Bestiaire de JIL

 

La poulela poule

La poule s’écrit avec un P comme pays, plouf ou pou. Le P quand il est majuscule ressemble à une pipe ;lorsqu’il est minuscule, à un pape ou à un pope. Le O de la poule est l’œuf qu’elle a pondu, et son zéro de conduite si elle ne traverse pas dans les clous. Son U, fer à cheval qu’elle a dû traîner, porte malheur sitôt qu’elle parle à un âne. Son L au singulier l’empêche de voler, si elle en a deux, elle est de luxe, ce qui plaît au coq. Quant à son E, phonétique de poussin à venir, il traduit sa malchance et notre insistance à la mettre au pot.

 

 

L’œufl'oeuf

Quand il est pondu, l’œuf tient autant d’une boule de billard qu’un pis d’une tirelire. L’œuf possède à sa finale un F, comme France, faribole ou Fanfan, c’est pourquoi les maris honnêtes, lorsqu’ils sont bien ficelés crient cocorico, et finissent dans un frigo, ou dans les basses besognes, autrement dits cours. L’œuf sert parfois de toupie, de juron, de victuailles aussi. Un œuf seul donna naissance à une poule, plusieurs œufs réunis inventèrent la douzaine. Faire l’œuf c’est aussi faire le con, la poule ou le coq, c’est pourquoi au carré ou au cube l’œuf s’appelle un comité.

L’oiel'oie

L’oie est avant tout l’ami du chien. Deux oies ensemble font un aboiement. Dire cela c’est mentir un peu, mais c’est aussi dire du rêve du cabot. L’oie quand elle vole, emprunte la géométrie du triangle varicelle ;lorsqu’elle va à pinces recourbées, celle d’une ligne droite qui se serait étourdie. L’oie capitule lorsqu’elle arrive en Italie, c’est pourquoi elle préfère se gaver en Gaule, et notamment en son sud, où beaucoup ont foi en elle.

 

 

 

La bichela biche

La biche écrit avec succès des pièces aux pieds d’airain. Quand elle traîne, la biche ne rend pas l’âme, elle dit son contentement. La biche n’est pas riche comme on aime à le dire, et ne possède aucune propriété. La biche donna vie au verbe bicher, qui signifie aimer de près .Qui aime la biche aime aussi les coffres-forts et la littérature. Au clair de la lune certaines biches nettoient leurs yeux avec les pleurs qu’elles versent pour leur faon disparu.

 

 

Le faonle faon

Le faon seul n’aime pas les tulipes, deux faons au cinéma crèvent l’écran. Quand ils vont au castelet, les faons se conduisent en adulte et sans rouler des mécaniques. Le faon est l’enfant de la biche ;tous les faons sont amis des poètes ou des chansonniers. Aujourd’hui chaque brailleur a ses faons. Il arrive qu’un faon fasse des fautes d’orthographe, il pleure alors sur ses microsillons. Humilié un faon se fait nommer Bambi, ou bambin. Un faon âgé devient un cerf, un môme âgé devient un vilain.

 

 

Le cerfle cerf

Le cerf est un vilain quand il se bat à fendre bois. Le cerf est utile à la biche pour essuyer ses larmes. C’est aussi un animal qui marche avec une forêt sur sa tête. En s’endormant, le cerf fait des hypothèses, invente des règles de mathématique, des axiomes, des énoncés à écorner des angles. Dans un prisunic, le cerf se conduit comme un être civilisé, dans la nature comme un roi. Au piano, le cerf peut jouer quelques sonates, quelques valses viennoises. Bref, le cerf est un animal de belle lignée.

 

 

Le canardle canard

Le canard est un volatile qui lit les journaux, surtout les quotidiens où il est souvent à la une. La femelle du canard est une cane, elle est utile aux aveugles et aux claudiqueurs. Le canard aime la géométrie et par-dessus tout, les problèmes avec des angles. Rien n’arrête un canard dans ses calculs. Lorsqu’on on plonge un canard dans de l’alcool il gagne de la teneur en sucre, ce qui lui permet de finir sa vie en domestique ou en laquais. Un canard idiot ne se contente pas d’être idiot, il est aussi préposé au canon.

