Au jour le jour 513

La santé et la lucidité nécessitent d’incessants contrôles, contrôles auxquels je ne me suis pas soumis, pour me dresser sanguinolent parmi les hommes, et donner à voir ce qu’il y a de vivace dans la désolation.

La vie, c’est de la matière obligée à paraître, et qui montre jusqu’où la supercherie du voir peut nous conduire, sans que nous y ayons aspiré.

Tous les jours me semblent si tardifs, qu’il me faudrait une immensité de temps pour les caler dans ma fatigue de ne pas avoir pu y faire entrer ma connaissance et ma tristesse.

Je n’ai pas eu d’entrain, je suis resté en ma réserve, comme un animal inavoué, et qui pense, tout en regardant le ciel, que toutes les transparences ne viennent pas de la lucidité.


Il y eut tant de temps où je ne sus pas avoir de place que les strapontins me semblent la seule assise qui vaille pour le théâtre de mes humeurs.

Je cherche une Atlantique à nulle autre pareille, une Atlantique de torts et de ressentiments, pour y noyer mon besoin d’écouter les orgues et de me consoler par ses vertigineuses musiques.

Aux ouvrages que la solitude corrompt, j’ai préféré la colère, cette fin sans élémentaire participation qui précède toute chose, et se pose sans qu’on l’admette en tous lieux ;j’ai préféré aussi l’indéniable nécessité, énigme réprimée de rester incompréhensif ,dans le déni des belles formes rétribuées, cette sotte faculté d’être amer ,en en faisant le vœu, par imprudence et impudence.

Aux ouvrages que la vie même corrompt, j’ai préféré l’impassibilité d’un tableau, instrument de ma vanité, de ma passion pour des inerties sans visage, et cette pratique de me fondre dans le vaste souci d’être sans exister, entre la fatigue et l’embonpoint.

Je n’ai gardé du souvenir de mes gaietés que ce regard sur moi-même, là où il y avait des cordes et des nœuds pour agiter l’air de mes inconsolations.

Dans la pharmacopée du sentiment, l’amour est un antalgique qui pompe au cœur ce qu’il a de fondé, et à l’esprit, ce qu’il aurait voulu grandir.

Je me suis si souvent et si longtemps éloigné de moi, que du non sens de mes élucubrations sont nées ces insanes envies de crever sans larmoyer, et ces voix intérieures qui me guidaient pour m’en rapprocher.

Sans la souffrance avec toutes ses coutures, j’aurais été envieux, de quoi je l’ignore, mais envieux, bien plus qu’à côté de celle-ci.

Dans mon atelier sous les toits, accoutumé au peu d’espace, il me semble que le mourir y serait moins fougueux que si je m’embrasais dans l’éternité des villes.

Dans la torpeur de ce réduit où j’acoquine des visages, et m’épuise dans les traits d’une femme sans devenir, il y a cette clairvoyance nimbée d’incompréhension, qui me porte à croire que je suis le seul homme à la regarder de si près, que c’en est une indécence, tant je voudrais lui imposer la conscience d’être à ma vue.

Exister, c’est être approximatif.

A cette vieillesse du corps si prématurée, que je tente vainement d’éconduire, j’ai opposé mes verticalités de singe qui babille, sans être toutefois contraint aux lucidités que l’invasion du dormir déplace à moi, sans même s’être dissipé de cette vieillesse.

Tant tout me pèse, que dans cet espace où mes sens n’aspirent qu’à des abandons, je ne cherche plus que des amours épuisantes, agitées, pour les ratés d’un corps trompé par ses éternités.

Dans les cours moyens de mon existence, ma pudeur, sous l’emprise des gels et des engelures, a autant dégoutté que les larmes d’un saint déversées dans un sablier.

Vivre est une habitude que j’ai exténué jusqu’à l’hébétude.

Dans ces abîmes où le corps tremble et défaille, la souffrance tient du culte et du démenti, tous deux suprêmes oscillations entre l’enfer et Dieu.

Occupé à vivre dans l’entêtement d’une rhétorique de la vulgarité, j’ai préféré les bistros aux églises, et les filles équivoques à celles qui communiaient ,transpercées par nos vulgarités.

Mes agitations, simultanément à mes propos ,me semblent parfois considérées comme les soubresauts d’une matière singulière déplacée dans l’espace par une puissance sans nom, déçue de ne pouvoir s’endormir parmi les astres.

