les éteules et les meules qui m’ont mis dans d’ignobles circonstances, telles celles d’un trop jeune amant sédentaire qui se décloue les mains aux yeux d'un mal voyant qui voyait clair, moi je savais que je mettrai ce temps de langueur au cul des basses fosses et que corps pitoyable se rengorgerait d’insupportables pitreries, aura des crispations de bête au poitrail compressé qui s’évanouira dans les boiseries, que j'irai dans ces galeries où sèche un linge aux filets phosphorescents, et que je vendrai mon âme à des traînées manieuses de stylets et de pics, que mon domaine serait sous la lampe tempête, dans une froide passion avec ses parois sèches, et moi je pariai déjà qu’au cou des filles nubiles, certains mettraient des perles glacées de peine et de solitude, et que je serai de ceux-là. Il fut au carrefour de ma ténébreuse destinée, moi dans la colère avec son affreux goût, lui, caressé par la poussière et les chansons d’ivrogne, c’est ainsi que commença ma ruine, je fus le client désavoué derrière un rideau de fer, et les commerces de mes sens furent autant d’ossements que d’infâmes gibets, j’appris les serrements de gorge, la langue mal placée, la bave entre les doigts, j’étais à la décharge avec mes dermatoses d’aimer, comme de noirs papillons aux vitres de métal, je tenais la rampe qui me ramenait au logis, j’ai insinué de sales reliefs dans mon lit avec des mains maladroites, de rat redresseur d’étoles, bouffeur d’étoiles, j’allais à la vérité muette, j’étais malpropre, elle ne me cherche plus dans mes isolements…

Dîner.

Ca cause du 1er mai, des autorisations de sortie, de permission, un peu comme lorsqu’on a pénétré dans une tour imprenable, une geôle quoi, et qu’on veut se barrer.

Soirée devant la télévision aguettant le sommeil avec ses sales et sombres images…Comme dormir se complique, je vais à mes cahiers, ceci s’impose à moi…

Puis me vinrent de hautes craintes, des vomissements, la trouille de ce serpent vénéneux dont la langue est purulente ,tout ceci à un haut débit, alors qu'il suait comme une bête avachie sous le soleil en compagnie d'enfants infatigables qui couraient en tous sens avec des tendances à la poursuite ,le soir se refermait toujours par quelques inclinations que je voyais dans l'avenir et où je serai peut être regardé comme un homme sans adresse, veule ,plein de vagissements et de maladresses, d'amertumes aussi, je vous laisse à penser ce qu'il advint quand le soleil s'ossifia, que des nuages lourds arrivèrent comme des outils tranchants qu'on soumettra à la terre une journée entière. C'est dressé contre le monde et contre le sommeil que j'écris brutalement ,ceint d'une tunique que j'aurais pu déplier aux pieds de ce frère haï, mais où se planque-t-il celui qui aurait pu presser ma vie contre la sienne pour de beaux apprentissages, où est-il celui qui à l'aide d'une seule syllabe aurait décillé mon cœur et mon corps, comme on tord une écharpe autour d'un cou aimé ,maintenant que plus rien n'est dans mes entrevues, je vais chercher dans les contreforts du temps à damner mon enfance, à élever un vent froid, quelque chose comme du sentiment tombé en désuétude, si je me relève, me révèle un homme moins ruiné et moins ruineux, je saurais trouver l'issue, la belle issue, si proche que ma soif et ma faim de le honnir seraient désuètes, je sais que ce ne sont que d'amères sensations, restera cette humiliation sur laquelle je ne fermerai jamais les yeux.

Deux mai.

