Au jour le jour 525



Après tous ces examens sans nuance, j’ai le sentiment que je suis un mélange de mitrailleuse et de vinasse.


Dès qu’on s’insurge contre soi-même, entre la crispation et l’indolence, on est pris d’un malaise aussi théâtral qu’une conviction.


Inambitieux au point de me discréditer aux yeux de tous, je vais de plain- pieds dans une réalité qui ne reflète que mon non sens, et je médite.



Vivre serait un apprentissage que je serais un mauvais apprenti, vivre serait une carrière que je ne monterais sur aucune estrade.


Toutes les créations sont du marasme inventé pour des êtres affaissés dans leur méditation.


Croire nécessite quelque effacement.


Je respecte ma conscience dès lors qu’elle m’oppresse.


Ma retraite sera un de mes mouvements les plus sains, les autres auront servi à me mettre en exercice.


Comme je n’ai pas su faire dans la nuance, je me suis épuisé dans du semblable, et parmi les miens.


Je doute que nous ayons quelque chose à voir, qui n’ait été sali avant.


Rien d’honorable que je n’ai pu écrire et qui ait été commis dans la grâce d’une déveine ou d’une soûlerie.


Peut-on reprocher aux hommes d’avoir été aussi distants ?

On habite sa propre ténèbre,et on y est autant éclaireur qu'en perdition.

L'homme est insoutenable,autant dans sa légèreté que dans sa gravité. 

Chaque siècle a des absences autorisées,que cent ans plus tard nous appelons égarements.

Tant tout est hors de moi,et autour de moi,que dans cette suspension je ne rencontre que des charlatans,qui altèrent mes idéals,et qui se mettraient à y penser dans un pire,s'ils ne m'y voyaient.

Mon temps est un temps de perdition,vidé de toutes les substances qui prêtent au visible,c'est à dire vain et confidentiel.

Me racheter,oui mais de quoi,le prix que je paye à la vie,suffit déjà à y réussir.

C’est mars bouillie d’épures, coupé en son mitan, est -elle d’épines rousses, ou faïence vertueuse, les cerisiers au vent s’abrutissent de grelots, c’est le luth des cités qui leur donne chaque forme, l’attente est d’un pas de veille  et chaque ombre jetée contre les grandes orgues revient comme une musique où se joue sa présence neuve, l’art qui naît du supplice d’impatience est listel  à mes mains, est froment à ma bouche, je cesse la science de mes doctrines ,je cesse la moquerie de mes sommes ,je l’attends intact ,je l’attends en grandes terres d’abandons…


A défaut d’être dans une indécence perpétuelle, je porte toute nudité comme un esclavage, et toute droiture comme du nomadisme.

N’ayant aucun goût pour la permanence, ne voulant pourtant rien changer, ni en rien évoluer, toutes mes nuances portent sur le danger qu’il y a à se pencher sur les réponses de ces mêmes permanences.

Immobile, sans passion aucune, et pourtant sous le charme des figures qui se sont satisfaites des attablements et de la prière.

Toutes les évidences s’expliquent par quelque malaise qu’il convient de nommer simulacre de la matière.

Tous ces jugements que j’ai portés et qui tenaient de la pitrerie et du charlatanisme.

Plus je me tais plus je fais corps avec ces mots qui sont à l’origine de mes malaises et de ma misère.

Croire, c’est vouloir prendre part à quelque correction ,à quelque perfection.

Au-delà de mes espérances, d’autres espérances, comme au-delà de la vie citadine, une autre vie citadine, où tout ce qui est à prévoir est déjà résolu.


Pour l’amour du ciel, et puis quoi encore !

Combien j'ai versé de larmes,en ai gaspillé, que Dieu aurait pu recueillir dans ses ciboires.


Tout se qui se veut objet de ma perception me déroule dans de l'insomnie.


Le monde peut évoluer sans l'homme ,ce n'est pas d'un soupir ou d'un souffle qu'est née l'existence,ce n'est pas par eux qu'il s'éteindra.


Nous nous agiterons jusqu'à notre dernière goutte de sang,c'est cela qui est regrettable.


Toutes les philosophies sont infréquentables,on y découvre toujours nos fatuités d'être,et plus on les aborde,plus elles perdurent.


Tous ces apartés où j'ai été vulgaire,parce que seul,c'est peut être de la que m'est venue la maladie de l'ordurier .


