Au jour le jour 508

Je m’abstiendrai toujours de n'être pas faillible.

Nous voulons du bon emploi du mot qu'il nous réserve une place sur les estrades.

L'univers a les mâchoires qui se crispent.

Là où coulent tous mes regrets, il y a tant d'absences qui ont le visage d'un ange aux ailes recouvertes de crin.

Sonnent les sirènes de nos fausses mesures, et nous nous affalons dans des compromissions.

Il faut penser à Dieu comme un épouvantail ou à une girouette, qui se dilatent dans les nébuleuses, quand nos prières sont des crachats.

La porte de sortie est toujours du bon côté.

On peut rire de soi-même, même dans la plus sale de ses réserves.

Je vis pour fureter dans ce silence imposé ou tout ce qui est bien.conçu n'est pas à mettre dans tous les regards.

Si j'écoutais mon âme mon premier réflexe serait de sortir le surin de son étui.

Toutes les mémoires sont rompues à l'exercice d'oublier combien elles se sont compromises dans le mensonge, la déception et le sang.

Le drame de l'existence c’est qu'elle penche toujours du côté où c'est le plus saillant.

Je ne suis pas étonné qu'au réveil, et cela chaque matin, j'ai le poil qui se hérisse, la bête n'est plus loin.

Nul n'est à sa place, ainsi est née l'aventure.

Je suis tant encombré de désirs secondaires et subalternes, que je ne sais pas de quel côté me tourner, pour n'avoir pas le visage d'un singe qui voudrait commettre un forfait.

Toutes les réponses que je me suis faites ont été des contorsions spirituelles.

Sitôt levé je me demande dans quel recoin je vais agonir.

Être est une  innommable impureté.

Je ne résiste pas à l'envie d'employer le mot salaud pour tous ceux qui m'ont voulu des règles de conduite.

La vérité la sagesse ont des serres acérées, c'est la coquetterie du discernement.

Tout ce que j'ai exagéré je l’ai aussitôt isolé au plus profond de moi,  là où il n’y a de la place que pour de la tumeur.

Tout commence par une constatation, la vie est contestable, après vient le cirque de vouloir tambouriner sur toutes les poitrines.

Astiquez votre cerveau, il sent la naphtaline.

Si l'on pouvait contribuer au rien, eh bien comptez sur moi.

Je doute que je puisse témoigner d'un fort attachement à l'homme, j'y verrai  une version du nœud, voire de la pendaison.

On meurt toujours trop tôt ou trop tard, autant n'être pas né.

Je ne répugne pas à l'existence, c'est l'existence qui répugne à me soutenir.

Est seul celui qui n'est pas insignifiant.

La mort est une façon de penser à la vie comme forme.

Est cruelle cette imagination qui vient empêcher qu'on se voit massacrer tous ceux qui nous ont salué adroitement.

Ma vision du monde répugne à ces accomplissements où je suis l’obligé d'êtres qui n'ont pas les mêmes sensations que moi.

Le paradis est toujours invoqué dans les prières, les nôtres, l'enfer quant à lui exige moins d'efforts, il est déjà là.

Tous ces jours où nous nous épuisons à ferrailler avec la vérité...

Ma colère n'a rien d'extérieur, elle est à ces endroits là où l'on pense impersonnellement.

Je m'étonne chaque jour de perdre un peu plus de mon vocabulaire, bientôt je ferai dans le borborygme.

Je ne distingue rien qui vaille la peine que je l'explique, je n'ai  de place pour tous ces mots qui sont des dissolvants.

Écrire c'est toujours en revenir aux exercices de tromperie et de falsification.

La raison n'admet pas la mauvaise réputation.

Et bis reptile d’état

Mes convictions s'articulent autour d'un noeud et d'une épine.

Ce qui nous fait durer est pourtant dans la peur de dater.

L'avenir sera un bavardage sur le passé.

Gardons-nous de sourire dans les rêveries où nous avons survécu aux rictus de ces autres qui nous ont voulu victime, c'est un sourire qui ne datera pas.

Nul ne sait ce qu'il connaît de sa connaissance, nous sommes tous mal assurés, d'où notre charlatanisme, nos errements.

La mort je la vois comme une buvette.

Mon être tout entier est dans une apparence qu'il a prise à son compte, pour des travers que nul ne pourra rectifier.