Descente dans la fatigue, nouvelle nuit à mal exister, ça part déjà du matin, je sens monter en moi de la colère, un immense grondement, je me gaspille en ruminations, je leur crèverais bien les yeux à toutes ces taupes qui me détruisent le dormir, c’est comme une instance de certitude, en fait je n’en ferai rien, ma lucidité m’a été substituée pour une autre forme de morve et de morgue, je laisse grandir en moi mon propre ennemi. Chambre, je mets une musique à chialer et je rapporte ce qui s’accole à moi…

Ce ne fut pas suffisant que de devoir désespérément croire que le sommeil m'était devenu une brutalité, il fallut aussi que je considère que dans ce glissement de paupières quand j'étais sur le point de sombrer, il y aurait auprès de moi un homme avec ses ressacs, ses étranglements, fier, syllabique, géant, parce qu'il ne tombait pas dans mon silence, et qui quoique je fasse me couvrait après ses obscénités, de la tunique blanche des draps, de sorte que je sois le mort qu'il attendait, qu'il entendait éloigner de ses significations, procédés infects de tous ces actes qu'il s'était autorisés, ce n'était pas assez que de la voir s'allonger aux pieds de mon linceul, et de la regarder sourire comme s’il venait de veiller un soldat abattu, il fallait encore qu'il en rie. Il avait toujours d’invisibles et régulières charges en tête ,en bandaisons, son attention portait sur ma petite taille, mon petit âge, mon mutisme, il savait que jamais il ne serait inquiété par des mots venus de ma bouche, il en abusa, celui qui avait un cerveau d'adolescent était d’une fraicheur bovine, et cet autre qui cherchait à dormir, gardait des souvenirs remplis d’un liquide qui le mouilla et le souilla au plus profond de ses pores, si je décortique l’idée que derrière toutes ses saloperies je n'eus jamais un lit douillet, je me dis que j'aurais dû prendre la forme d’un oreiller définitif, d’un scolopendre, d’une calebasse où se décompose une boisson destinée au lépreux qu'il était...

Mon frère Dane est de passage, nous avons la même obscurité dans le regard née de notre fatigue à n’avoir pas été aimé comme il eût fallu le faire. Il a encore en lui cet enthousiasme qui a valeur de baston, de bagarre contre la mort, sa spiritualité elle passe encore par son sang, la mienne davantage par le cerveau, ne pas réfléchir, voilà ce qui me fait rêvasser. J’ai beau me répéter que cet univers n’est pas de ma vue, n’est pas valide, qu’il aurait mieux figuré dans la contraception, rien n’y fait, peut-être devrai je aller à quelque sublimation, à l’idée d’une nouvelle femme qui m’éviterait l’esclavage du silence,de la fécondité imbécile et impersonnelle, j’ai perdu en poids et masse ce que j’ai gagné en neurasthénie, j’ai égaré de moi le désir d’être tout simplement, sans l’offertoire que j’aurais voulu qu’on me tende, je valide tout ce que j’écris pour me refonder, et dans la réelle objectivité d’un qui se voit tel qu’il est, un passant.

Trois mai.

Je tire la conclusion suivante de mon état, je n’aurais pas dû passer par les autres, ne pas aller dans leur marche, dans la posture des imposteurs, ne pas aller dans la pourriture des vivoteurs de métier, des ambitieux déshumanisés, avec leurs yeux clos sur le monde, trop près des idées de la première heure, qui existent tant bien que mal et qui s’ennuient   fondamentalement dans un parcours de fausse humanité, je suis dans l’idée que j’ai été quelqu’un qui malgré tout a compté pour certains, a toujours été en ligne droite, se retrouvait même dispersé. Cette réduction de naissance de mon esprit, il aurait peut-être fallu la sublimer pour davantage croire à l’inconvénient que d’être debout vaut par ce que nous sommes, en étant et en devenant, mais voilà que mes veines sont trop bleues, trop saillantes, trop liquides, inutile d’ajouter de la flotte à de la flotte qui arrive par mes larmes rentrées, elles apparaissent d’une autre piste, de l’écriture, je vais rester prostré, recroquevillé et mettre un bouchon à tous les endroits faits pour de l’entente et de l’entendement. Ce qui se propagea en moi tout en rayonnant fut d’un mal incurable à l’innommable rive, et devint l’objet de tous les rectificatifs du passé, la peur m'était à chaque nuit grand froid, une pierre coupante aux mains d'un frère sale, mes traversées de la journée étaient une fausse traversée au feu des octaves, je voulais hurler aux oreilles des grands qui lui ressemblaient, ils étaient tous à la relaxe, ma première littérature s'est inondée de larmes, la boulette de vivre était au bout du canon, dans la sciure et les tremblements sans charme, c’était une époque de trempes, d'abandon effectué dans mon démembrement, les fleuves et les fleurs n’avaient plus d’armes secrètes, mes pirogues rêvées étaient emportées au lointain limon, la totalité de mon parcours fut commandée à distance, et la terre ferme, lorsque j'y jetais mon cartable était une île aux petites livrées…

Quatre mai.

