Au jour le jour 537


Nous pouvons regarder ce qui bouge au carrousel de nos troupes trompées, la langueur morte, comique noyée en eau profonde est un rituel piégé,   les objets posés à notre porte par des ivrognes  sont d’un passé où nous évitions les pinèdes ,celles  des contrées premières ,aux riches heures de la nuit les hommes ont dans leurs mains des écus et  un air de gauloiserie, au regard du monde qui ne nous a rien   appris, nous sommes tous uniformes, mollusques ordinaires avec des larmes, du sang et des adieux ,ceci s’est insinué en nous comme une famille  mal conçue, à présent nous mettons un étendard qui flotte dans le vent ,et converger vers toi n’est-pas contraire  à mes façons, et même torché ,de visages divers encadrés, tu y verrai quelques  beaux quartiers qui vont des omoplates aux épaules larges.

Tous les enfers que j’ai traversés m’ont forcé à un langage sans analogie avec ceux-ci…

Quand éveillé en pleine nuit je cherche à reconquérir le sommeil, toutes mes idées sur le monde sont celles d’un veilleur assermenté incapable de se panser dans sa quarantaine…

La musique touche à des sentiments intimement noués à nos profondeurs, et que nous considérons comme des divinités muettes incapables de nous enchanter…

Mes crises de religiosité sont d’indécents événements, tant j’y injurie des saints tombés en désuétude et dont je ne connais que les initiales erreurs…

Nous devrions vivre le doigt sur la gâchette et intelligemment nous flinguer sitôt que nous voulons abandonner notre carrière d’humain…

Rien n’est plus déchirant que de se sentir superflu, cette lucidité devrait pour le moins nous effleurer, fut ce pour n’en garder que la trace du souvenir.


Le cœur est le seul endroit où tout peut se pétrifier et se putréfier, sans que nous fassions l’effort de comprendre ce qu’il adviendra de ce tout.


Ma conscience est une exaspération de prières.


Dans la désolation nous regardons la mort comme un droit à la dernière et véritable somnolence.


La musique est un prétexte d’absolu, et plus nous nous en approchons, plus elle s’éloigne de nos limites à la reconnaître comme habitée par une âme, qui tour à tour résiste à nos désastres et à son propre déni.


Une nette application à crever, oui ,mais proprement.

Toutes les créations sont du marasme inventé pour des êtres affaissés dans leur méditation.

Croire nécessite quelque effacement.

Je respecte ma conscience dès lors qu’elle m’oppresse.

Ma retraite sera un de mes mouvements les plus sains, les autres auront servi à me mettre en exercice.

Comme je n’ai pas su faire dans la nuance, je me suis épuisé dans du semblable, et parmi les miens.

Je doute que nous ayons quelque chose à voir, qui n’ait été sali avant.

Rien d’honorable que je n’ai pu écrire et qui ait été commis dans la grâce d’une déveine ou d’une soûlerie.

Peut-on reprocher aux hommes d’avoir été aussi distants ?

Est supportable ce qui ne supporte aucune trace de cadavre.

Rien de ce que nous lisons n’affleure à nos destinées, voilà pourquoi nous nous glorifions par nos propres mots.

Etre tient du prodige et de la redondance.

Prier, vomir, oui, mais en état d’ébriété !

Au plus fort de mon ennui apparaît le scrupule, avec ses hésitations et ses indemnités, c’est là que je m’endors.

Mes plus hauts faits resteront dans le respect et dans l’inclination.

J’ai perdu tout ce que j’ai adoré au contact de l’amour et de la philosophie.

Tout ce que j’ai attendu est venu avec les effusions de la parole, voilà pourquoi j’opère dans l‘ébriété et le retrait.

Quel dommage que mes misères ne me préservent d’aucune intégrité, pas même de celle du dormir.

Toute forme d’ébriété doit à la parole ses propres ébriétés.

Au regard du Temps, la vie restera trace.

Je ne vois plus rien du monde sinon des chiens géants lécheurs de lettres et de lèpres qui se rafraîchissent dans les fondrières, des insectes bouffeurs d'espace et de temps qui bourdonnant en tous lieux, des plantes qui geignent terrassées par des saisons qui ne portent plus leur nom. Et puis il y a les hommes, ces autres avec leur barbe de gélatine,leur sourire de golfeur,leur panoplie d'égoutier quand ils vont  dans la résignation, oui les hommes sont comme ces orgelets qui nous empêchent de voir, de la sanie plein  la bouche et qui dégouline sur leurs plaies, qui donnent des signes de la tête, qui vont de droite à gauche sans penser au présent, qui pèsent des milliers de tonnes d'histoire et d'insalubrité, oui c’est ça, ils sont dans le même dégoût d'être que moi, ils sont devant et sont derrière, ils demeurent couchés dans le compromis de leurs fatigues, dans le capharnaüm de leurs idées, de leurs mauvaises amours, dans leurs travaux, dans leurs labeurs, ils sont ce que je suis, un être qui bouge étroitement depuis des années et qui n'a plus rien de civil, je veux me péter la tête contre le mur ou aller jusqu'au bout, mais jusqu'au bout de quoi ?

J'oublie bien vite tant de mes actes, comme  s'il y avait une immédiate prescription qui s'imposait et que quelqu'un de plus haut que moi élargirait jusqu'à mon cerveau. Chacun de mes atomes est alors frappé par une sécurité ou un silence, ce sont des préceptes et des principes qui valent par leur nécessité à être énoncés. Ai-je honte de mes fièvres, de mes méfaits de ma pauvreté, de mes évaporations, de mes circonvolutions, moments de lucidité, non, et si je me décompose si souvent, à tant de moments, c'est bel et bien une volonté de ma part de vouloir me perdre, puis de me retrouver dans la conformité et dans l'idée que j'ai de mon être, c'est à dire quelqu'un de fort et de frêle en ses discontinuités.  Quand la nostalgie se repousse jusqu'à mon âme, la matière dont je suis pourvu cherche à durer, j'aimerais aussi que la voix me de mes chers défunts , de moi-même me parvienne, même si elle apparaît  indélicate, indécise, douloureuse, arrive  en moi avec le frémissement des vaincus ,les bruissements de quelqu'un qui aimerait s'étendre en moi, sans me blesser, sans s’y défausser , que tout cela me prédispose à la fermeture de mes yeux,de mes ouïes, de mon corps tout entier, cela tu le savais, cela tu le sais, cela tu  le sauras encore…