Au jour le jour

Au jour le jour 550

Ma quarantaine est remplie de bêtes méprisables que j'habille de  sacs à sapin, cette jument inélégante qui me lorgne attelée à un cabriolet avec ses jarrets bâchés, je la déteste, et ma détestation vaut sa décision à se cabrer sitôt que je m'en approche, mon singe qui me doit le salut alors qu'il pique des biscottes dans un prisu n'est pas bienveillant à mon égard, et si je l'aborde,  il détend les bras comme un officier de marine qui commande à un  subalterne de se prosterner, comprenez donc que je n'ai plus de liberté, et que dans ma maison, ma ménagerie ne me ménage pas, pas  plus qu'elle ne lave les verres après mes soûleries, je vais alerter un gardien de zoo qui habite sur les hauteurs afin qu'il les emmène en balade, qu’il les fasse passer le gué, puis les  délaisse à cette nature où ils s'endormiront de moi qui me décide à ne plus en parler après ça.

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Au jour le jour 549

Rien n’arrêtera l’homme dans sa frénésie à mettre des nombres dans toute chose.


Les bornes sont contre la nature, comme si la nature avait besoin d’une chaîne d’arpenteur, de doubles décimètres, de points de repères pour se signaler par ses perfections.


Je ne méprise pas assez les hommes pour être de ceux qui lui creuseront une fosse.


Toutes les tombes sont infectées parce que Dieu y a laissé trop de vers et trop de fleurs.


Le premier qui tousse se fait appeler médecin.

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Au jour le jour 548

Tout ce qui est, sera, d’où toutes mes pauvretés, mes manques et mes superstitions, pour parer à ce nouveau et terrible constat. 

Foi en l’avenir ! jusqu’ où la niaiserie peut elle aller dans l’image et la croyance ? 

Quiconque vit, s’enchaîne, au comble de cette assertion réside le débat sur toutes les formes de la sujétion. 

Un évènement c’est du temps en exercice. 

Peu profond, jamais éclairé, je vis dans la perspective de ne me rallier ni aux hommes, ni à leurs idées, je suis mon seul régime, je suis seul à vouloir disparaître sans m’être arrêté sans rien, je n’ai compté que les révolutions des astres et des morts, rien d’autre ! 

Est précis tout ce qui nous empêche de penser en dehors des cercles, de tous les cercles 

Arrive un moment où tout mot pue le désarroi, la matière même de nos plus petites figures inventées paraît pitoyable, il est temps alors de se considérer comme un objet vacant.

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Au jour le jour 547

J'ignore si ma pauvreté d'aujourd'hui est l'équivalence de celle d'autrefois, ce que je sais c'est qu'elle m'a rendu essentiel à ses fulgurances.

Je n'ai jamais douté que je finirai objectif, c’est-à-dire comme un homme aux réactions instantanées, détaché de la culture et de ses rentabilités et qui  pétera les plombs pour une infime sensation.

Pour faire face à  tous mes désaccords je me suis gardé une moitié de vie pour y réfléchir et la seconde pour les corriger.

La façon la plus directe de s'accepter c'est de se flinguer.

Le silence est un terroriste qui nous donne le sentiment d'être dans le vrai, dans une forme achevée de la réalité, lorsque nous en sortons, la première chose que nous voulons faire est de prendre une kalachnikov.

Dans toutes mes solitudes, ma chair a ardemment appelé aux brûlures d’un corps noirci d’une même solitude, d’un même aveuglement.


Mon mépris des hommes est une assurance abjecte, et je m’y transfigure à la manière d’un singe universel qui consent à la caresse et répugne au baiser.


Mes souvenirs vont de la spirale au colimaçon, là où je rencontre des animaux malades ne  pas aller à la marche.


Dans mes états préservés, ma philosophie a pour objet tous les couchants où les cloches lancent dans l’air les grelots de la désespérance.

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Au jour le jour 546

Ma nostalgie, fragilité d’un passé sans complaisance, affecte ma conscience, et son expansion est un nouvel empiètement sur mes futures proclamations à n’en rien dévoiler.


Aigri, et me dégradant dans l’insignifiance de mes orgueils dérisoires, je m’accroche à mon propre néant comme un poulpe sans célérité, et célèbre cette complaisance à mon égard en me gardant à vue.

Ma mission est de m’exclure de tout et en tout, défi ou sinécure, je l’ignore, mais toutes mes dégringolades attestent que ce dessein tient autant de la guérilla que de la maladie.


Faut-il croire et admettre que nous n’ayons été préparés à la vie, que pour y œuvrer sous l’emprise des hontes les plus hautes, des blasphèmes et des jubilations excrémentielles. ?


Si souvent hors de moi, que même si je m’étais contraire, je pourrais me rencontrer sans me reconnaître.

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