Ça vous jette au visage et en pleine nuit un regard de fauve ou de faune pris dans du déboulis, c’est à coups d’éperons ou de serres que je leur déchirerai le ventre ou la poitrine, passage d’un nouveau psy, ventripotent, la cinquantaine, barbichette, tout va bien, oui comme hier, bon dimanche ,au revoir et merci, démonstration de ma volonté à ne pas faiblir et ne pas tressaillir devant le savoir d’un singe qui fait dans la distinction parce qu’il aimerait que je le haïsse ou me cabre devant lui, eh bien non Monsieur, je tiens encore sur mes pattes, je suis cet animal qui va encore aux attelages et que vous vouliez tant abrutir de pilules, je n’irai donc pas aux vôtres, j’ai mon propre charroi et chariot à tirer, j’ai des ficelles et du temps pour le faire ; tant de souvenirs me reviennent à hauteur de tiroirs crâniens avec leurs clés monstrueuses, leurs envies, et l’allongement de mon mal être.

Celle qui est productive va à d’autres rendements, me laisse un message, je lui réponds de façon brève, quelques mots sur mes états entre l’esprit et le corps, entre le vague et l’imprécision de mes images, cette façon que j’ai de dire à demi-mot, elle la comprendra, s’ajoutent à tous ces jours d’usurpation de mon identité des après-midi à errer dans le vague, dans l’inertie, dans le charabia d’écrire grandiloquement du n’importe quoi véritable ; en creux et doucettement, je cours à la catastrophe, tant j’ai l’idée de mon état, ce n’est plus de l’inconfort, c’est de la dépréciation, une mélancolie terrible, née de ma volonté à ne rien vouloir escalader, pas plus que dévaler ou dévoiler, voilà quarante ans que je suis un homme cassé , qui a cessé d’ être, je suis impraticable, je m’exténue à la sauvagerie de ces procès à mon encontre, de mes phobies grotesques, redoutables, je crains de me détendre, de m’entendre avec moi-même, et cela dans les deux sens.

Après son appel, ces mots me viennent…

Au fragile regard clos sur d’anciens songes, la brute transformée en insecte montait dans la nuit avec ses pattes nuageuses, je distinguais le plafond de l’obscurité avec mes sens énoués, et je comprenais que mon silence n'était qu'un coup d’ailes minuscules, le crin d’une bête virtuose, une rumeur infernale qui venait de mes hontes, voilà que mon reflet devenait une sale bouillie prolongée dans le marbre, dans ce qui me semblait un siècle s’évidant de ses dernières forces, et dans cette pièce tant sombre, je sombrais sans mobilité aucune, sous les résonances de ce rat chauffeurs d’étal et de salle où ruisselaient sur le parquet ses saletés comme autant de coups sur un nouvel écu, sur de saintes armoiries qu’un cadavre porte sur son torse dans une rade où des marins s’horrifient du violet de leur petite race…Dans l’approche de la colère et de ses gestations, je fus un rhésus halluciné ,arrondi par les mains d'un examinateur qui à coups d’éperons me mitrailla une sur une piste de danse, le lit, et mes allures furent celles de tous ces êtres qui rejettent leurs cheveux en arrière pour d’infantiles séductions répétées par la désenvie, j’augurais par tous les aspects de ma face et de mon torse que j’ai été roué, qu’un bec-d'âne m’a effrangé en maints endroits, et qu’il n’y a d’orientalisme dans mes façons que ces ordalies par l’éros en solitaire, le sien, je n'exagère en rien ma face obscure et violacée, et jusqu’à mes grotesques cabrioles, je ne voyais plus qu'en diablotin dévoyé, à la queue basse qui ne put plus s’ondoyer de rires, qui dans ses sottes candeur et hébétude voulait déchirer ses entrailles pour voir si le sang y abondait encore en flocons aux commandements d’une neige des plus fines…