Tous les dispositifs que la matière met en place,pour éviter ses propres paradoxes,ne valent pas une supercherie d'homme pris dans ses assises et ses constructions .


La maladie c'est de l'évidence à l'état brut,et plus nous allons à l'agonie,plus ces évidences nous épargnent de les déguiser .


Mes ancrages dans la vitalité font état de ce que je suis,un mélanges de borborygmes et de sang,le reste sert à toutes mes décharges.


J'aurais été un paresseux du temps,un primate de la larme,c'est cette nostalgie qui me vaut tous mes écoeurements.

C’est la prostration qui m’a rendu élogieux, ma présence au milieu des hommes m’a transfiguré en gueux qui ne mérite aucune métaphore.

Je ne connais rien en dehors des simagrées du langage qui vaille la peine qu’on l’exerçât sans s’y cramponner ,que les afflictions qui mènent au poème.

Je souscris au laconisme, à tous les laconismes, deviendrais je imperceptible que je ne me manifesterais plus dans l’existence que pour y figurer en singe exténué et sans désir .

J’ai la charité en habitude, c’est un de mes torts, le luxe de me passer des autres me sera-t-il offert, afin que ma sagesse ne s’abâtardisse pas au milieu des inconfortés du verbe, au milieu des hommes désespérés de ne pas en avoir ?

Toute forme d’aveuglement équivaut à cette lâcheté d’avant que nous avons structuré en pauvreté d’intellect.


Toute douleur nous rapproche des faits que nous avons jugés superflus, voire sans consistance, et qui exigeaient de nous cette attention d’avant le dégoût.

 Dégrader, tout dégrader, mais par le haut.

Si l’on songe à la somme des lâchetés qui ont conduit l’homme aux suprêmes dégueulasseries, on peut aisément voir qu’il a gardé le visage de celui qui s’en est rendu compte, et qui en rit.

Celui qui dort s’emploie à s’inanimer pendant quelques heures, celui qui somnole pousse ce même sommeil à de petites cécités, incarnations d’un homme sans spontanéité, qui aurait aimé être porté vers le songe pour de réelles sensations de vie.

Sous la pression de mots, me voilà obligé à des surimpressions, où j’adhère à la bande, où je colle à la marge et à l’impertinence.


Ma solitude est le cœur de mon naufrage, de celui que j’ajoute à toutes mes cosmogonies ,mes équivoques de plaisirs, de plaintes et de prières.


Je ne suis sûr de rien, et j’oublie jusqu’à ces instants, où dans un rare bonheur d’identité, je me suis mis en accord avec celui des hommes, avec celui d’être dans le regard d’une femme vouée aux évidences.


Je ne sais plus comment embraser cette existence où le sang est amer et dans tous ses états.


Ma vitalité vaut mon épuisement, tous deux s’équilibrent dans l’abjecte objectivité d’une anémie subjective.


La réalité rend discordants mes saluts, et mes gestes en déambulation attestent de ma réelle cruauté, de son réel élan de séduction.


Lorsque les conséquences de mes actes m’établissent dans l’obligation du respect à la vie, j’ai la sensation d’avoir été mordu par un serpent, et que mon cerveau entier s’abstrait de ces lésions.


Plus je remplis mon verre, plus je cherche à atteindre dans mes ébriétés de convulsions, un dieu malade de ses éternités et qui vomit sur mes mysticismes.

Tout ce qu’on peut nommer ne devrait s’épandre que pour de la maladie.

Dans des intérieurs tristes et funèbres, pleins de méditations amères, la place des hommes est sur un strapontin.

Dans mes nuits blanches, je suis cet ennuyé épileptique, qui plonge dans un semblant d’être entré dans le brouillard pour y agrémenter sa vie par d’ignobles suggestions.

Le sommeil est un ersatz de la mort, le succédané d’un temps éruptif qui a pris les formes d’une éternité de transfusion.

Tous ces systèmes aussi impertinents que logiques, que peuvent-ils redresser qui n’ait eu à se pencher sur la face d’un monde monstrueux affecté par les systèmes ?

Le sentiment est matière, feuilleté des derniers instants d’un monde en dissolution, agité comme un mouchoir pour parer les édifices du mourir.

Dans l’acharnement de vivre, il y a tant d’hostilité contre moi-même que je ne sais plus me languir proprement.


Dans l’hostilité que j’ai dirigé contre moi-même, il y a tant d’acharnement que je ne sais plus m’alanguir improprement.