Au jour le jour 546

Ma nostalgie, fragilité d’un passé sans complaisance, affecte ma conscience, et son expansion est un nouvel empiètement sur mes futures proclamations à n’en rien dévoiler.


Aigri, et me dégradant dans l’insignifiance de mes orgueils dérisoires, je m’accroche à mon propre néant comme un poulpe sans célérité, et célèbre cette complaisance à mon égard en me gardant à vue.

Ma mission est de m’exclure de tout et en tout, défi ou sinécure, je l’ignore, mais toutes mes dégringolades attestent que ce dessein tient autant de la guérilla que de la maladie.


Faut-il croire et admettre que nous n’ayons été préparés à la vie, que pour y œuvrer sous l’emprise des hontes les plus hautes, des blasphèmes et des jubilations excrémentielles. ?


Si souvent hors de moi, que même si je m’étais contraire, je pourrais me rencontrer sans me reconnaître.

Mon dilettantisme m’a assuré que j’ai été un nécessiteux, et que sitôt ses virulences retombées n’a eu comme armatures que son sang, son foutre et sa sueur mêlés pour d’écœurantes religiosités.


Réussir ne m’a jamais mis en branle, je préfère en rester là.



État d’anoblissement, s’affaiblir sans démence et décemment, puis de la boutade au ridicule, rire de ses propres tares.


Sclérose de ma tolérance, je ne sais plus hésiter, je ne sais plus apprécier ce qui touche à de savants désirs, ce qui est à mes antipodes, et qui prend le visage de l’art, de la certitude ou de l’abjection.


Symptôme d’une époque sans énergie et qui décline au point de vouloir mettre de la rectitude en tout ;l’exaltation reste pour moi le seul moyen de ne pas m’orienter dans le n’importe quoi de cette décennie, où tous les fanatismes sont autant d’affoleurs d’éternité.


Je ne me serais adouci que dans mes endurcissements.


Ma mission est de m’exclure de tout et en tout, défi ou sinécure, je l’ignore, mais toutes mes dégringolades attestent que ce dessein tient autant de la guérilla que de la maladie.

Je n’ai rien cru sur parole que je n’ai aussitôt trouvé hideux.



Employé à m’assurer que l’existence n’est que l’expansion d’une matière qui cherche le bon choix, je n’ai eu de complaisance que pour ceux qui ont préféré les stratégies aux stratagèmes.


Le mot n’est qu’une forme de désir d’asseoir notre contemporaineïté dans celle des hommes, et d’y promener ses rengaines comme une vieille putain qui défaille sur les trottoirs.


Ma complaisance, il a fallu que je l’extirpe, d’où je l’ignore, mais que je le fasse pour mieux être et ne pas pire devenir.


Ma maladie, c’est ma charge d’homme et rien d’autre !

Rien n’existe en dehors de ce que je saisis du monde quand je suis livré à l’ivresse, et que celle- ci a été brodée sur le comptoir des contentieux et des désespoirs.


Dans chaque amour naissant je suis un globe tendu des déceptions à venir, et rien ne peut me réconcilier avec la chair, pas même de m’y voir grandi, gagné d’une indéniable beauté.


Dans la nostalgie, les croix ont de célestes attitudes, dans l’ennui, elles sont dans le sens d’un défunt monté dans l’azur fatigué des hommes et de lui-même.


Dans mes insomnies mon corps est sans signification, pourtant il supporte cette vulgarité des heures qui sert la conscience, en lui donnant à réfléchir sur ses propres insignifiances.


Nulle part ailleurs que dans ma chambre, quand j’ai accompli le désastre de veiller, je sens que la matière même de l’existence n’a de charnelle que la douleur.


Dans les yeux des femmes, quelque indicible évidence, mais qui nous survient ,nous laisse à croire que seule notre souffrance est lyrique.


Il me semble que j’ai plus d’esprit dans l’alcool, et que débarrassé de l’inconfort de la parole, je m’oriente autant dans la prière que dans l’insulte.


Paradoxe de ma santé, elle fait d’un été nauséeux un lieu de sévère inspiration, et de l’hiver une porte sur le souvenir.


Quel dommage que dans les bistrots on ne serve pas de l’ennui et de l’approximation !


La maladie, il faut la ressentir comme une embellie de la lucidité.


Sur tous les territoires où j’ai posé le pied j’ai eu la sensation de décliner ,de me décliner, la sensation que des épines crevassaient mon front et ma voûte plantaire.

L’homme est, et restera un absolu de désaccords.


Tout ce que j’ai perfectionné dans la nuit, avant qu’encouragé par le sommeil je ne stagne dans d’insalubres dilutions, s’est dès l’aurore évaporé en de volatils scepticismes..


Ne commettre que de l’irréparable, comme naître.


Il m’a été donné de participer à la vie, et combien je cherche à me faire pardonner cette déficience.


La souffrance, si elle était de l’ordre d’une initiative ne tenterait que les fous ou les saints.

Le printemps comme l’été m’amènent à de funèbres spleens, et jusqu’à ma façon de me vêtir, j’y ai le goût de la substitution.


Il m’apparaît parfois que la musique est une onde de ce chaos originel, où la prière n’est qu’un ersatz de symphonie, et l’hymne une effroyable inconsolation.


Mon corps devenu indolore, assoiffé d’une tristesse d’instantanés, je creuse sous les étoiles une tombe pour y momifier mes secrets.


Puisqu’en toute chose un dieu inerte s’est installé, il est curieux que ce même dieu ne cherche à s’en dégager que pour réduire nos parts de néant.


Parfois la sainteté touche au cynisme, j’ignore encore si la grandeur d’âme résiste à ce même cynisme, mais je préfère cette ignorance à la banalité d’y croire proprement.