Dîner d’une saucisse salée et de semoule, de la réduction de bouffe, comme tout ici, comme la nuit, comme le jour ; l’obscurité n’est pas loin et j’anticipe déjà sur les trois passages, minuit , deux heures, cinq heures, je ne suis plus moi-même dans mes rêves, pas plus qu’en dehors, je n’ai pas eu d’érection depuis un mois, j’ai l’appétit en retardement, en rabattement, je suis en ruine dans l’intérieur, je rumine, je suis dans des fulminations, la solitude me fait encore plus sot et saugrenu que celle à mon domicile, quand je suis dans l’apprentissage de l’immobilisme ,dans l’effroi, l’atermoiement aussi, je suis dans le fanatisme du pire que j’alimente avec du mauvais grain.

Cinq mai.

Deux heures, trois heures, surpris, réveillé, que faire sinon lire, une nouvelle expérience de la vie insignifiante, froide, classifiée, glacée, sans partage, s’il y avait encore un côté extatique à tout cela, je serais preneur, je gage que demain sera identique, je me nourris de renoncements, de devises imprononçables, je vais à des combats sinistres, irréalistes et surréalistes, perdus d’avance, c’est dire que je vais à l’encontre de moi et à la rencontre d’une nouvelle complaisance.

Sept heures.

Double café qui suit le parcours d’un transit détraqué, chiotteries à répétition en courts cours, et puis du désabusement, la réalité ne m’arrange pas, je me venge de moi-même en en me couchant pas, je vais à la marche pour une heure, c’est une exigence envers ce corps ancien et qui ne réagit plus, du moins pas à ce que je lui demande.

Cahier et écriture jointe…

En voilà un qui n’a pas de pudeur mais des occupations barbares, telles ces changements de ton et d’humeur lorsqu’il tente le coup du rapprochement, il est dans la stratégie d’un flingueur, et après le passage de son sexe contre ma peau, illicitement il part s’abriter dans le sommeil, je l’observais dans ses lignes et parties saillantes, il était alors dans un nouveau transport d’ordre religieux, le rêve quoi, avec le désir immodéré de me voir mordre la poussière, boire du jus d’agave jusqu’à la vomissure, cela j'en avais la certitude, la certitude est aujourd’hui à son terme, et le terme n'est pas dépassé. Il n'y avait pas d'issue à la nuit menteuse assermentée avec des doigts de salope, il n'y avait pas d'issue aux sombres inerties, aux cercles de l'attente, aux indécences vertigineuses, il n'y avait pas d'issue à ses obscénités, et ma famille qui si souvent versait dans les larmes n'en savait rien, c'était un chaque soir un peu comme si j'avançais vers la mort sans attendre que des voix s'élèvent pour m'y conduire, je perdis la mienne à plusieurs reprises, nul ne comprit pourquoi, il n'y avait pas d'issue à l'impropre grâce où je me vautrais comme une bête revenue de la pâture ,le ventre gonflé la gueule béante pour crier sourdement, lourd animal givré de peurs et qui s'endort sur son flanc gauche à la manière de celui qui va se refermer sur soi pour ne plus ressortir qu'en adulte gâté. Les harpes, les jardins du temps et des heures lointaines je vous attendais en blêmissant à l'approche du jour ,quand les joncs les osiers plient sous le vent, qu'il lève leurs tiges comme un orgueil, je le voyais lui avec son sexe comme une vanité, plébéien dépourvu d'azur sous le ciel bleu que je convoitais, était ce ainsi que sont les hommes, bien trop lourds à porter, à comprendre avec leurs destinées ,leurs immenses ténèbres, leurs nuits, étaient-elles en devenir d'être mère qui vont porter des enfants inconsentis, ou étaient-elles ma demeure comme la moitié de mon corps que je ne savais que mal entretenir ?

Midi, je déjeune de deux tomates, un peu de soleil dans l’assiette, c’est fou comme on peut passer à côté de ce qui pourrait être tentant quand la vie ne l’est plus, après-midi en écriture, des mots décochés comme des flèches envers ce frère qu’il est temps que je charge une nouvelle fois, les voici.

