Au jour le jour - 16


Mon chien de malheur est propre délicat imputrescible tout comme le sont mes manières d’apesanteur cela ne suffit pourtant pas à ce que l’on me considère ou me stupéfie en d’autres circonstances celles où l’on me regardait tel un mauvais entendeur qui salue sonne raisonne bien n’a cure de pas grand-chose recherche dans la science l’après des origines cette levure suspecte qui fait les dogmes et les sentences mon malheur avec son pelage roux sa toux buissonneuse clandestine avait bonne réputation aujourd’hui j’avise une saloperie de malheur plus pesante vieille d’au moins quarante piges méfiante tel un Empédocle sur le chemin du salut de me porter à vue de me voussoyer de me tenir tête de me déséquilibrer de me tirer à elle avec une douceur mâle et infinie afin que je me soumette au sommeil et à toutes ses nervures…


Souvent toutes les actions que j’entreprends sont impalpables j’ai beau y mettre de la vigueur de la rigueur les représenter dans la tenue d’un homme de main d’un sbire d’un cornouillard qui va à un entretien rien n’y fait elles restent des actions communes sans intérêt elles se sont  affranchies de la démonstration dans les circonstances qui me voient attaché à me grandir déliées belles rouleuses de mécaniques hautes en teneur de valeur ajoutée mes actions suivent pas à pas l’idée que je me fais d’elles elles marchent la tête droite  haute ne saluent personne regardent d’un côté puis de l’autre se confondent à la masse des agissements elles qui ne sont pas foutues d’assaillir fut ce un crétin infiguré d’écraser un moucheron un derrière  un cafouillis de mots sur un parquet de feutre les voilà qui m’offrent aux regards des vaniteux des arrogants des impudents afin que ma foi en prenne un coup cette foi qui fut un joyau fait de salive de slavité et de la poussière bleutée prise dans l’ennui qui me tient lieu de principauté…


Jadis toutes mes fournitures de vivre je les partageais les voulant inépuisables bien que je m’y débattais à la manière d’un singe affecté par ses ressemblances du vestibule à la chambre dans les encombrements des objets lacustres je voulais me débarrasser de mes désirs trop prononcés mais rien ne révélait mes actions si ce n’est cette plaisanterie d’être dans l’utilité froide de ceux que font carrière dans des asiles qui portent leur nom quand vint l’hiver avec ses taffetas ses blanches étoffes ses surfaces cotonneuses je me dégageais de tous mes paquets de lumière de tous mes bidules faiseurs de torts et d’orages de tous mes songes de tous mes ustensiles à mentir vrai pour gagner un nouveau lieu de vilebrequins noueurs de tripes de tord-boyaux  sirupeux de machines à inconforts de me voir si humainement mêlé à moi de la neurasthénie me vint mon monde s’immobilisa mes yeux se fixèrent sur des murs blancs puis des menaces m’atteignirent…


Lorsque je tourne ma face vers cette sécheresse vieille de deux automnes sur les parties de mon corps qui ne rencontrent plus personne tout me paraît détaché et à plus forte raison déraisonnable c’est une époque où les vieilles scies sont devenues des antiennes douloureuses où les matins tombent comme des tourbillons où les anathèmes conduisent vers une jeunesse inféconde les présences de peu d’esprit voudraient m’en donner mais que ferai je de cette saleté d’à propos si elle me met en vision un visage et un corps qui ne me  reconnaît plus au milieu du jour là où j’ai introduit un peu de calme certains prétendent que je n’ai pas fait preuve de justice de justesse que tous mes mouvements sont trop appuyés contre des parois qui me soutiennent qu’ils ne favorisent plus l’affleurement de mes sens pas même le transport de mon âme ailleurs que vers la boue et la tourbe c’est pourquoi dans les minutes qui suivent je m’imbibe pour effacer de mes mains la limaille des années mortes…