 

 

Le lionle lion

Le lion vu sous un angle obtus est seul en Angleterre, et un morceau d’étoffe ou de feutre plastique en France. Le lion qui dort sur du lino, prononce à tort le mot Léon. Au plus profond de la savane brossé comme un peigne, le lion ne rugit pas mais rougit. La crinière ou tunique du lion est rousse comme la brousse ou comme Rita Hayworth. Le petit du lion n’est pas sot comme cela se laisse entendre, il n’est pas vrai non plus que plusieurs lions réunis forment un commissariat. D’autre part, la femme du lion utilisé à des fins commerciales, n’a rien à voir avec les moteurs, ni avec une de nos villes et un de nos départements.

 

Le chevalle cheval

Quand il manque un L à un cheval, c ’est une vache qui a mal tourné. Pégase âgé, s’il n’avait pas eu l’idée du gaspillage, du vol en solitaire aurait fini en dada mécanique. Le cheval lorsqu’il s’ébroue dans un hôpital fait peur aux infirmières tant sa fièvre est haute. Le cousin du cheval est une miniature qui vit dans les mers chaudes, c’est là qu’il campe. Un cheval, quand la vapeur lui monte au nez ressemble à une locomotive.

 

 

 

Le zèbrele zebre

Le zèbre est d’origine cinématographique ou italienne, personne ne le sait plus très bien. Ses yeux de braise traduisent ses désirs cachés, revoir ses neveux et nièces européens. L e zèbre quand il s’est assoupi peut servir de fauteuil, quand il est lancé au galop, de flèche. L e zèbre ne sait pas lire l’heure, c’est pourquoi il ne porte pas de montre au poignet. Il est faux de dire que le zèbre descend de la guêpe, a-t-on déjà vu un zèbre porter un corset, et une guêpe la culotte de cheval ?

 

Le tigrele tigre

Le tigre feule, feint, et se peint enrayé pour aller manger au Flore. Les dents du tigre sont longues et effilées comme des stalactites. Le tigre n’habite ni dans une grotte, ni dans un palais, il habite un moteur et se nourrit de gaz d’échappement. Les cinq sens du tigre sont, le repentir, le dormir, le manger, le laper et le moucher. L a queue du tigre est gratuite dans certains supermarchés, dès lors qu’on s’est payé sa tête. La peau du tigre est triste ans un appartement, aussi triste qu’un aveugle sans l’idée même du tigre.

 

 

La guêpela guepe

La guêpe n’est pas une guêpe, c’est un bruit. Le son que fait la guêpe est Bzzzz, avec un B et plusieurs Z. Zorro aurait pu être une guêpe s’il n’avait recours à son cheval. Une guêpe peut également servir d’intermédiaire entre une abeille et un frelon. La guêpe n’est pas synonyme de guipure, mais de piqûre. Un sein de guêpe a la taille d’un œil de mouche, deux seins de guêpe donnent un dessin. Pour mordre, la guêpe se met à genoux, et à sa dernière flexion, elle perd son unique dent, puis meurt d’une fluxion de poitrine.

 

L’abeillel'abeille

L’abeille baille ou qu’elle aille et fleure bon les prés et la sauge. L’abeille se saoule d’essence et de vocabulaire. Reine, elle fait des milliers d’enfants qui finissent leur vie dans un hôpital psychiatrique. L’abeille, abeille dès potron- minet se lève tôt pour butiner et bouquiner sur des campanules, puis se couche tard après ses saines lectures, et ses trois –huit dans un rucher, ou H.L.M.L’homme qui aime les abeilles est appelé apiculteur, a également un penchant pour les pommes. Quand l’abeille meurt elle devient un libellé.

 

Le ratle rat

Le rat court dans les artères à la vitesse d’un dératé. Le rat transpire énormément et aime s’endormir sur un matelas de mousse. Un rat myope devine qu’une souris lui sourit aux bruits qu’elle fait avec ses quenottes. Le rat ne rue pas, ne tonitrue guère plus, il rackette, c’est à dire qu’il se sert de son instinct. Un rat qui a  bu et comme un humain qui a bu, il est ivre et abuse. Le rat n’est ni de la ville, ni de la campagne, il est de la haute mer. Avant qu’il ne vienne surveiller nos plages, le rat était gardien de phare. Le pluriel de rat est une mascarade.