Aux ouvrages que la solitude corrompt, j’ai préféré la colère, cette fin sans élémentaire participation qui précède toute chose, et se pose sans qu’on l’admette en tous lieux ; j’ai préféré aussi l’indéniable nécessité, énigme réprimée de rester incompréhensif, dans le déni des belles formes rétribuées, cette sotte faculté d’être amer, en en faisant le vœu, par imprudence et impudence. Aux ouvrages que la vie même corrompt, j’ai préféré l’impassibilité d’un tableau, instrument de ma vanité, de ma passion pour des inerties sans visage, et cette pratique de me fondre dans le vaste souci d’être sans exister, entre la fatigue et l’embonpoint. Aux ouvrages que l’orgueil altère, j’ai préféré la repoussante déraison de demeurer raisonnable, les impersonnelles lourdeurs et douleurs d’être prisonnier de mon travail d’homme, d’homme sans étendue et de sous-entendus. Aux avantages que confère l’insulte, j’ai préféré les négatifs du silence, tirant sur l’éternité des astres, sur l’insupportable matière à sédition des étoiles, ce sont ces ouvrages que je lui dois …Puis retour dans le moi individu qui fait dans l’immédiateté, mais l’immédiateté du renfermement, encore un, un jour à tenir , à faire dans la représentation, à opiner, à ne pas déborder, à être dans le sérieux confus d’un tiers programmé pour fermer sa gueule, et qui s’ alimente de leurs insignifiantes fictions, c’est ainsi qu’il faut fonctionner. Je dîne d’une purée et de quenelles, de la flotte quoi, je joins l’utile au désagréable, après je cours dans le sommeil, ou je me recrée mes quelques beaux souvenirs d’enfance.

Six mai.

Dernier jour, dernière distance, dernier ralentissement, vertiges dans une ossature qui se délie, se délite, petite musique d’étranglement, aucun remède ne m’est venu ici, je vais à d’autres profondeurs tout aussi étique que lorsque je suis arrivé dans ce lieu, et que ma réalité a dévoyé de partout, ici c’est un autre que j’ai assassiné, moi-même en fait, je me suis planté quelque chose dans les tripes et l’âme, voilà que recommence la réduction, je pue tous ces êtres qui sont moi et autour de moi, dans l’affadissement, l’affaiblissement, l’ affublement, l’accoutrement, dans la mémoire de la noire maladie d’exister et rien d’autre.

Café du matin, j’ai perdu sept kilogrammes, rien de salvateur de par ici, rien que du subi, de gentiment outrancier, je fais appel à mon savoir organique, il me dit de la fermer, et c’est cela ma suffisance , mon mécontentement ,mon entêtement, ma valise est prête, je salue poliment et malgré moi les soignants et les soignantes, je vais d’un pas lent vers la gare, le train arrive dans une heure, je pose mon cahier sur mes genoux, je me relis et pleure, parce qu’il est encore là, il revient conte moi la parasite rampant, pour se vider, se mettre à sec, à se glisser entre mes jambes, je l’entends à chaque fois renaître ,haleter, dans ses réductions de sens, cette biologie du corps dont je ne connaîtrai le caractère qu’à l’âge adulte, elle a dû être transmise par cette saloperie de génétique qu’on m’expliquera sur le tard, tout ceci lecteur est d’une réelle fiction, un peu comme du mentir vrai, par lesquels je dois passer pour trouver une parade à quelque procès à venir, oui j’ai été un serf, un ilote, un vilain, un esclave, et les images qui me restent ,me reviennent sont celles d’un monde sans conventions d’enfants, sans paroles, un peu comme dans une moribonderie, un orphelinat, où des chacals et des hyènes entremêlés vont m’épuiser avec leurs particules élémentaires et leurs dents acérées.

