Au jour le jour

Au jour le jour 514

Résigné de et par nature, mais respirant malgré tout, parfois même surpris de n’être pas anéanti par cette résignation.

Tout ce que nous acquérrons comme savoir est souillé d’avance, j’envie davantage les fous que les outrecuidants.

Parfois vivant comme un anémique, d’autres fois comme un boulimique, cette oscillation fait tous mes inconforts.

Toute douleur éblouit, une douleur qui n’est pas signe d’émerveillement tient du charlatanisme.

A quoi bon encenser l’homme, chacun de ses actes tient du discrédit, autant celui de la matière que de Dieu.

A l’égal de tous c’est ce misérabilisme qui m’indispose, et que je formule comme un silence, en fait ma lie.Vivre, c’est se différer.


En prise avec mon âme et mon statut de mortel, Dieu, quelle merde, et quelle fanfaronnade.

Ménageons Dieu de peur qu’il ne se venge en nous faisant bosser dans ses latrines.

Je sombrerai avec et dans le réel, n’ayant pu m’y établir, c'est-à-dire me ranger parmi les comédiens, les comparses et les souffleurs.

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Au jour le jour 513

La santé et la lucidité nécessitent d’incessants contrôles, contrôles auxquels je ne me suis pas soumis, pour me dresser sanguinolent parmi les hommes, et donner à voir ce qu’il y a de vivace dans la désolation.

La vie, c’est de la matière obligée à paraître, et qui montre jusqu’où la supercherie du voir peut nous conduire, sans que nous y ayons aspiré.

Tous les jours me semblent si tardifs, qu’il me faudrait une immensité de temps pour les caler dans ma fatigue de ne pas avoir pu y faire entrer ma connaissance et ma tristesse.

Je n’ai pas eu d’entrain, je suis resté en ma réserve, comme un animal inavoué, et qui pense, tout en regardant le ciel, que toutes les transparences ne viennent pas de la lucidité.

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Au jour le jour 512

Toutes les tentations vont de la maladie à l'erreur ,en passant par les diligences de la parole et l'éthique sale du paraître et du montrer.

La fatigue tient de l'absence, c’est un mélange plein d'une grande vitalité toute  en soubassements et en  barbaries qui versent dans la planque  et la neurasthénie.

Je me suis assoupi dans l'existence quand  d'autres y sont entrés, pour des ardeurs que je ne connaîtrai que les veines tailladées.

Mes sentiments me semblent être les seules perfections que je puisse mettre en avant, tout le reste va de la litote à l'homonymie.

La matière même est folle ,mais elle  se débrouille pour ne rien laisser apparaître, sinon les impitoyables thérapies prises dans les solutions  d'un univers gangréné de pureté.

Dans le respect qui caractérise les premiers élans de l’amour, un serpent et un singe se réconcilient pour gagner en sauvagerie.

Dans ces nuits, cancers agrandis à la lueur des souvenirs, ma vie  me semble être un jeûne où j’ai  rogné jusqu'à la déception.

Le cynisme d'en appeler à Dieu pour n’être qu'avec lui ou en lui.

Lorsqu'imbibé de la cruauté d’exister sans élans, je me lève et oscille  entre la course et le piétinement, mon corps tout entier semble dans les molles festivités d'appareils affectés par toutes les relégations.

La pratique de la vie est une  pratique obscure, quand elle  s'éclaircit c'est dans la peur ou dans l'ennui ,deux architectures de l'accord qui cherche à s'en dégager pour rejoindre l'esprit.

Tous les gaspillages du corps, gaspillages qui vont de la respiration  aux inerties dans lesquelles nous nous abritons pour échapper à nos voies, sont faites  de ces substances  où s'est dissipée de la nuitJe ne me consolerai jamais d’avoir cru  possible un entretien avec les hommes ,je compte bien en rester là.

Faut-il se  surmener  dans les possible ?

Tout est terreur ,et exister, une terreur rythmée par les non-sens du décor où elle s’anime.

Entré de plain-pied dans les excès qui font trembler ou obéir ceux qui vont de la soulographie à l’anathème, ma vie  qui s'en était cachée y revient, dans les phénomènes des raisons propres à me plonger si intérieurement en moi,  que c’en  est devenue une véritable péripétie.

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Au jour le jour 511

Sur les scènes dérisoires de l'existence est-il nécessaire de posséder, de détenir quoi que ce soit, j'ai dressé un inventaire pour la millième fois, je ne vois rien qui me commanderait de rester debout, si ce n'est l'amour et l'amitié ; toutes les stratégies de comprendre comment le sang monte à la tête,ceci n'est que d'un faux entretien, il m'arrive lorsque j’ai trop bu, trop abusé, quand je me suis trop arc-bouté sur les comptoirs en ne monnayant aucune idée de partage de croire que la vie est un compte,une somme due, il n’en est rien. Je vis au rythme de cette démonstration, cette part d'humanité justifie que j'ajoute chaque jour à ma foi d'exister un nouveau mécanisme qui me permettra de regarder l'homme comme  l'objet le plus lumineux qui ne cherche pas dans les provisions de la chair à se mettre en ébullition, à se damner pour une tête d'épingle, un nœud papillon, ou une mignonnette. J'apprends, j'apprends encore,  cela tient de la contrefaçon, mais j'apprends et beaucoup devient consistant.