 

La sourisla souris

Quand le chat ne fut pas là, les souris scièrent. Une souris devenue grande va travailler à l’opéra. La souris n’est pas gratuite et compose des symphonies pour des dessins animés. Parfois la souris s’enrichit et achète un magasin d’antiquités. En hiver la souris vend ses biens et s’en va habiter à Mexico, à la vitesse d’un gonzalès. La souris n’a pas de pluriel, porte des jarretelles, habite sa vie entière chez ses parents, déteste les éprouvettes et les laboratoires. Le chat si elle eût aimé la souris, et si la souris eût aimé le chat auraient pu être lad ou jockey selon les circonstances.

 

Le rhinocérosle rhinoceros

Le rhinocéros descend d’une maladie qu’on nomme la rhinite. Le rhinocéros s’attrape au lasso lors de safaris, se sert d’un oiseau pour curer ses dents, et le remercie en le laissant picorer où bon lui semble. Le rhinocéros se nourrit d’herbes et de trèfles à quatre feuilles, pour dit-il de petites chances. Lorsqu’il part en croisade, il souffle dans une corne pour annoncer son déplacement. Le rhinocéros peut servir de canapé ou de grosse tirelire. Quand on réussit à écrire le mot rhinocéros en latin, celui ci peut atteindre la taille d’un éléphant.

 

Le pigeonle pigeon

Le pigeon aime les voyages, économise énormément pour pouvoir partir en Italique où les mots sont de travers. Il aime la musique de Bizet et le tambourin. Le pigeon sauvage est un correspondant de guerre, il n’est jamais seul et préfère survoler les frontières en bande. Le pigeon n’a rien à voir avec la colombe dont il n’est qu’un lointain cousin. La femelle du pigeon est la pigeonne ou  ramière, on dit aussi chinoise cravatée. Parfois le pigeon tremble, on dit alors qu’il dupe.

 

 

L’alouettel'alouette

L’alouette habite la caisse d’allocations familiales d’une ville de l’Est. Elle est mélancolique, mélodique. On la chante dans les écoles afin qu’elle perde ses plumes et fasse éternuer des enfants sots comme des encriers. Quand l’alouette part en vacances dans les pays chauds, elle prête son appartement au coucou, qui lui fait un enfant dans le dos. L’alouette déteste se regarder dans un miroir, son ombre même lui fait peur. Comme elle attire les rets et les collets, elle ne monte pas haut dans le ciel. Elle évite aussi de trop manger de crainte de devenir obèse, de sorte que des vauriens en voudraient à sa chair, à ses ailes, son cou et j’en passe. Autrefois l’alouette portait le nom barbare de « Conirostre »,mais comme elle n’avait rien d’un cône ni d’une rosse on la baptisa « Alauda »,qui aujourd’hui signifie gentille.

Le frelon

Le frelon est à la guêpe ce que Goliath est à David. Plus imposant qu’une pince à linge, plus douloureux qu’une dent d’ortie, plus grossier qu’un frayement ,le frelon s’appuie sur la haute idée qu’il a de lui-même pour darder et dominer. Jaune et roux comme la farine de froment, ou Judith Collins dans « No nofler isn’t it ! »il passe son temps à fauconner, pâle imitation de fonceur et de fonceur. Le frelon lorsqu’il est à jeun ressemble à un loup volant bariolé des couleurs du maïs et du houblon. Il faut éviter d’injurier un frelon, il se venge aussitôt en allant frétiller dans votre alcôve.

Une autre souris

Cette souris ci habite dans un hôtel et se soucie du sort des voyageurs bagués. Elle aime les valises, les tiroirs, les baise en ville, et il lui arrive de trotter si doucettement, qu’on dirait un rôt de mouche sur un parquet de feutre, tout ça pour une petite pique de nuit. Le mulot, ou souris commune, aime ses voisins, le boulanger, l’épicier, le pailleron. Blanche, la souris vit dans un laboratoire, où pour des raisons de génétique, d’esthétique, elle seconde sans jamais péter plus haut que son cul, des tâcherons qui s’exercent à la science et à son embellie. Quand une souris se prend dans une souricière, on dit qu’elle communie.

Un autre rat

Ce rat appelle au secours quand on veut l’assermenter. Si ce rat veut se retirer du monde ,c’est qu’il veut se sentir concerné par autre chose que la ratatouille, les ratés ,le ratage. Amphibie dès sa naissance, il s’aiguise les dents et les pattes pour mieux fendre l’eau. Sa queue indique avec ses vergetures qu’il s’est marié plusieurs fois, que ces mariages d’ailleurs lui ont fait décharger sa rate. Le petit du rat n’est pas le râteau mais le raton qui naît avec une dentition complète de dents en or, et qui sitôt venu au monde se penche sur les problèmes du trou, de tous les trous, ceux du fromage, du bois et j’en passe, puis aspire à  devenir pâtissier.

