Au jour le jour 509

Que le mystère reste outrancier de façon à ce qu'il garde ses écœurantes répliques.

J'ai l'âge où je désespère de ne pas me détester plus que ça.

Tout est dans la limite, et sur ce point là je doute qu’il y ait des explications à fournir.

Je veux ajouter à mon dernier souffle la suffisance d’y avoir pensé depuis longtemps.

Mon soi disant l’emporte sur l’idée d’être crépusculaire, et de voir dans le jour une perspective d’anomalie et d’oubli.

La santé c’est l’insistance de ces élans gracieux qui poussent dans la verticalité ou vers Dieu.

Dans l’enfer de ce détachement où je m’accable, où je me noie, mes velléités de singe l’emportent sur mes velléités de moribond.

On n’en finit pas de se corriger pour une reconnaissance aussi ordurière lorsque nous émergeons.

Il faut voir en l’homme la défaite d’une nature acculée au pouvoir de ses soustraire.

Dans ce qu’il y a d’effroyable dans la religion, l’homme, la grandeur de Dieu commence là où les êtres s’individualisent, elle disparait quand disparait leur mélancolie.

Mon indécence s'insinue parfois jusque dans mon sang et mes songes, je tourne alors mon écriture vers les psaumes et les prières.

Tout ce qui est passé laisse en nous quelques identités inconséquentes, que le vague à venir ne peut plus contenir.

La plus petite de mes réflexions me mène à ce détachement proche de la vacuité et que je considère comme la plus magistrale des leçons.

Je ne m'accorde à rien ni en rien, je suis dans la santé de tout ce qui s'inverse sitôt qu'on y réfléchit.

Je m'ennuie dans la foi.

Ma langue me pèse, elle explique en moi les triomphes de ce peuple intolérable tant il a poussé l'injure dans la maison du Père.

Guérir de la vie pour s'abimer dans la souffrance de lui trouver quelque explication.

Agonir à chaque fois que nous avons commis une bienséance ou un acte qui nous élève.

Mourir d'une mort si lente qu'elle tiendrait de la vie.

Je me gaspille dans le sommeil, j'ai l'avantage d'y être un malade incliné à ne gêner personne.

J'emploie mon âge à d'autres mouvements que ceux de me fortifier, je cherche à me rompre, à vaciller davantage, je cherche un enfer pour ne pas y saborder mes dégoûts.

De quelle imbécillité sans nom suis-je marqué pour porter haut les faits les plus insignifiants?

La parole me met dans des impasses où me vient la rage d'y penser déshonorablement,et me donne des airs de forcené précieux.

Il arrive parfois que les certitudes soient aussi préjudiciables que les erreurs qu'elles justifient en les dépréciant.

Penser c'est se prêter au jeu du labyrinthe, qu’un homme de peine a tracé, pour regarder plus longtemps devant et derrière lui.

Tout doute nous fait discerner nos égarements, et transcrit notre rage de délibérer sans observation.

On se perd très vite en fadaises, sitôt que de simple observateur, nous passons au statut de physionomiste.

Tant de preuves qui nous montrent et nous prouvent que nous avons étés conçus pour du sommeil.

Je donnerai toute ma misère pour un équilibre qui ne me rappellerait pas mes postures de dormeur consubstantiel.

A l'origine de ma lassitude, tous ces pardons qui m'ont élevé, enchanté, puis desservi et assombri.

Parler nous fait enter dans la considération, se taire, c’est prendre le risque de passer pour un subversif, un inactif qui va s'épuiser sur un canapé.

Plus j'avance en âge, plus il me semble que toutes mes extases ont été des fumisteries que j'ai portées jusqu'à des sagesses usurpées et sans nom.

Je vivote trop sérieusement pour porter l'idée de la mort aux sommets qu'elle mérite.

Dégradons-nous jusqu'à nous effacer de notre propre mémoire.  Dieu absent, tout est bon à consommer.

Il arrive parfois que me viennent des affinités avec les hommes, c’est l'heure de me mettre au lit sans y réfléchir.