Voilà qu’il en est ainsi , j’ai fait la terrible expérience de la cellule, autant celle qui est en moi à des millions d’exemplaire, que celle qui m’a conduit au mitard par mon manque de posture, professionnelle, intrusionnelle, potentielle, additionnelle, fictionnelle, démentielle, institutionnelle, j’ai dans ma condamnation une autre condamnation à apporter, celle que je voue à tous ceux qui sont la certitude de comprendre, d’appréhender le réel comme on consulte un dictionnaire, entre les lignes, sans comprendre la texture, la teneur du mot recherché, mon intégrité, mon humanité, la passion des autres dans leur fluidité m’ont valu d’être détesté, haï, , or je suis, ai été un homme en marche, debout contre la bêtise, les inepties, l’imbécillité, la couardise, la radinerie, sœur Anne ne vois-tu rien venir, et Dieu qu’elle a de visage, tant s’y retrouvera, le taira, connard et connasse aux manches retroussées pour donner à croire qu’ils travaillent comme ces singes qui refusent de parler de peur d’être abâtardi par l’homme trop viscéral et sans réflexion, l’autre n’est pas un puzzle mais une entité considérable, l’avez-vous vu, perçu ,vous les idéologues aux immondes sagesses, vous les psychiatres et psychologues fanatiques du séminaire, les autres c’est moi dans une attente différente, oui je me suis donné, je n’étais pas dans la distance, du moins pas celle que vous vouliez m’imposer, guenons insipides pleines de terreur et de blâme, et combien en moi je fus dans le bon compte qui n’était pas dans votre usage, dans l’image de la règle manuscrite, édictée par les souscripteurs du bon sens, les idéologues sans droiture et sans adresse dont vous suiviez les préceptes comme un âne va au son, comme ces psychiatres faisant corps à la fumisterie des séminaires, oui, certes, je n’étais pas syntaxique, je n’étais pas synchro, je n’avais pas dans même tempo, j’étais dans une attente composite, je me donnais   trop vite, dans l’honnêteté de la parole, du dire, je n’ai pas fait dans l’intervalle, je n’ai pas su, j’étais péremptoire quand il eût fallut être doucereux, et doucereux quand il eût fallu être rude, je n’ai eu aucune ambition, je voulais traverser la vie dans la paisible attitude d’un qui n’aurait fait de tort à personne, qui n’aurait pas dit merde, ceci est de mon usage ,vous par le charlatanisme de vos savoirs faussement appris, mais bien énoncés, vous me repoussâtes, m’opérèrent des coups plus bas que sous la ceinture, quel bel apprentissage de la saloperie humaine, moi, ma porte fut toujours ouverte aux sortants de taule, aux va-nu-pieds, aux voyous de toute engeance, à la parole donnée et tenue, d’autres auraient été dans la trouille à concevoir de telles attitudes, je parle de vous , faux soudeurs académiques, moi je n’ai pas craint la différence, l’altérité ,un   savoir contraire aussi uniforme que vos putains de répétitions, de péroraisons, mon présent est dans la haine des contrefacteurs, des contrefaçonneurs, des psitacistes ,et Dieu qu’ils sont nombreux, ils pullulent comme des tierces et des quartes dans une main dévoyeuse de vérités, voici la mienne, je vous emmerde avec vos lâchers prises, moi j’ai pris le parti de ne pas vous oublier, c’est ainsi que je ne serai pas anéanti , et vous les salopeurs de mémoire, les nantis de la décision, avec vos parjures, vos vies favorisées, bien adhésives, restez à distance de moi, continuez à faire dans la belle entregent, dans l’universelle stupidité de vos impurs sens et sensations, restez des parvenus de métier, restez dans le rang, bien arrangés dans votre vieillesse de toujours, avec vos bouches minérales pleines de fiel, de faux testaments, de photos bidouillées, de faux sourires, et ça dès l’accueil, arnaqueurs de sentiments, sédimentaires par le bonjour et l’au revoir, restez en sommeil dans vos pauvretés purulentes, vous m’avez noué l’estomac, pété les intestins, bousillé la cervelle ,défoncé les belles idées de mon crâne, au plafonnier de mes sens je vous vois comme des incendiaires volontaires, dirigés par vos primitives animalités, vous portez en vous et vous porterez toujours en vous le premier et le dernier baiser, celui de Judas…