Au jour le jour 536

Vains ont été mes amours, mes rêves, mes idées, l'odorante saveur de quelques petits desseins, de mes aphorismes, de mes petites harmonies. Tous les traits de ceux-ci, ont  en un centre dans cette suffisance, je vois mon corps comme un objet qu'on jetterait au rebut, et que cent ans plus tard on retrouverait dans le même état c'est-à-dire instrumentalisé. Je ne suis pas avide de me tromper, de la détrempe, pas avide de me rafraîchir dans l'alcool, l'ennui, le doute, la honte, la médiocrité aussi de ce que je n'ai connu qu’à vif, rien qui vaille la peine de me rendre à des constructions, je suis simplement dans cette alternative d'être visiblement, je ne m'acharne pas à régner dans la nuit ,ni dans l’une ni dans l'autre ,pas même dans moi-même,  que l'on m’entende ici ,je n'ai rien connu d'absolu ou même de son approche, et si je dois à mes semblables ces faits, cela relève autant de ma vanité ,de ma morosité ,que de mon ignorance de chacun.


Elliptiques ont été toutes mes amours, de l'immédiateté la plus vaste à la moins encourageante, c'est un usage chez moi que de les pourvoir en rondeurs, un projet d’admission chassant cet autre qui est de déni, et quand les deux se rejoignent tarifées forcément à un moment ou un autre, je sais que le sentiment est un verrou dont j'ai oublié le code et que je dois rogner dans mes premières attestations et décisions pour en  trouver la clé. L'ellipse et une de mes plus anciennes rencontres, d'ailleurs on la trouve en tous lieux, du moins dans ceux où vous n'irez jamais, pas dans vos remises, pas dans vos cagibis, pas dans vos caves, car l'amour est un surprenant cadenas, quelque chose qu'on a amadoué et autour duquel on construit un nouveau corps, une forteresse d'usage et de raison. Il ne faut pas harnacher ou multiplier l'ellipse, ce n'est pas une racketteuse  qui a décidé de nous voler nos objets de valeur, non, l’ellipse c'est un environnement qui peut prendre un ,deux, trois mois, voire dix ans ou une éternité pour nous enserrer et faire de nous des gesticulateurs verbeux , les plus drôles, les plus sots de l'existence, c'est-à-dire de nous nommer comme il se doit, mais si l'amour n'est qu'une main, fut-elle propre, trop vite  propre à tout vouloir posséder, tout vouloir faire disparaître, il ne restera de nous qu'un homme d'images, qu'un homme de signes, un homme sans indice, et de ne plus pouvoir dresser des mots nous fera entrer  en connivence avec des chiens qui sont toujours dans des épidémies.

Ne pas d’un mouvement

Trop abrupt trop raidi

Refermer dans sa main

Le songe le paysage

Tout le bleu de la terre

Où palpite l’aveu

Avec ses ponts jetés

Ses tremblantes manières

Le gris l’inenchanté

Où s’enchaîne l’indigne

Matière du réveil

De la nausée du temps

Ne pas d’un mouvement

Rebelle crépusculaire

Dans l’épaisseur des nombres

Où brûlent nos misères

Couper court au visage

Qui nous montre sa faim

Sa soif de dormir

Pour sortir de la nuit.

C’était une petite pute, viveuse d’horizontales, convenue, sans netteté, impersonnelle, une touriste anomalique, avec des seins consacrés, des cuisses biseautées comme des ailes de mirage. Quoi qu’elle eut en mains, on lui reprochait ses prises, l’orthodoxie de son vocabulaire, ses fausses mesures, ses fausses urgences, ce qu’elle lançait trop faiblement, pas assez profond dans le cœur des hommes, et tous ses alibis comme autant de monnaie courante, de petites coupures qui n’étaient que l’effet décroissant de sa manière de vivre primitive et sans joie.


J’ai ouvert au jour

Les registres

La prose

Infecte des souvenirs

Les coups de dés

Ce caractère immonde

Des lieux où solennel

Le corps est à sa place

Sensible

A force de bouillir

Quand il s’arrogeait

Du sentiment

Aux quatre points

Aux quatre repères de l’ennui

Avec son épaisse vantardise

Ses louvoiements

Sa bourlingue

Ses retraits

J’ai jeté ma famille

Mes héritiers avec leurs nœuds

Leurs effrois

Dans cette torpeur

Qui ne s'évide pas de l’été

Me voici seul

Avec mes écarts et ma peine.


J’ai amassé un bout de temps ramassis de jalousies de rivalités de trivialités pimpant comme une rigolade une gesticulation ronde rouge comme un coquelicot pauvre comme les psychologies j’en ai usé si fortement que m’est venue une fièvre sèche luminescente dans ces tourbillons d’être que pouvais je commettre de détonant d’étonnant sinon quelque tapage diurne que les bons entendeurs ne saluent pas mes voisins voyaient dans mes liquéfactions une injure à leur vertu me rappelèrent le bons sens celui qui est en ligne droite en angles obtus équerres et règles mêlés j’ai beau eu pouffer de rire sourire béatement faire le malin ne m’en tenir qu’à ma chienlit d’espèce de trublion obscène je me dégonflais peu à peu restent dans mes panoplies un costume de chevalier blanc un masque de fer de la verroterie une femme qui plaisante dans mon dos et un endroit crasseux pour m’asseoir et douter…