Le hibou

Le hibou n’a rien à voir avec une marmite pas plus qu’avec une rotative. Le hibou, oiseau de haute lignée ferme les yeux quand il croise un duc ou une duchesse, signe ainsi sa révérence. Cloué aux portes des granges d’infamie, des maisons basses et retorses perdues entre les monts pleins de sortilèges incongrus, le hibou dit-on préserve du mauvais sort et son âme devient dès lors un papillon de treille. Le hibou n’effraie point,il se comporte en noctambule ou noceur, c'est-à-dire qu’il cuve un exécrable vin. Quand le hibou éternue, les souriceaux se planquent et se prennent de tendresse pour la nuit.

La marmotte

La marmotte est la sœur du marmot, enfant plus ou moins sage selon les saisons. Tous deux parlent confusément de leur sommeil en amande, de leurs rêves coiffés de brumes. L a marmotte est alpestre de mars à octobre, souterraine le reste du temps. D’esprit voyageuse, elle passe le plus clair de ses journées à craquer des allumettes, mais échoue dans ses tentatives à mettre la prairie en feu, en somme elle est malhabile. La marmotte est de petite taille, une marmotte de plus d’un mètre n’est pas une marmotte, c’est un ours.

Le castor

Le frère du castor se prénomme Pollux, parfois c’est un chien, parfois c’est un dit obscur qui travaille la nuit et construit des ponts qui sont faits de troncs les plus divers et ne servent à personne, vain labeur pour du gué sans passage. Le castor a toujours l’air d’un castor, de rien d’autre, c’est parce qu’il ne ressemble qu’à lui-même qu’on le croit d’ubiquité, il n’est qu’en fait nombreux, et dans le ciel étoilé il prend le nom de gémeaux. Le castor n’a aucune raison savante pour abattre tant d’arbres, rogner tant de branches, et pourtant il le fait, tout ça pour une misérable bicoque sous l’eau ou il hivernera. Le castor aime par-dessus tout le rameau et ses rubans de fleurs, c’est pourquoi il n’en fait pas son menu, aimant s’en imprégner les narines sans y toucher.

Le canari

Le canari habite une île, toujours serin il s’habille de jaune et semble un petit soleil de rondeur qu’on pourrait empocher pour se tenir chaud. Le canari en cage n’est plus un canari, c’est un prisonnier, et il se conduit comme tel, c'est-à-dire qu’il pleure plus souvent qu’il ne chante. Le canari a donné son nom a une couleur ainsi qu’à un navigateur grec qui se perdit dans le vaste océan bleu. A la mort du canari, les enfants l’enferment dans une boîte de thé en aluminium, l’enterrent dans un coin clair du jardin là où les astres sont les plus enclins à témoigner de leur lumière, et sur l’épitaphe, ils écrivent son nom en lettres de feu.

La colombe

La colombe découvrit l’Amérique il y a fort longtemps, elle aurait pu s’installer en Colombie, a préféré le colombier. Vierge jusqu’à un certain âge, elle ne se nourrit que de rameaux avant de rencontrer celui qui lui proposera ses graines. Elle prêche aussi la paix en s’auréolant d’une branche d’olivier en fleurs. La colombe est l’oiseau chéri des hommes qui y voient le signe dune délicatesse et d’une promesse de vie à deux pour de éternités. Toujours de blanc vêtu elle s’initie don pour un mariage à perpétuité. Le mari de la colombe est le colombin, qui lui est dur comme fer. La colombe se fête le jour de la Saint Cristophe, patron des astronôtres et des voyageurs.

Le chien

Hors de la portée des fusils, le chien se fit l’ami du genre humain. Dans sa niche, il s’échine c'est-à-dire qu’il fait un tapis de son propre corps. Quand il pleure, le chien s’humilie, et ses larmes en appellent à une autre condition, la liberté. Un chien qu’on nomme chien vient se blottir contre les pieds d’une autorité, un homme qu’on appelle chien hurle, c’est une variété de con en prolifération, car si l’homme est au chien asservi, le chien lui n’a pas de maître, il n’a qu’un auxiliaire.

