Au jour le jour 507

Mets de l'application dans ton horreur, ça n'aura plus l'air que d'un forfait.

Virtuellement curieux, je pousse jusqu'à l'obscénité ce regard qui témoigne d'une vie encore plus méprisable.Tout ce qui est essentiel est caduc, voyez la vie, qui devient objet sitôt qu'on y réfléchit.

Etre lucide en permanence, c'est s'acharner à démolir son corps et son esprit sans l'idée du martyre.

A l'écart du paroxysme d'un monde qui se plie et se déplie à souhait, je m'insinue dans ces horizontalité qui sont le marque des gisants.

L'éclat des apparitions nous met dans la position de ces ataraxiques là, qui ont l'air d'avoir réussi des cours d'extase.

Tout pouvoir est une fraude qui nous fourvoie dans cette action de la parole et du geste que nous aurions éviter sans elle.

L'insomnie en bonne élève, répète les leçons du sommeil et les projette dans cet avenir là où nous n'aurons plus ces faveurs.

J'écris par restriction de la parole, j'ai l'esprit occupé à des commandements autres que ceux de la langue et du palais.

Je me glisse dans ces journées comme un singe maladroit et en crise, qui se réserve des détachements pour faire figure d'humain.

J'économise sur Dieu, c'est le seul moyen que j'ai de ne pas le perdre jusqu'à la quarantaine.

Le tout se gargarise du quelquefois.

Et pour ne pas nommer ce qui nous vient de l'usure, nous assistons nos corps comme de funestes étrangers qui se détachent d'un pays où ils ne furent pas conquérants.

Il faut surplomber la vie, et la regarder comme si nous comprenions qu'elle n'ira, ni n'aura de sens que dans le tragique.

Probe jusqu'à l'absurdité, je me serais tant défait pour m'anéantir d'un médiocre silence où se réduisait tout mon esprit, et qui ne tenait ni de la philosophie, ni d'aucun but..,

Toutes les idées sont des ombres portées sur ce qui a été et se refuse à nos nouveaux commentaires, qui refuse sa part de jeûne et de nuit.

Cette tremblante nature qui est la nôtre , sitôt qu'on s'approche d'une femme, on la retrouve dans la forme même de nos regrets, c'est un dissolvant qui voudrait qu'on oublie tout de soi, et non de l'autre.

Je crains qu'il arrive quelque chose de grave à mes idées, comme de la pleurésie ou du sable, et que je ne puisse comprendre l'utilité de souffler, de respirer.

Il y a des liens subtils entre le sang et la voix, les deux tournent autour de ce corps qui doit ses vérités à une limite qu'il s'impose pour n'être infecté ni par l'un, ni par l'une.

Au nom de la beauté, et puis quoi encore, pourquoi pas au nom du père.

Combien j'aurais aimé pratiqué le silence qui ne mène qu'à soi.


J'ai la volonté de ne rien commettre, d'où ma suprématie sur le silence, voire sur le mot.


Toutes les supercheries sont savoureuses, la vie elle-même est chère aux thèmes dont elle s'abreuve et qui sont passés par cette même supercherie.

Si les mots nous rendaient malades, il faudrait installer des pharmacies à tous les carrefours.


Je vieillis, j'ai troqué mes injures pour des monosyllabes et quelques litotes trop légères pour qu'elles soient prises au sérieux.


L'époque est à la répulsion, à la philosophie comme une affaire à traiter, l'égard se convertit en provocation déjà je ne veux plus parler, déjà je ne sais plus être.

e fais dans l'artisanat de l'angoisse comme d'autres font dans celui de l'ambition.


Soyez sot, soyez le sans motif, c'est une façon néolithique de rester vivant efficacement.


Ma fatuité, mes insolences, si elles sont jugées en profondeur ne sont que cette peur de finir en troglodyte.


Faute d'avoir quelques humeurs qui nous tiennent éveillés, constamment en péril ou hagards nous nous étourdissons avec le mot, retraite anticipée de notre fonction de furieux virtuel.Obsédé par le moi, et pourtant ne rien vouloir faire ou commettre.