J’ai pris toutes les précautions pour n’avoir pas un jour à déambuler dans un hôpital, sans connaître les malédictions qui m’y auront conduit.

Falsifiés dès nos naissances, nous cherchons dans les yeux des femmes la trace de ce forfait, pour y remédier en adulte gâté, irrévérencieux et impénitent, sans pouvoir réparer les troubles qui les attendrissent.

La tristesse est substance autant que révélation, chacun s’y baigne comme un nageur averti, universel et gnomique, pris sous l’éclairage d’un projecteur qui ne laisse qu’une ombre sur le tableau de ses nuits grisées de mensonges.

Ma solitude, c’est ma santé, et je m’y dégrise dans ses ornières, parmi les églantines et les orties, parmi les odeurs d’une nostalgie outrancière et terriblement ancienne.

Mes générosités s’étendent jusqu’à ces nuits où le seul moyen de plonger dans Dieu est de devenir l’objet de ses convoitises.

Ma conscience s’altère par ces sonates, que la déception a poussé jusqu’à mes oreilles pour m’affliger de la connaissance de toutes les sonorités inconsenties.Rien que je n’ai désiré des femmes, et qui ne se soit déverser dans mon sang, jusqu’à la dilatation de mon esprit même.

Mon goût pour les éternités, rebuts des amours infligés, s’est avéré nauséeux dans les alcools et toutes les idioties frontales ,souillures des esprits agacés par le même goût pour ces mêmes éternités.

Charognards que l’anémie a retenu dans leur repaire, les hommes ont en alternance le goût de la chasse et du jeûne, tous deux, lucidités abjectes de leur métier d’être.Toutes les présences sont exaspérantes quand elles témoignent.


J’attends inféodé que l’abus de mes transparences fassent de moi un homme du troisième rang.


Plus on se mesure à la vie, plus on est agité, et jusqu’à nos verdicts, la perfection insane qui fait salon, se tient dans cette désolante plénitude, parements de nos façons d’être et de nous contenir.I

l y a quelque fièvre à se conduire en homme irrésolu, comme il faut quelque force pour le combattre.


Du dégoût(conscience d’un temps enfiévré par nos tristesses(je retiens sa redoutable pureté et son odeur de paradoxe.


Je cherche l’apaisement dans les alcools et les soporifiques, anticipation d’un cercueil idéal, d’une tombe où fleuriront toutes mes inanités.

Quelque soit mon extravagance, elle est toujours en étiage de cette inféconde nostalgie, où j’ai placé un enfant dans les bras d’une vierge, et moi-même sous une croix.

Chaque jour m’est un Golgotha en friches, et un Ararat en jachères.

L’avenir se poursuivra lui-même, qu’il s’emploie dès à présent à se défendre de ce fait.


L’humanité se dévore elle-même et en fait chaque jour la démonstration.


Il y a autre chose d’insupportable que les intentions, se sont les attentions.


La science à beau progresser, les imbéciles n’ont toujours pas d’odeur.


Les opinions qui vont contre ma nature sentent mauvais, elles sont trop prudentes ou trop imparfaites, c’est en cela qu’elles mentent, c’est en cela qu’elles ne méritent pas d’être crues.Combien j’ai ravalé de protestations pour quelque considération dont je n’ai même pas abusé.


ON ne meurt jamais assez tôt.


Je tire mon orgueil de cette forme de détachement, au travers duquel je peux discerner ce qu’il y a d’épouvantable dans l’amour ou dans l’amitié.Les passions affectent notre immodestie en nous donnant l’air de colonisateur.


Le monde ne me laissera que peu de souvenirs sur le monde lui-même.


Dans l’hypothétique dessein de me conduire comme un homme avoué, j’ai eu cette clairvoyance qui atteste du cadavre que je suis, et qui subit le temps comme la plus monstrueuse des réflexions.

La fatigue est une définition de ces instants où le corps trop léger ou trop pesant, s’altère aussi bien des enchantements que des détachements de sa propre matière.

L’amour est une tromperie des sens qui se répète jusque dans le souvenir qu’on en garde, quand on a été assujetti à ses assèchements et à ses glaviots.

Mes agitations commencent par un regret et finissent dans la vulgaire moribonderie d’un assisté que le pathétisme pousse dans le mécanisme du vivre, encombré par toutes les innocences, par toutes les formes obsolètes de ses propres vulgarités.