Le monde est le produit d'un déséquilibre originel, tout le reste n'est que sensation.

Échec après échec, mais nulle sagesse ne vient.

Si nous étions nés sages, aurions-nous été dans cet affolement qu'est la quête de Dieu.

Écrire, c’est toujours s’éloigner, c'est mourir sans comprendre l'exactitude de ce dérèglement.

Si la vérité était esthétique, quel visage nous montrerait-t-elle ?

Nul ne sait combien il faut se méfier de soi-même lorsqu'on pense par soustraction.

Aberration de l'existence, croire et entreprendre.

L'avenir ne sera pas dans la reconversion de toutes nos méprises.

J’écris pour perdre du terrain sur la solitude, après j’aspire à le réduire.

Le langage est toujours dans l'impasse lorsqu'on n'a pas su renaître en lui.

Dans mes apaisements je suis toujours un commis destiné à marquer du respect pour la vie.

Connaître, c'est être clairvoyant de ses contaminations.

Vocation d'être, douter, ne se vouer à rien, l'histoire fera le reste.

À peine dans la vie nous cherchons le fer et le fleuret, des duels nous attendent.

L'esprit entre en affliction sitôt qu'il se veut d'une vitalité qui ne va pas qu'au corps.

On ne peut être normal, vivre est une anomalie.

La surface de notre corps rejoint la superficialité de nos esprits, c'est l'apanage de la vie de tout vouloir équilibrer.

Il n'est pas aisé d'être soi-même, c'est une entreprise d'envergure, tant les autres nous contraignent à des ressemblances.

Toute expérience est amère quand elle a pris le corps de nos chagrins, ceux que nous ne savons expliquer.

La ménopause d'écriture est toujours dans les règles.

La coquetterie de vouloir mourir dans la sénilité.

L'amour nous engage toujours dans un symptôme idéal qui se révèle par le virus d'exister.

Être cynique c'est faire l'expérience de la vie et rien d'autre.

Déserter ce quotidien, oui mais pourquoi, pour l'usage d'une liberté consternante qui a un couteau sur la gorge.

Si j'ai compté tant de jours où j'ai pensé au suicide, c'est parce qu'il est à l'endroit où il faut, dans l'intonicité de mon sexe.

Avouez le, vous êtes équitables lorsque vous avez échoué.

Si chacun de nos savoirs était réuni en un seul nous aurions produit moins de dieux.

Dans l'affolement de mes idées secondaires, parfois une réflexion dévie son axe, je vais faire une action d'éclat, m'attacher ou me suicider.

Être c'est chercher à être.

Je n'ai plus personne avec qui dialoguer, d'où la présence de mes résignations.

Ce qui se fait sans qu'on y réfléchisse mérite qu'on y pense assidûment.

Mon ennui est profond, c'est un sentiment que je n'ai pas à  porter à l'excès, tant il mérite de ne pas être exagéré.

Plus on a intérêt à la démonstration, moins on se doit d'être irrévocable.

L'objectivité est intolérable quand elle ne tourne pas autour de la mort.

Parler est poignant lorsque le mot est charnel, autrement c'est un plaisir qui meurt de ses impuretés.

Comprend celui qui n'est pas dans la hâte de comprendre, les autres réfléchissent.

L'impudeur de nos désirs, on s'en repend quand on ne parvient pas à ses fins.

Se guérir d'être né par l'imitation.

Je suis de ceux que les tous petits malheurs ont tenus à distance des grands, je rêve parfois d’une crucifixion qui me délivrerait du dessein de demeurer ce malade qu’on soigne outrancièrement.

Etre ce transfuge, pétrifié par l’illusion d’une patrie où l’on ne vit plus appuyé sur personne.

Dormir nous rachète de penser par obligation.

Substance même de nous qui croyons à la docte connaissance, l'intelligence est de l'ordre du sang qu'on répand parmi les vivants pour qu'ils changent leur sereine nature.

L’âme s'agrémente toujours lorsque nous prions, de façon à ce qu'un dieu raisonnable nous rende en  nombre ce que nous avons commis de mesurable à l'aune des sottises que nous avons confessées.

Vivons debout, tenons parole, écroulons nous  avant d'aller voir les hommes de la médecine qui nous prescrivons des poisons que nous ne prendrons pas, car la raison nous pousse à tenir à la vie.

