Au jour le jour 522

Les souvenirs aux liqueurs bleues s’écoulent sous les réverbères les soirs de fête, et nous nous établissons dans de sinistres jugements avec nos chapeaux de feutre et nos mains sans digitale, sans nos chemises oubliées aux nocturnes laveries où ne vont plus que des filles impudiques pour y dérober nos regards mornes. J’invite la nuit à se poster dans le rageur apparat de nos consternations à les voir comme telles, comme des crapaudines qui vont faire bondir à nos visages des crachats et des microbes, celle de nos enfances sacrifiées. Dans les méandres savonneux et glissants des tissus qui se froissent de nos paralysies nous changeons nos textures, aux murs qui nous font face ,de stupéfiantes images vont et viennent en poudreuses déclinaisons de couleurs délavées, en cercles concentriques, et nos yeux ne peuvent s’en détourner, c’est dans cette indistance que nous aimerions nous corriger, mais de quoi, cela nous l’ignorons, nous avançons à petits pas de fougères et de menthe dans l'obscurité pour aller nous vêtir de nos oripeaux, puis passer à des longitudes qui ne vont plus à la mer ,ni à nos anciennes coutumes et libertés.

Nous qui aimons la grâce

Au visage ajoutée

Comme un sommet de neige

Se révèle d’un été

Et laisse au ciel étale

Sa couleur attendue

D’une invisible noce

Comme d’un palais venue

Nous aimons qu’au rebut

Où nous jetons notre âme

N’aillent que nos sommeils

Et chacun de nos drames

Celui de cet enfant

Ange consubstantiel

Qui ne s’est arrogé

Aucune autre merveille

Que de rester penché

Au dessus de son gouffre

Et de ne pas savoir

Qui de la branche libre

Ou du livre entrouvert

Peut mieux le ramener

Singulier et sonore

Vers ces astres muets

Délivrés aux aurores

Et qui sur la plage blanche

Ecumeuse de fuseaux

Laisse entrevoir la mer

Au premier rang du temps

Et d’un même univers…


Ce fut un temps à repousser les coutelas, à rire sous cape de ces promesses de vieillard insensé, rendu fou par de sombres sortilèges. A la rousseur des jours sans signaux, il advint que d’autres voulurent rajouter l’esbroufe du sentiment, des zones d’attraction, des phénomènes d’approche et de consentement, ceux qui vont de l’entrejambe à nos rougeurs, traversés de vaguelettes translucides comme autant de suées salées. Le jour qui est une invective de devenir, ne se voulut plus dans la verticale des objets érigés pour des célébrations, aussi pour nous coucher dans le noyau d’un corps mobile, nous dûmes nous rabattre sur des objets sollicités par les mains de déesses infirmes. Puis c’est la distance qui nous prit, dans un intact paysage de brumes et d’encens, quant aux correspondances, elles arrivèrent sur le tard et personne n’en tint compte…


Chère absente  avec tes élémentaires soubresauts de sornettes ,des journaux que je suis seul à  lire ,voici ce que je te dis, que le trouble de la guérison m’ordonne de courir après les furets qui feront le poil de mes pinceaux, n'existent plus à ce jour  que tes desseins, et bien que ton frangin arrive pour fêter ta présence, je n'y vois que la durée du destin sur le départ d'une vieillesse annoncée, tu  me mets lugubre  contre le vent, mais mes misères circulent contre l'annonce faite  aux faux mariages ,ceux de la délibération, de l'entretien ,aussi entends moi, je n'ai d’égal que l'égalité ,et la rapidité de mes incorrections  marche au bec des oiseaux  souverains qui cendrent le ciel avec leurs peines à d'innombrables démences mal entretenues, suis-je dans la correction si je te demande de me donner le certificat même de la capacité à t’introduire dans ma vie nocturne.

