Au jour le jour

Au jour le jour 546


Il m’apparaît parfois que la musique est une onde de ce chaos originel, où la prière n’est qu’un ersatz de symphonie, et l’hymne une effroyable inconsolation.


Mon corps devenu indolore, assoiffé d’une tristesse d’instantanés, je creuse sous les étoiles une tombe pour y momifier mes secrets.


Puisqu’en toute chose un dieu inerte s’est installé, il est curieux que ce même dieu ne cherche à s’en dégager que pour réduire nos parts de néant.


Parfois la sainteté touche au cynisme, j’ignore encore si la grandeur d’âme résiste à ce même cynisme, mais je préfère cette ignorance à la banalité d’y croire proprement. 

 

Au jour le jour 545

Arracher de mes sentiments, cette garantie contre la surenchère des mots et du pardon.


Mon détachement tient autant de la sécrétion que de la retenue, la première je la voudrais embrumée de sanie, la seconde ourlée dans du satin.


Rendu veuf par toutes les abstractions que mon cerveau a érigé en enfer d’insolutions, il ne me reste plus que cette fixité sur le rien pour m’activer.


De même que mon esprit s’est assombri, ma santé m’a asséché, c’est pourtant encore ici dans cette marge, que je m’interroge sur tous les ratages.


Il m’est impossible de passer d’une réalité à une autre, voilà pourquoi j’invoque la raison du tas.


Lorsque étendu en mon lit, tous les possibles constituent mes élans, ceux dont j’ai rêvés aux heures creuses, je me retourne sur la substance même de ma vie, l’ennui,  je sens une nouvelle fois que j’ai perdu d’essentiels instants.

Les nuits blanches sont blanches parce qu’on y touche la laitance de toutes les agitations extérieures.


Toutes les dépenses dont j’ai attesté par le pardon ou les renoncements, je les vois aujourd’hui comme une solidarité malsaine, qui n’a servi qu’à me pousser plus loin, mais vers où ?


Tant l’esprit m’a fait défaut, que je ne sais plus où me tourner sans y voir la plus grossière des fautes de goût.


Mon corps se resserre dans l’homogénéité de toutes les sécrétions vénéneuses dont j’ai abusé quand j’étais vain.


Occupé par de l’ennui qui s’écoule dans les déséquilibres de la conscience et de sa gravité.


Peut-être que ma vie n’aura été qu’une manœuvre vers une perte suggérée ?


Plus je reste attaché à ce monde, moins j’ai en charge de le contenter.

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Au jour le jour 544

Perpendiculaire et parallèle à mes pensées, ma quantité de conscience se dirige aussitôt vers la mort ou le pire des entretiens.


Plus rien n'est respirable, j'use de l'artifice du survivre, pour organiser ce qu'il me reste de jours à errer et à composer avec toutes les retenues.


Comment éprouver ma lâcheté,si ce n'est en invariant,tout au long ce ce parcours,que mes sensations de traîtrise ont jalonné comme en un bourbier?


La vie n'est remarquée et remarquable que dans la fraude,et ces règles qu'on enfreint,pour entrer de plain-pieds dans une rigidité à haut risque.


Un exclusif de la façade,un pataugeur du dedans,et de l'intégrité,de l'intégrité pour des remous ou de la nausée.

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Au jour le jour 543

Plus je m'adresse à l'être moins je veux devenir.


Vouloir être un tyran, et se faire endormir par la prééminence des glandes.


L'histoire, calamités, persécutions, lourds pressentiments de l'avant et de l'après, c'est-à-dire de notre néolithisme.


Nos convictions nous conduisent aux stigmates, nos à peu près dans la bestialité des victimes imposées.


Aucun rire qui ne nous ait rendu considérables.


Toutes les religions se sont établies dans l'hypothèse d'une veine encore plus grande que celle de la faute.


La vraie littérature n'est faite que de lassitudes et d’écœurements, quant aux autres, qu'elles cheminent tranquillement pour les générations sans histoire.


Tous nos itinéraires se sont établis entre plaisirs et massacres, puis vient la réduction des deux pour aller jusqu'à Dieu.


J'en appelle à l'épreuve pour traverser le temps, et ne plus me trémousser entre digestion et beuverie.


Le dernier mot sera le bon.

J’écris à l’horizontale des mots que j’ai portés debout , de peur qu’ils ne me tourmentent sur les canapés…

Mes démons me méprisent, voilà pourquoi j’y prends garde et les entretiens…

Je fouille dans moi, j’y épouse la lie, la pègre des sentiments avec ses capacités muettes ,je valide aussitôt cette situation dusse je le regretter…

Chacun a dans ses pauses et ses haltes des réflexions sur les plaisirs et déplaisirs de l’existence dont il s’accommode pour n’avoir pas à se prendre d’affection pour le mot « Fin »…

J’ai lu et bu pour renoncer à mes euphories venues de je ne sais où, me voici à présent pratiquant le doute comme un acte naturel et qui ne me désole pas…

Rien que je n’ai voulu garder , si ce n’est mon sort…

De toutes les fois où je suis mort en surface la vie a su lorgner vers mes profondeurs pour s’assurer que mon cerveau gardait ses allures de scaphandrier…

C’est la fureur qui me pousse à vivre, la fureur d’un grand chamboulement, la fureur aussi de divaguer et de m’assurer que cette divagation ne rencontrera aucun obstacle.

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Au jour le jour 542

Communier, communiquer sont deux des penchants du désespoir introspectif.

Rien de ce que j’ai conçu n’a eu de justification, je me figure ce fait comme un bienfait et j’en ris ou j’en pleure selon que je sois sobre ou soûl.

N’étant d’aucun profit j’ai songé m’allonger sur le sable et goûter aux conséquences de mon désarroi.Seul le témoin que je me suis inventé n’a pas donné suite à mes divagations.

Toutes mes échappatoires sont automatiques, c’est ainsi que mes façons se passent de tout commentaire et mes manies tiennent plus de la maladie que de la conviction.

Je n’ai réussi à mépriser qui ne m’ait rendu méprisable à mon tour.

Les évidences sont mon régime.

Tant la vie coule par charité de la matière, tant je me ruine en épanchement qui augmente son flot en m’asséchant.

Si sincère que soit ma misère, elle n’est qu’une pitrerie érigée en indispensable manière de vivre.

Je fouille dans mes souvenirs et me vois biffer une lettre que je n’ai jamais envoyée, et qui aujourd’hui aurait autant d’allant autant de force que si j’y mettais mes convictions et mes épuisements.

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