Nous sommes tous déterminés par notre propre vide, ces espaces où nait le besoin de mensonges et de vérités.

Être c'est  vouloir tout achever, bref s'achever soi-même.

Après vient toujours trop juste et trop tard.

Il ne faut jamais dans l'immédiateté de ses propos croire qu'on a émis quelque chose de précis, ce serait s'appliquer à dire que la parole est juste, quand elle n'est que ce qui précède sa propre justification.

Je sais que je suis né d'une femme, qui elle-même était née d'une femme, d'où l'invariabilité de leur consternation sur nos venues au monde.

L’omniprésence des pronoms personnels dans l’écriture témoigne de l’insane vigueur que mettent les auteurs à se signaler par leurs évidents totalitarismes sur le lecteur…

Dans mes intimités, je déborde d’une humeur qui n’a d’incidence que sur mes euphémismes, ces suicides différés…

Il est aisé de s’aventurer dans le désastre, il suffit de se montrer incapable, clairement incapable…

Tous mes interlocuteurs ont cela d’inconvenant, qu’ils savent où je veux en venir sitôt que je les salue, sitôt que ma parole rencontre la leur, sans que je prenne aucune position…

Un aphorisme n’est pas un exercice de lapidaire, c’est un coup de semonce, un uppercut de cette littérature qui considère que trop de profondeur s’étire en celle-ci pour n’en rien laisser voir…

Je considère que trop réfléchir à la vérité ne nous ouvre que sur des expériences surannées…

Ce qui est du registre de mon intérieur est catastrophique…

Celui qui sort indemne de l'existence, je le considère comme incomplet.

Avoir vingt ans c’est avoir vingt ans de trop.

Et l'envie m'est venue de m'étendre et de m'éteindre avec tout ce que je n'ai pas connu, ni commis.

Depuis cent mille ans, sous le charme des combinaisons, des formules, des symboles, nous construisons un monde  que nous comptons exploiter dans l'ignoble séduction des formes qui ne vont pas à la connaissance.

Est vital tout ce qui vise à rendre le monde intelligible sans que nous ayons à réfléchir avec nos glandes...

Etre haineux avec méthode, être présent avec la brutalité d'un tacticien, être là tout simplement avec ses artifices et ses détachements..,

Nous ne savons pas ce que nous deviendrons, c'est bien suffisant pour nous rendre à l’impunité d'une expérience malveillante de l'avenir qui passe par le rêve néolithique...

Mes souvenirs à la lumière de ce que je m'autorise à penser, ne sont que des images dilatées de peur et de stupeur..,

Que pouvons nous encore commettre de bon sans nous soumettre à l'autorité des glandes, au balkanisme de ce corps centré sur de l'à-peu-près?

Mon inquiétude je la tire à moi comme une couverture d’azur, pour en faire la courbe d’un corps qui se veut visible et chaud.

Aime t-on l’existence, et si oui, pourquoi ce goût tant prononcé pour les apparences ?

Lorsqu’on est resté trop longtemps seul, on a l'air d'un aïeul fiévreux qui voudrait aller à d’autres faces..

Lentement l'immonde monde qui est le nôtre s’irise au noir dessein de vouloir se satisfaire de ses propres néants.

La vie est un ventre plat, s’il était arrondi ,notre sang  s’écoulerait piteusement.

Les passions ne devraient être tournées que vers l’art, la passion pour le genre humain optimise toutes nos déceptions, et Dieu sait qu’une déception est plus exaltante quand elle n’est tournée que vers la littérature ou la peinture…

J’aurais adhéré à tout, y compris à ces épilepsies d’après boire, si la santé ne me fut donnée que pour me plaindre des gymnastiques de mon esprit, je la rejette puisqu’elle ne prend pas en compte mes inclinations à la détruire…

Tous les matins je me prête à ma générale, je compromets d’emblée mes incitations à entrer dans les discussions de mon histoire avec les hommes, cette générale est de l’ordre d’un film muet où toutes les mécaniques, tous les rouages ne tolèrent aucun mot, aucun souffle, pas même un regard sur mes propres constructions…

Plumitif qui exagère ses captivantes activités ,rien de ce que j’ai écrit ne fut plus sincère que mes insultes, que mes souvenirs altérés par une façon de moribond que je traîne ,pour douter éperdument…