La lucidité est si épouvantable, qu’elle mène soit à la pâleur, soit à l'humilité, soit à la désolation, voire au suicide.

Dans cette ténèbre où ma soif de cruauté s'accorde à ma soif de désastre, seul Dieu expie, tout le reste s'est résolu à m'exaspérer.

Le dégoût, tous les dégoûts qui conduisent au suicide sont des prodiges.

Sur fond de vulgarité ,ma conscience en a tant appelé à des consolations, que je ne sais plus vers quel saint me tourner pour me corrompre avec lui de nos conditions.

Etre homme est si inconfortable, que je voudrais m'exercer à ces primautés de singe sans avoir à y réfléchir.

Dans cet enfer que chaque mot, chaque geste attestent comme les preuves d'une réserve annoncée, je me réveille entre la sensation de vouloir tout saboter et celle de me souvenir que j'en suis toujours resté là.

L'esprit est cette sonorité du dedans que les sens ne  rendent voluptueuse que si elle se mesure à l'aune de nos apaisements.

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Au jour le jour 510

Cette femme qui aurait dû s’exprimer à mes commencements, la nuit s'enroule autour de l'escalier en colimaçon pour aller dormir sur un canapé qui a l’âge d'une sexagénaire un peu sotte prise d'une quinte de toux et qui est hors de saison. Elle a le corps d'une arquebuse que j'aime presser à grands coups de paumes, pour quelles raisons profondes, je l’ignore, et ceci dans un terrible essoufflement comme si j'avais au poing une arme et que je l'attendais pour une embuscade. Elle se joue de la mécanique de nos sentiments qui sont à gauche, sont  à droite, qui sont au centre, qui sont dans tous ces jeux de cartes posés sur la table des perdants, et que chacun triture de ses mains pour lui  donner du sens, pour un vertige né dans la fumée, dans le luxe, et qui octroie à la face de chacun d'entre nous un nouveau visage  qui a du pouvoir et non du devoir.

Qu’en paix, coiffé comme un étranger sous la tonnelle dépliée, tel un journal obscène je m’ouvre et m’en aille, que rien ne se dédouble en moi, qu’aucun cri ne me traverse, que les sommeils sans ordre et sans mystère me prennent ,que je ne revienne plus à l’amant que je fus avec ma conscience cornée, que sur tous les visages les paupières se ferment pour un nouveau pardon, que dans toutes les ombres, les orbes rouges, les apparences ne soient plus que peines couchantes, et qu’aux doux bourdonnements de l’été je n’aille plus accablé, survivre dans des jours sans modèle...

D‘ordinaire je sais que mon imagination est toute en fausses nuances, ciel ratatiné, gris rossignol pilleur de nids, vaste camp retranché où des marins s’enivrent sur le compte de marins plus ivres encore, ai-je une seule fois eu envie que me parviennent les pitreries de mon enfance quand dans les bras rustauds d’un  père sans langage je pressais mes mains de m’ouvrir de vastes horizons à la mesure de ma petite taille, ai-je voulu que dans mes sommeils, charmes discrets, entrent des filles sans alibi, rogneuses de jouvence et de neurasthénie ,bruissantes comme les portes qui se rabattent dans un cliquetis de sabots monstrueux, ai-je rêvé à ces chantiers sous la feuille,  la cendre ,là où des insectes numérotés comme de la paperasse s’affolaient en des mouvements de brouilles sur fond de bruit d’eau,  de calculs, tout en donnant à l’herbe ses formes, et au vent des mensonges à diffuser aux heures précises du dormir ,non arrêté sur toutes ces commotions qui sont aussi mes ignorances, je me tais, me recroqueville, délice sans contour de ne rien vouloir comprendre, de ne rien vouloir commettre…

Je peux encore admettre et affirmer que le savoir est effrayant, au temps ancien où vous ne saviez me nommer, où mon bien était dans les engloutissements, ceux qui exprimaient leurs joies, leurs ivresses prises dans toutes les sphères, j’étais sombre, je croyais que me fondre en des idées bruyantes irait à vos remarques, il n’en fut rien, sinon un emploi dans les tonalités de mes toiles qui ravivaient mes bestialités, mes disciplines basses, je ne retiens de cette époque que vos vives inquiétudes, vos affections organiques, passagères, lourdes comme mes disharmonies, comme mes ironies, et leur contre pouvoir, j’insiste sur le regret de n’avoir su vous demander quelles furent vos inquiétudes, vos effrois, ma vie reste celle d’un insoumis qui s’est adjoint toutes les pourritures de la barbarie d’être, qui ne cherche pas à s’en déloger, mon Dieu comme cela est misérable, mon Dieu comme cela vaut d’être compris et compté…

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