Que fais je sur cette terre ,si ce n’est d’y entendre des hymnes, funeste consolation d’un pour qui la musique ne fut qu’un réel étouffement ?

Le monde n’a de valeurs qu’ajustées et ajoutées, et nous les mesurons dans l’insane volupté de l’amour et de la nostalgie.

L’art est un instant exténuant où nous puisons du cliché et de la nostalgie pour de l’effet et de l’apparat insupportables.

Mourir introduit en une femme comme en une tombe anticipée…

Dans la mélancolie tout est insupportable, et ce qui ne l’est pas le devient.

Je souffre d’une absence de souvenirs comme un damné de son châtiment, et dans mes marges, mon cerveau élève des musiques effroyables par leur cérémonial.

Il y a tant de solitude dans mon sang et jusqu’à mes os,que je ne sais plus où la placer sans qu’elle me donne le sentiment de l’ensevelir.

Tout se réduit à l’homme et le traverse.

L’œuvre atteste de l’idée et de sa conversion.


Le savoir sert au dégoût de s’apercevoir que sans lui la vie n’est que bassesse et servilité.


Tant l’art exige d’effort qu’il doit bien servir un dieu qui s’est voûté pour le contempler.


A tant trahir, l’homme finira bien par en faire de la spontanéité.


J’ai gâché ma vie en flâneries et errements, mais n’ai rien gagné en repos ou en prières.


La lumière nous désole parfois de nous faire pressentir la même chose que l’ombre.


Bilan d’une journée, d’un mois, d’une année ;vide et désolation.


Venir au monde pour y être insensé et finir dans une cellule.


Rien qui ne m’ait illuminé, je cherche dans un avènement un peu de lumière, une part de salut.

Je ris de tout par besoin, j’en souris par dépit.Combien j’aimerais écrire sur la douleur mais sans en être affecté!


De toutes les espèces ,l’homme est la seule qui connaisse l’humiliation.


La misère de ne rien créer répond à mon besoin de déception, à mes infirmités.


La colère et la maladie à bien des égards ont des similitudes, toutes deux s’irisent au noir dessein de nous faire rire ou pleurer après coup.

Pris en flagrant désir, mais tout autant de délit de fouinerie, tel un faune qui échangerait sa proie pour un regret à venir.


On ne peut rien me demander qui ne tendrait à me ruiner ou à me déshumaniser.


Ce qu’il y a de plus intime et de profond chez l’homme tient du personnage.


Toutes ces obsessions trop flasques pour que j’y accorde de l’importance, combien elles ont contribué à mes constats sur l’inutile et l’inutilisé.

Fabriquer de la reculade et du renoncement.

Toute une vie pour réussir à périr honorablement.


Au flingue je préfère le poignard pour chouriner et voir jusqu’où la chair nous soutient.


J’aspire à des paix que j’exècre aussitôt de peur d’y mourir éthéré.


J’assiste à des exécutions où j’ai été juge et bourreau, sans supposer que je puisse en être affecté.


Tant de théories coïncident avec ce que nous espérons, que nous pouvons nous tromper mille fois et toujours retomber sous le coup d’un bon sens quelconque.Je suis aux antipodes du rire, mais pour une grogne aussi vénéneuse que vénérienne.


J’ai hérité d’une gloriole que la diane a aussitôt camouflé tant elle s’approchait de l’homélie.


Je n’ai rien à donner si ce n’est de l’hypothétique pour des massacres qui le sont moins.


Ayant répugné aux manifestations charnelles, mon corps s’est tourné vers l’affligeante prostration des horizontalités.


Egal à moi même et à mon âge, c'est-à-dire pataugeant dans des vides à ma mesure.


Tout ce que j’écris et ai écrit m’a été dicté par de la sentence et de la lâcheté.


Je ne me suis surpassé en rien et mourrai en dégradé.


Vivre ne cessera pas de s’abstenir.


Parfois sans rapport avec celui que je crois être, j’augure d’une perte qui sera ma seule exception.


Ma jeunesse trop infectée et infestée par les songes m’a vu renoncer à la phtisie des mots, au cloaque où ils font loi.


Rien que je n’ai réellement constaté et qui m’ait aussitôt abattu...


Vivre prête à la capitulation autant qu’à la verticalité.


Ma misanthropie, faute d’égard, m’a vu ruminer sur ce bien que j’aurais pu dispenser si je ne me ruinais en déceptions.


Je suis un courageux trop tôt achevé, tant il a produit d’énergie pour s’en imprégner.