Il faudra bien un jour

Que l’ombre qui nous tasse

Avec ses fièvres lentes

Et ses filets tenaces

Décolorés aux encres

Des folies meurtrières

S’écrase contre les murs

En rejets de lumière

Contre les stèles vives

Des objets stupéfiants

Et non pas sur la pierre

Ecrite contre le vent

Qu’un deuil insignifiant

Sans refrain sans colère

Livre à nos couplets saints

Ses antiennes roturières

Qu’à la bouillie des morts

Aux rainures de nos mains

Ne restent plus que feinte

De nos anciens chagrins

Qu’au couchant où s’altèrent

Toutes nos divinités

Naisse une nouvelle chair

Venue de ce néant

Où chaque membre qui bouge

S’inscrit contre le temps.

Nous n’aurions pas dû naître et ne traînerions pas ainsi notre misère sans son escompte et son escorte.


Dans le silence si ancien qu’il est la plus belle occasion de l’être, parfois une tricherie, une seule, et c’est le bruit qui l’emporte, le bruit et le temps.

Comme nos actes sont le double de nos paroles, sabotage et sieste, à quoi puis-je fixer mon désir de reconnaissance si ce n’est à mon corps qui s’ennuie, qui s’ennuie ?


La solitude est de l’ordre de cette glu dont usent les oiseleurs pur empêcher le vol…


Ne se soucient de leur infortune que les optimistes qui ont de complaisantes voluptés, et de petites compromissions avec l’homme…


On oublie trop souvent que nombre de nos actes sont de piètres avancées dans les cortèges de la raison…


J’ose avouer que je suis inutilisable, mon physique par ses côtés tranchants évoquent autant un couperet qu’une guillotine…


L’avenir sera employé pour nous exaspérer avec ses temps anciens…

Excessif que soutiennent les mots et leur virtualité, je doute aboutir à autre chose qu’à l’arrogance ou à la misanthropie, en causant sur leurs habitudes.

Se peut-il que toutes mes inepties représentent autant mes mots que mes gestes et ne me conduisent pas à la ruine ?


A vingt je désirais mourir pour affirmer que je ne pouvais rien résoudre, aujourd’hui j’ajoute à ce précepte que je ne veux rien résoudre.


De quelque côté que j’aille, je me rattrape aussitôt pour m’injurier et le déplorer.


Mes abattements me font porter Dieu jusque dans les latrines où je vomis les prières apprêtées par les assoiffés du sens.


Que toutes nos vies aient été obscures, révèlent combien nous n’avons su voir que ce que nous voulions voir.


J’avance vers des profondeurs où je ne rabâcherai que du comble et de la surface.


Naufragé qui ne coule pas et qui n’échoue sur aucune île, je médis sur l’océan où je dérive, et sur la terre où je dérivais tout autant.


Vivre nous amène à nous fréquenter.


Plus je vis ,moins j’espère, du moins je m’espère plus propre ; l’existence est vouée à toutes les chiotteries ,et c’est bien la seule activité que nous n’ayons pas eu à inventer.

Ma tristesse dérive vers cette sénilité qui va au-delà des siècles, au-delà des momies affectées par l’avenir.

Vivre en troglodyte dans la répugnance de toutes les institutions qui sont la pègre des possibles.


Affectés dès et par notre naissance par l’espoir, notre immédiateté, nos instants se situent entre la colère et le despotisme.


Ayant longtemps fréquenté des roulures que le verbe élevait jusqu’aux dimensions de l’ineffable, j’ai aujourd’hui une dévotion pour les monologues.

Mes prières sont les fondations que j’élève seul et que seul j’entends.


Dans cette pensée qui s’impose comme une saine sécrétion du cerveau, tant de déchet et tant de sanie, que quel que soit son but ou sa circonstance, je la compare à un crachat d’avant l’asphyxie.

L’émotion est la seule forme d’infirmité que je ne peux exploiter sans vaciller.


Tel bavarde comme un infirme après l’examen, et sa parole relève autant la dégueulasserie de ses exiguïtés que le cancer qui le déprécie.