Ne plus croire en rien nous brûle et nous dévaste autant que de croire en quelque chose.

Faute de m'être tué, je me suis tu, reste l'étonnement lié à la voyelle.

Les faits plus ils m'apparaissent comme mystérieux, plus il me semble qu'un dieu d'ébriété veut m'en éloigner en singeant leurs parentés.

J'ai dégueulé sur l'être pour aller à cette évidence qui me dégoûte tout autant de moi.

Est sérieux tout ce qui nous met en dehors de ces léthargies, où nous aspirions à nous noyer sans réfléchir à l'idée même de la noyade.

Le suicide restera le seul évènement qui ne relève pas d'un accident, de ce cerveau qui pense tout en accéléré.

Toute connaissance témoigne d'un accommodement avec le genre humain, et nous persuade de pousser ce même accommodement au-delà de la confidence.

Une des variétés de la désolation est cette déception qui précède l'acte d'émettre, et cet autre de tout garder en dedans.  Dormir dans cette nudité qui ne s'impose par aucune parlotte, aucun geste, aucun acte, aucune écriture.

Est enfiévré ce qui parvient et advient au moment de mourir.

Je déteste cette sincérité là qui vient à nous dans l'affirmation de dire que l'on peut rire de tout, mais seul.

L'essentiel de mes journées réside dans ces confidences que je me fais, et que je conçois comme des effacements.

Sans le talent ou le fait d'être vain, la vie m'apparaîtrait comme la forme la plus parfaite de la sujétion à la matière.

Nul doute que toute méthode avantage la raison, et que cette même raison se laisse encenser par la méthode.

Dieu s'ennuie-t-il impunément? 

Toute conviction pue, elle nous écarte de ces examens là qui poussent la curiosité jusqu'à la douleur du savoir.

Aucune vérité qui ne me fasse digne, je cherche dans le mensonge ce qui n'est pas caduc et se traduit par des images que j'exagère en me couchant.

Je ne suis pas homme de mission, je suis un homme d'omissions et de démissions.

Ma nonchalance me corrige des excès que mon corps commettrait, si je n'avais cette disposition pour le silence.

Je doute que toute œuvre témoigne d'un bonheur ou d'un malheur, l’œuvre est faite pour réfléchir son propre désespoir de la démonstration.

Accidents de nos profondeurs, nos tares reflètent les plus sottes de nos réactions, nos soubresauts, nos perversions, et ceci jusqu'à nous écerveler.

Parfois une des formes du crétinisme est regardée comme de l'intelligence, moi je vois cette intelligence comme une façon à mes dérèglements.

J'ai trop longtemps été happé par ce dieu, qui a poussé mon écœurement jusqu'au voir.

Après l’extase du faire, le désastre de ne plus rien pouvoir fonder sans y réfléchir.

J’ai gardé de mes lointains ancêtres voués à la gitanerie, cet art de flotter entre la faillite et la décadence.

Plus je suis désespéré, plus j’abuse de ma peur d’en finir, et me démène dans l’existence comme un inadapté de celle-ci, qu’elle roule et double par souci d’équité.

Je réfléchis à l'idée de dépouiller celle ci, me voilà en présence d'une morte, et qui bave.

Je suis pourri par de la charité, en suspens dans ses solutions, je cherche parfois à me projeter dans une autre parenté, je me tais, et j'y parviens.

Point de légèreté dans le réel, seul notre désir d'y penser nous confère cet air d'éveillé, et qui se meut.

Toutes les questions sans substance portent en elles les réponses sans intérêt que nous transformons pour paraître.

J'attends exaspéré qu'une idée, une seule, ne me serve pas de paravent.

Je suis un aversif qui s'équilibre par le dessous.

D'une névrose à ma mesure, j’ai fait une vitrine où miroitent jusqu'à mes plus sottes ambitions, je me suis rompu à l'exercice de ce vide, qui ne me prolonge que lorsque je m'éloigne.

La normalité est infestée, infectée  par le virus de ce paraître là, qui nous plie comme des chiens verbeux.

Je ne me divertis plus dans cette parole qui me dévie du dessein de cadavre.