Le chat

Le chat tache comme de l’écume, n’aime pas qu’on lui souffle dans les oreilles, s’endort sur le sofa magnétisé par ses broderies de soie. Le verbe peloter s’emploie autant pour le chat que pour la laine qui est un de ses lieux favoris. Le chat mousse comme du savon quand on le prend à rebrousse poils. Le chat n’aime pas l’eau et postillonne dans les lavabos et les baignoires. Lorsqu’on le hue ou le siffle, le chat s’en va dormir sur une gouttière. Jamais il ne part en course seul, en tout, il préfère la multitude, c’est pourquoi le chat est toujours plusieurs même dans l’unicité.

L’autruche

L’autruche triche au jeu, et particulièrement à cache -cache en engloutissant sa tête où elle peut le faire. L’autruche est aussi sotte qu’une poule ou qu’Achille Talon, elle a des poils aux jambes qui sont aussi longues que ses ailes sont courtes, voilà pourquoi elle ne vole pas, ni dans les airs pas même dans les prisunics, où planquerait elle ses larcins ?Quand deux autruches se rencontrent elles parlent autrichien, quand plusieurs autruches se rencontrent elles font un séminaire. Une autruche malade tente de se soigner en mangeant son ombre, c’est sottise, l’ombre est trop mouvante et l’autruche pataude. Un œuf d’autruche vaut une dizaine d’œufs de poule, mais n’est pas encore en vente dans nos magasins.

L’aigle

L’aigle est singulier en vol, féminin en héraldique. Désordonné l’aigle est agile, comme le sont les funambules ou les trapézistes. L’air est le domaine de l’aigle, l’aire est son nid. L’aigle a une vue perçante qui lui permet de voir jusqu’en Iran. Une plume d’aigle symbolise l’inspiration, et ses taches de rousseur attestent qu’il n’a rien d’un églefin. Napoléon eu un aiglon, l’aiglon n’eut jamais de napoléon.

Le vautour

Quand il a tourné autour du veau avant de fondre sur lui, le vautour fait un clin d’œil à la vache. Ses yeux sont des agates, sa cervelle de sureau, son bec de couenne noire. Le vautour ne plaisante pas avec la chair, pas plus qu’avec la mort. Le vautour ne pue pas comme on l’entend dire, il ne connaît pas le gibs, c’est tout. La tête d’un vautour rappelle un rond de cuir. Barbu le vautour porte le nom de propriétaire. Quand le propriétaire est chauve on dit que c’est un gypaète.

La puce

Electronique chez Mr Thomson, la puce se tapit dans nos pieux et nos armoires. Ronde comme une noix elle se nourrit de pellicules. Photogénique, la puce porte avec style une gaine sur ses longues pattes. Une petite puce est une pucelle, le synonyme de pucelle est Jeanne. Le pucelage est la maison d’une puce. Les puces ont deux oreilles qui leur permettent d’être toujours sur le qui vive. Lorsqu’on secoue une puce, celle-ci perd ses deux hémisphères, on dit alors qu’elle s’épluche.

La caille

Lorsqu’elle a froid la caille se cache dans une gibecière. Le yaourt n’a aucun rapport avec une caille. Une caille avec des cothurnes peut atteindre la taille d’une caillette. Granivore et insectivore, la caille est la cousine de la perdrix, on dit d’ailleurs une de perdrix dix de retrouvues, et sa mauvaise humeur nous laisse à pense qu’elle a quelque chose sur l’estomac. A l’âge adulte la caille chausse ses talons hauts et va poser nue dans des écoles de peinture.

La perdrix

La perdrix n’a pas qu’un œil, se déplace autant dans l’éther qu’au sol. On dit souvent qu’une perdrix de perdue, c’est une fille qui nous revient, ce qui laisse à penser que ce volatile a une grande famille. Le pluriel de perdrix n’est pas perdreaux ,mais conciliabule. La perdrix aime les belles étoffes et le bon vin dont elle use immodérément. En Asie la perdrix se fait appeler Grancolin, en France tétraogalle, barbarie du vocabulaire. Pour payer son tribut au propriétaire du champ où elle loge, la perdrix lui fait parvenir dans un bouquet de pâquerettes des œufs très appréciés, autant par les autours, les vautours et toute la gent qui font des tours, des tours  et de détours…

Le ver de terre

Dans la famille du ver de terre il y a Vergintetorix, Vergennes et Verdelet. Le ver de terre aime le sable et l’eau, construit des galeries où il circule dans les deux sens, se déplie, s’allonge à la manière d’un portefeuille, tout ça pour faire croire qu’il a un billet aller retour pour un voyage en solitaire. Le ver ne connaît pas le mal de dos, d’ailleurs si on le coupe en deux il continue à ramper après avoir été rompu et garde toujours ses deux extrémités. Le verbe verrer signifie qu’on broie des lombrics pour obtenir une mixture qui sera utile aux peintres et décorateurs. Le petit du ver de terre est le vermicelle, populairement appelé zizi ou vérin hydraulique.

