Au jour le jour 542

Communier, communiquer sont deux des penchants du désespoir introspectif.

Rien de ce que j’ai conçu n’a eu de justification, je me figure ce fait comme un bienfait et j’en ris ou j’en pleure selon que je sois sobre ou soûl.

N’étant d’aucun profit j’ai songé m’allonger sur le sable et goûter aux conséquences de mon désarroi.Seul le témoin que je me suis inventé n’a pas donné suite à mes divagations.

Toutes mes échappatoires sont automatiques, c’est ainsi que mes façons se passent de tout commentaire et mes manies tiennent plus de la maladie que de la conviction.

Je n’ai réussi à mépriser qui ne m’ait rendu méprisable à mon tour.

Les évidences sont mon régime.

Tant la vie coule par charité de la matière, tant je me ruine en épanchement qui augmente son flot en m’asséchant.

Si sincère que soit ma misère, elle n’est qu’une pitrerie érigée en indispensable manière de vivre.

Je fouille dans mes souvenirs et me vois biffer une lettre que je n’ai jamais envoyée, et qui aujourd’hui aurait autant d’allant autant de force que si j’y mettais mes convictions et mes épuisements.

Si je n’étais tant secondaire, je passerais des journées entières à me demander pourquoi je ne le suis pas.

La vie va d’une extrémité à l’autre en empruntant tour à tour le visage de l’imposture et de la sincérité.

Je vais du peu vivre au trop vivre, en passant par les divagations que tous deux étalent comme une nomenclature.

Est raisonnable tout ce qui compte un peu,le reste est du domaine de l’hyperbole ou de l’autopsie.

L’ivresse des profondeurs, ivresse des heures profondes.

Tout a commencé avant que nous soyons là, tout finira après que nous ayons passés.

Le temps est imaginatif, il nous pousse à toutes les curiosités, les siennes entre autres, mais ces curiosités ne survivent pas, et nous voilà obscurs et rangés.

Prédisposé à la lèpre des mots inconsentis,l'Homme surgit du rebut pour s'insinuer dans d'écoeurantes religiosités.

Toutes mes nuits son des archipels de détresse,où mes sens se cloquent,pour se déverser en mélancolie et nostalgie,soeurs jumelles d'un désespoir plus abrupt encore .

Je n'ai rien voulu dans lequel j'aurais pu m'évanouir,si ce n'est dans le Temps ou Dieu, tous deux plus indisciplinés que s'ils avaient eu à compter sur l'Homme .

La douleur est de l'ordre d'un orgue collé à notre oreille,en prise directe avec Dieu.

Dans l'amour toutes les glandes sont rompues,qui nous laissent aussitôt à voir la vacuité de tous nos organes.

Qu'est la profondeur de l'Amour, si ce n'est du temps,du temps,qui ne survivra pas au lavabo.

Dans la liturgie de l'Amour qui prend la forme d'une fornication,l'impérialisme des glandes trace en moi des voies trop accessibles, que je ne peux pas obstruer par de faux sentiments.

Toutes mes anémies sont de la couleur de ce temps grisâtre,jaunâtre,violacé par l'ennui,que je ne sais plus de quel côté me tourner pour le contourner.

La mélancolie et la nostalgie nous montrent jusqu'où Dieu peut aller,de la table d'hôtes jusqu'aux latrines

Ma nervosité est une atteinte au temps,plus je m'en accommode moins je me sens responsable de tous ses débordements.

Dans mes inconforts,entre la prière et le jeûne,tout est banal,et de ces banalités me viennent tous mes inconforts.

Je me refuse à regarder le monde comme incapable de se mesurer à ses propres médiocrités.

Ma paresse est de l'ordre d'une primauté,c'est une ombre fixée du côté de l'approximation des hommes,et qui leur monte à la tête comme une limite à leurs consolations de paraître.

La nature n'est pas généreuse,elle en souffrirait autant que les hommes,c'est pour cela qu'elle s'en est tenue à l'écart,pour pouvoir garder celui de se tromper,et de ne pas en être remerciée.

Tant tout pèse, que mes équilibres sont de l’ordre d’une dernière miséricorde où j’articule de l’existence pour des élans inconsidérés.
 
J’aurais réduit ma vie à des obligations, et jusqu’à la maladie, mon corps n’aura été que le portefaix de ces représentations où ma déficience était la seule incertitude qui vaille qu’on la considère.
 
Lorsqu’on est seul à l’égard de soi, les autres ont déjà disparu à jamais, ou se sont éteints, mais si près de nous, si près..
 
Je dis parfois des mots qui témoignent de ma terreur d’être, et se posent dans l’obscurité des hommes pour des vertiges qui accablent leur condition.
 
Etre un évènement dans les imperceptibles soubresauts de la conscience, quand elle cherche sa place parmi les morts.
 
La mort je la vois comme la seule intimité qui tienne un commerce dans un bordel, et s’arrange de celui de ses latrines.
 
 
Il est vrai qu’en apparente réserve, j’ai voulu me reconnaître des avantages, que seule l’hébétude réhabilite par ses muettes contemplations.

D’ordinaire, ma vanité m’incline à des élucubrations, à des ébriétés, que le verbe pousse jusqu’à la caricature d’un homme ordinaire.

La vacuité n’a pas été de l’ordre de mes mécontentements, c’est la fatigue de cette même vacuité qui m’a mené dans les nonchalance et la soûlographie.

Le pire m’a tenu éveillé, il m’a rappelé jusqu’où mon âme pouvait décliner, dans le pardon ou dans l’injure.

Je cherche à renoncer à tout, y compris à ce corps sans qualité qui sera l’excellence de ce même renoncement.

Suicidaire qui retarde, j’ai tant approuvé le mot « Mort »,que je ne sais plus m’exercer ailleurs que dans les postures d’un bourreau ou d’un rétiaire.

Tout ce que j’ai considéré comme beau a eu mes instantanéités, après, après je me suis endormi sur les faux prodiges de la matière.
 
Méfaire, il m’aurait été si facile de méfaire si je ne voulais tant réaliser.

Je n’ai rien connu de pire, que l’absence de pires.

La paix m’a fait sentir jusqu’où Dieu pouvait rôder sans que l’homme ne le dérange dans ses forfaits.

Je suis las, c’est une de mes singularités, si j’allais mieux, ma guérison ne serait que l’occasion de spéculer sur une nouvelle forme d’abâtardissement.

Je ne lis rien sans en saisir les accidents, tout mot m’apparaît comme identifiant son signataire, avec son attirail de paix ou de mélancolie.

Parfois je perds l’usage de mon corps, de tout mon corps, jusqu’à sa plus petite .parcelle ;évaporés, les actes, les gestes, les faits ,bref, la gesticulation ,puis l’envie d’en rester là.

Quand l’envie de conseiller quelqu’un me saisit, je suis aussitôt pris d’une volonté d’en finir, dans l’indolence des actes qui ne m’injecteraient pas de l’existence.

Sitôt que l’âge en arrive à me rendre grave ou furieux, je m’entretiens avec moi-même, de ce mal si particulier qui se situe en dehors du dialogue ,voire en dehors des mots.

Je parle frénétiquement, nerveusement, en moi se rejoignent l’envieux et le désenchanté, l’envieux vise à de la séduction, à donner l’exemple, le désenchanté à ne rester que dans mes intimités ;à défaut de les négliger, je les élève petitement jusqu’à de l’entretien.

La lucidité aura été une de mes toxines les plus redoutables, j’aurais voulu m’en défaire pour n’être pas crispés comme ceux qui se sont acoquinés avec le monde.