Je persiste et je me résigne.

Naissance: premier crime original et originel.

Je parle frénétiquement, nerveusement, en moi se rejoignent l’envieux et le désenchanté, l’envieux vise à de la séduction, à donner l’exemple, le désenchanté à ne rester que dans mes intimités ; à défaut de les négliger, je les élève petitement jusqu’à de l’entretien.

La lucidité aura été une de mes toxines les plus redoutables, j’aurais voulu m’en défaire pour n’être pas crispé comme ceux qui se sont acoquinés avec le monde.

Impossible d’oublier que je fus cet enfant agenouillé sous une croix, et qui priait pour démonétiser Dieu.

Je rêve parfois que je me découvre, je me cramponne à cette idée, je ne m’en divertis que pour aller jusqu’au charlatanisme d’y penser davantage.

En disgrâce depuis ma naissance, c’est cette propriété qui a été mon salut, et me mène dans des insomnies où tout attendrissement passe par une bête qu’on courrouce.

S’inféoder jusqu’à l’échec, tous les échecs, s’en délecter, s’y vautrer comme un soûlard désinvolte.

Les histoires sans superficie me conviennent, elles seules suffisent à me saborder, je pense aux pouvoirs de leurs bassesses, de leurs insanes profondeurs, aux capacités de leurs latrines, me voilà dans du suffisant.

Pessimiste sans talent, je doute avoir été doté de la parole pour accabler ou plaire ; dans la perspective de ne m’en servir que pour aller au sarcasme, au soupir, je m’acharne à la systématiser, à l’avilir.

La poésie fait dans l’anxiété, le jeûne, la piété, voire dans la désinvolture ;une poésie qui naît du tolérable n’a pas mes lucidités.

Que celui qui se connaît entreprenne, que les autres se taisent.

Je rêve d'une obscurité sur toutes les consciences dont le fonds de commerce est dans la parole.

Je concède que divaguant dans des pensées qui ne mènent nulle part, j'aboutis toujours en ce  centre où tout est corrompu.

Mes affinités avec l'homme sont dans l'ignorance et rien d'autre.

Vous voulez faire une belle expérience, soyez commun !

L'homme est incliné à son propre anéantissement, non par épisode, mais sa vie durant.

Parfois je perds l’usage de mon corps, de tout mon corps, jusqu’à sa plus petite .parcelle, évaporés, les actes, les gestes, les faits, bref, la gesticulation, puis l’envie d’en rester là.

Quand l’envie de conseiller quelqu’un me saisit, je suis aussitôt pris d’une volonté d’en finir, dans l’indolence des actes qui ne m’injecteraient pas de l’existence.

Sitôt que l’âge en arrive à me rendre grave ou furieux, je m’entretiens avec moi-même, de ce mal si particulier qui se situe en dehors du dialogue, voire en dehors des mots.

Le bonheur est une intoxication qui voudrait qu'on s'emballe pour du n'importe quoi.

J'écris dans deux cas, lorsque je suis happé par la croyance qu'il faut dire et celle où il faut dire davantage.

La sagesse se dégonfle dans l'isoloir.

La connaissance est toujours du côté de cette pureté putride qu'on ne peut digérer.

J'aurais aimé être un inquisiteur de tous les cerveaux qui nous convainquent d'exister.

Être debout c'est vouloir aller plus loin que cet horizon où l'homme se soulage de ses afflictions.

Le dynamisme de la matière, nous le détournons pour en faire des épidémies.

Je m'interroge au ralenti, je conserve la chimie de mes pensées pour en faire des reculades.

C’est le propre de l'existence de n'avoir de saveur qu'à la fin.

Mon goût pour la réserve est un goût pour le bon emploi d'une journée où je n'ai rien obscurci.

L'ouverture d'esprit, et pourquoi pas celle qui donne sur nos propres ténèbres !

Décadence de la langue, décadence des hommes, décadence de l'histoire.

Heureux celui qui n'a aucune certitude et dissimule son vertige sitôt qu'il vient à en effleurer une.