Le hanneton

Lourd ,étourdi, il apprécie celle qui ne vit rien venir en se bouclant dans ses cheveux. Le hanneton est roux comme Isabelle Huppert dans « Loulou », se cache le jour sous les feuilles du chêne ou du hêtre ; fainéant comme pas deux, il attend la tombée de la nuit pour aller se bourrer la gueule avec les lucioles lanternées, les lucanes et d’autres du même acabit. Collé au ptère, le hanneton y copule et fait perdre la tête à vouloir le déloger. La larve du hanneton est blanche, prend des années avant de devenir adulte, signe d’une maturation de feignasse. Adulé chez les égyptiens, le hanneton est chez nous victime de la gourmandise des porcs.

Le ver luisant

Il fit crier « Euréka »à un ancêtre mathématicien qui prenait son bain dans un tub de porcelaine. La femme du ver luisant, aveugle de naissance, se signale par la blancheur de ses dents, et chacun de ses congénères la salue en souriant, c’est ainsi que s’étoile la nuit. Dans les années mauvaises la verte luisance doit s’alimenter à la dynamo et meurt rapidement de fatigue. Son mari se plaint alors chez les E.D.F .dont les tarifs sont trop élevés ce qui l’oblige à fournir sa propre lumière. Cousin du ver luisant, le lampyre et la luciole utilisent ce même procédé pour de la clarté, celle que nous nommons phosphore et essence.


Le coq

Le coq est parfois noir comme du charbon et pratique la boxe dans la catégorie poids plume. Dans la cour il est haut perché, toujours plus en étage que la poule, on l’appelle pour cela le crève cœur ou le phœnix.  Le coq qui cuisine une poule lui fait cracher du juron et son emblème. Quand un coq sourit ,c’est qu’il est monté sur un âne pour lancer son cri en allemand ou en polonais. Un coq qui se bat voit le rouge de la colère lui monter aux joues, c’est là qu’il gonfle, se rengorge, s’empâte et fait figure de cocardier. Le coup favori du coq est le cocard ou bleu de Bresse.


Le paon

Au premier coup de revolver, le paon sort de son starting-block et déploie ses plumes à pétards. Pendant les fêtes foraines il choisit ses stands avec minutie. Jadis le paon fit vœu d’amour et d’audace et se fit nommer chevalier, il est pour cela resté aussi fier qu’un canon ou une contrebasse. Ses plumes à étages sont marquées du sceau des preux ;bref ce sont des yeux au beurre noir, sa couronne même ferait jalouser un arc en ciel. Quand le paon est amoureux, il envoie un message en forme de papillon à sa bien aimée, ce message est appelé « vanesse » ou « saturnie ».


L’éléphant

L’éléphant boit du thé dans des soucoupes en porcelaine. L’éléphant quand il est poudré est une marque de lessive, en barrissant il dit son nom en asiatique ou en tamoul. Un éléphant ne ment jamais, il fait des erreurs d’appréciation. Lorsqu’un éléphant choisit de finir sa vie dans un cirque, il se propose aux tâches les plus ardues. L’éléphant voit très loin, jusque dans l’avenir, possède une exceptionnelle mémoire, et cela il le sait, nous aussi. L’éléphant aime se lever tôt pour vaquer à des occupations d’éléphant. La compagne de l’éléphant est incapable de gravir une échelle, c’est pourquoi aucun de ces pachydermes ne grimpent aux arbres.

