Au jour le jour 544

Perpendiculaire et parallèle à mes pensées, ma quantité de conscience se dirige aussitôt vers la mort ou le pire des entretiens.


Plus rien n'est respirable, j'use de l'artifice du survivre, pour organiser ce qu'il me reste de jours à errer et à composer avec toutes les retenues.


Comment éprouver ma lâcheté,si ce n'est en invariant,tout au long ce ce parcours,que mes sensations de traîtrise ont jalonné comme en un bourbier?


La vie n'est remarquée et remarquable que dans la fraude,et ces règles qu'on enfreint,pour entrer de plain-pieds dans une rigidité à haut risque.


Un exclusif de la façade,un pataugeur du dedans,et de l'intégrité,de l'intégrité pour des remous ou de la nausée.


Pressenti pour ne pas durer,tous mes suicides reportés n'ont été que de sombres humeurs,de sombres rumeurs aussi,la nostalgie de ceux ci parfois me happe encore,pour me marquer de ruptures et de vacillements.


Sans appui,sans assistance,inapte à m'étayer,ma quarantaine m'amène à des réflexions sur le secours,le recours que je n'ai su dispensés à personne et qui me pèsent comme de hautes révoltes.


Tant me sert d'être seul que je ne sais plus de quel côté me tourner,pour agrémenter ma vie,pour prier ou vomir.

Je flotte dans un univers de peurs, et toutes les formes que je donne à cette misère, ne sont que l’affirmation d’un ego démesuré, haïssable et triomphant.


Sous l’emprise des alcools qui décolorent mes veines,rendent épouvantables mes sentiments, il me vient parfois de la prière, victime d’une extase, et qui n’a pas de nom.


Incapable de rompre avec l’homme, d’y trouver un remède, j’en adopte les suffisances et vais tel un foireux moisir de mes sombres secrets.


Ne m’étant employé qu’à agir sans intention, rien de moi n’a été singulier, sinon cet abcès d’insuffisance.


Chacun plaide pour la vie quand il en est la victime.


Tout ce qui se dérobe à mon imagination revient par la douleur, colorer mes jours par quelque dépravation. 

Dans les fourreaux de l’existence, toutes les peurs, tous les dégoûts, tous les crachats, ont les apparences d’un sentiment expurgé de sens.

Le cœur est une boucherie où nos arrières pensées incarnent le primitif de ces bêtes abattues à la masse, et qui bruissent, suintent, et meurent par nos lois obligées.  

Que faut-il considérer, et qui ne soit pas stérile, sinon tout ce qui se substitue à la vie et par ses lois oblige aux formes méprisables des nouveaux absolus ? 

Entre la frénésie et l’essoufflement, nos vies n’auront été justifiées que par du geste, et les rehauts de ces paroles qui mènent au culte ou aux neuroleptiques. 

La liberté exhale les parfums d’une suée collective. 

Gangrené par les modèles, les pauses ,les séances ,les affiches, voici l’homme qui pourtant recourt encore et encore à de la proclamation. 

Souscrire pour du verbe jusqu’à en supporter les abîmes, les vitalités et les culs de basse fosse.

Mes larmes se sont multipliées dans cette fatigue et torpeur d’être, que ni le café ni les somnifères ne peuvent temporaliser, tant elle est le siège même de toutes mes soustractions. 

Je suis l’héritier de ces fugitifs excédés par leur déplacement, et qui à chaque frontière touchent au fil électrifié de l’ennui et de la révolte, sans pouvoir, sans savoir où est la place réservée pour leurs contemplations. 

Tout est soporifique, et Dieu substance impropre à le digérer. 

Dans ces instants où les choses sont conçues comme des figurations, les yeux des femmes sont des esthétismes universels, et leur sexe en appelle autant aux plus beaux des excès qu’à la dépendance. 

J’ai gagné en neutralité ce que j’ai perdu en fureur, et seul l’ultime peut encore me faire divaguer, comme un débile pris sous les feux croisés de tous les regards et de la science.

Parfois nous rencontrons des hommes fatigués dès l’aube, que la verticalité ennuie autant que ces allers retours réitérés parmi les leurs, et qui tendent vers un autre lendemain, comme de animaux abasourdis que l’on conduit à l’abattoir. 

La peinture tire sa vanité des prérogatives du sang, des profondeurs grisâtres abattues de faux enchantements, vulgaires hébétudes, et je la regarde comme le déroulement insane de ces chairs que l’obscurité même de saurait recouvrir de ses propres pudeurs. 

Le temps m’est organique, il déborde de mes vaisseaux comme un surplus de tentations, et plus je vois en l’avenir de nouvelles saisons, plus sa charge me confère des allures de portefaix affaibli par des années sans conscience et sans leurres. 

Hypertrophié par de la fatigue, celle de n’avoir su trouver Dieu, je suis dans les dispositions d’un homme intemporel qui prête l’oreille aux morts. 

Tout ce qui me pèse a été dans mon incuriosité, et s’est cristallisé sur les cadavres bleuis de ceux qui ont eu toutes les bonnes occasions.

 La musique fait entrer en elle d’ascendantes divinités qui s’élèvent dans les dièses et s’absolvent dans les soupirs.

Dans mes accords de proximité, seul prime ce qui vient de l’instinct, instantané de bête qui arrive ou se retire, pour n’avoir pas à subir cette lumière qui vient de la ténèbre des hommes.


Tout ce qui admet mon fonctionnement entre dans ma condition d’être ou d’agir, c’est ainsi que je suis, c’est ainsi que l’on m’utilise, jusqu’à l’ignoble assurance du parvenir, sensation d’avoir été en marche.


Il y a des jours où je ne distingue pas la douleur organique de la douleur cérébrale ;toute émotion est une sanie de cette chair immobile et affectée, et toute affection la preuve d’une invalidante déliquescence ;et quel charme particulier, voluptueux en émane, comme si je marchais sous un soleil automnal dans les allées blanchies d’un cimetière.


L’ amour est la sensation d’un corps justifié, le nôtre, et nous y côtoyons l’ange et le démon, dans les transes brutales d’un cœur vierge de sa matière primaire.


Quel qu’ait été mon emplacement, entre la passion et cette humeur nourrie des pornographies de la parole, j’ai cherché dans ce mélange à ne rien compromettre qui ne fût l’expression de leurs insupportables nuances. 

Comme tout est incertitude, vers quelle forme d’intérêt organique pouvons nous tourner nos êtres, et qui ne rencontre pas la faiblesse des mécanismes de la matière ?

Quoi que je fasse ,j’y mets ma vue de la bière et du caveau.


Il y a des vies qui évoquent ces sombres sonates jetées dans des boudoirs, et d’autres, des hymnes funèbres sur des places de marché.


On rentre trop tardivement en soi.


Ma vie n’aura été qu’un vide d’afflictions et de contraintes.


Je distingue de l’absence ce mélange de frissons et de désolation, où mes verticalités s’éclaboussent de douleur et de frémissement.


Nous sommes tous des optimistes dans lesquels ont filtré de la vitalité et du souci.


L’amour est la clef de voûte de toutes les existences dégénérées par l’ennui.


Je rêve d’une neutralité viscérale dénouée de tous mes désaccords.