L’âne

L’âne brait et embraye quand il conduit une automobile, c’est aussi un énarque qui a mal tourné. Petit l’âne dit toujours non, plus âgé il fait l’idiot pour avoir du son, certains d’ailleurs lui plaquent un baladeur sur les oreilles pour le guider dans sa marche. L’âne porte avec gravité son accent méridional, il est de la famille des ongulés et non de celle des couche toi là ,il n’en est pas pour autant coiffé du bonnet des cocus. Le pied d’un âne est aussi solide que sa mâchoire et il vaut mieux s’en écarter après un hue ou un dia, tant il est rétif. L’ânesse a autant de droit qu’un âne, c’est d’ailleurs l’une d’elle qui inventa la D.R.H.

Le porc

Le porc salue puis s’esquive dans sa soue pour se saouler de boue et de y a baisse. Il est faux de dire que le porc prête son enfant aux boulistes, celui-ci n’est pas assez rond. La femelle du porc est la truie et non la truite ;la truite est la femelle du porte bas. Le porc laqué est aussi nommé porcelaine de Cochinchine, il aime les armes et plus particulièrement les chaînes, dont il ses sert pour s’enferrer sans le recours des hommes qui le conduiront pour la Noël aux abattoirs. Il est exact de dire que la truie est une cochonne, elle se vautre d’ailleurs sous les chênes dont les fruits sont comestibles. La plupart des gens aiment la chair du porc parce qu’elle donne du jambon. Quand il part en fumée, le porc retourne au pays d’Auge qu’il n’aurait jamais dû quitter.


La mouche

Quand elle a éternué la mouche se sert d’un kleenex et essuie ses postillons d’agate. Sur les carreaux les mouches jouent à la pétanque, sablant la vitre de leurs sucs gélatineux. Efféminée la mouche se pointille sur la joue des jeunes filles, tout ceci avec précaution. A la chasse, la mouche se montre redoutablement adroite, ses coups meurtriers sont craints tant ils font le bruit »Bzzz »en plein d’endroits à la fois. Les mouches écrivent des ordonnances que seuls peuvent lire les pharmaciens. Souvent artificielle, elle se laisse pousser la moustache pour ressembler à Salvador Dali. Le mouchard, petit de la mouche, quand il se prend d’affection pour un camion, lui intime de rouler plus vite qu’un coche. Lorsqu’une mouche a l’air de manger ses pattes ,on dit qu’elle entre en couche.

La taupe

Myope de naissance, la taupe arrive malgré tout à lire l’heure sur l’horloge d’une église. Les pattes des taupes sont griffues, véritables râteaux avec lesquelles elles construisent des galeries où elles communiquent avec les mulots et les lièvres. La taupe dort dans une chambre noire où pendant de longues heures elle se prépare aux concours les plus divers, fonctionariat, professorat…Elle construit également des édifices de terre plus hauts que des châteaux de cartes, que les enfants piétinent pour des à plats mal venus, et que le vent disperse dans les jardins, les vergers, pour que les fruits tombent adroitement sur le sol. La taupe a une peau douce, un petit groin qui frétille comme les poils d’un pinceau. Morte, la taupe recouvre la vue et revient au monde habillée en commissaire priseur.

L’otarie

L’otarie a des grands parents qui vivent dans le Pacifique, on l’appelle aussi lion de mer, pourtant elle n’est ni querelleuse ni batailleuse. Habile comme Oudini, elle peut se dégager de ses fers en un claquement de mains ou jongler avec plusieurs balles à la fois, de celles qui n’abattent pas. La moustache de l’otarie n’est faite que de quelques poils dont les hommes se servent pour en faire des cure dents ou des épingles à nourrice.

Le sphinx

Autrefois le sphinx tenait de l’homme autant que du lion, perspicace comme le premier, sauvage comme le second, il voyagea de la Grèce à l’Egypte et se noya un jour de colère et de tempête. Aujourd’hui devenu papillon, il sort peu, sinon la nuit, se vêt des couleurs les plus variées de jaune, de rose de bleu et va danser chez Régine, ne se souciant d’aucun dit raton. Quand le sphinx atchoume, il perd ses ailes et ses antennes et se fait nommer liseré ou liseron.

Le pingouin

Manchot, le pingouin ne se sert de son unique aile que pour ramer à contre courant. Noir et blanc comme certains curetons, il atteste ne se confesser qu’au printemps, époque où il commet le plus de péchés. Palmé tel une oie, il est capable comme Bob Beamon de franchir plusieurs mètres d’un seul bond. Les pingouins vivent en famille et font le dernier jeudi du mois une conférence au sommet, cette conférence se tient dans un cénacle ou un sénat, ce qu’il en ressort ce sont des procédures.

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