Nos maux tour à tour nous lassent et nous élèvent, je cherche un promontoire d'où contempler le peu de profondeur de nos croyances en ces mêmes maux.

Dans ce grand foutoir que la littérature corrige ou assassine, la déveine d'être m'apparaît comme le seul cauchemar à thème.

Cette espèce de reptile, de volatile qui a rogné ses ailes, de singe qui s'exercent à la pensée, le voilà, l'homme, contagieux à force de s'imposer comme modèle.

Je n'ai aucune vitalité, ma chair et mes os s'épuisent, je reste pourtant discret, voilà une nouvelle stérilité.

La fatigue m'a affadi, je tombe en dedans de moi, rien d'intact à l'intérieur qui vaut la peine qu'on l'extirpe, qu'on l'exhibe comme un crime originel.

Rien ne peut peser sur ma mélancolie si ce n'est ce soupçon de bile et d'anxiété qui se mélangent à mon sang.


Combien j'aimerais ne générer que de la substance haïssable.


Tout ce qui m'attend est fichu d'avance, je ris encore et pourtant, flatté d'être vain avec perspicacité.


Spermatozoïde, mot profond et vain pour dire foutre.


Rien qui ne m'éprouvent d'avantage que tous ses ratés qui ont pris l'initiative d'être.


Dans la disgrâce, enflammé pourtant, que de crimes à commettre afin que toutes les tragédies se fondent dans la mienne.


La réalité ne me fait pas sincère, encore moins bavard, je passe par l'astuce pour aller jusqu'au bout...


L'ennui nous conduit vers le sang, vers cette angoisse d'où jaillissent nos anémies ou nos extases, en fait vers des meurtres tombés à l'intérieur.

Dans un monde sans trottoirs, où marcheraient les putes ? (Voir Cioran)


Ne jamais demander de l'aide dussé-je sombrer dans l'agonie.


Je suis un pantin haineux qui roule pour une langue oubliée.


Evoluer, pour se convertir aux suspicions et suspensions.


La lucidité restera ma seule véritable initiative, celle qui ne jamais me conduisit aux catastrophes de l'esprit.


Tout est vicié d'avance, d'où notre appétit du vice.

Dans cet univers d'apathiques, j'abats tant de travail pour exister qu'il me semble que je suis un portefaix débile qui étouffe dans l'homme et hors de lui.

Ne vous avisez pas d'être dans le coup, vous éprouverez ces tensions exaspérantes qui vous mettront dans la position d'un christ ensanglanté.

Je m'endors avec la copie de mes défaites antérieures que j'ai pointées avec le stylet des déceptions.


Le mot m'apparaît comme un excrément en puissance que nous avons détourné du dégoût de hurler   de peur de marcher sur les traces de la bête.

Certains paradent dans l'emprunt qu'ils font de l'effort des autres, tragédiens obsédés par les troubles qu'ils réfléchissent, ils passent leur vie à vouloir triompher des tourments qu'ils se sont infligés.

Nous sommes prédisposés à la névrose, sans celle-ci nous errerions dans le monde pour nos épuiser dans le snobisme de ne pas en avoir.


Les idées qui nous viennent sans motif sont prédisposées au sommeil, les autres nous propulsent dans les actes.

Je suis un haineux instantané, après j'entre dans la sublime idiotie du compliment.

J'accomplis des forfaits, des sabotages, je mets du zèle à tout embrouiller, je pipe les dés, organise du chaos à ma mesure, je me persuade d'entretenir une haine à mon égard.

Vivre en appelle à d'abjectes créations, figures d'un moi illusoire.


Ma permanence n'a rien à voir avec l'acharnement, je suis trop peu viveur et vivant, pour que l'on puisse me juger autrement qu'en adulte qui ne détonne pas.

Entre nos insondables profondeurs et nos surfaces planes, la panoplie du souffreteux, du surmené qui régit ses espaces comme un chien ou un vautour.

Se tendre et se détendre entre les mains d'un désaxé, et qui dicte sa loi par les mouvements qu'il nous impose au gré de ses humeurs.


De quelle rage ordinaire suis je le dépositaire, et qui me rend aussi misérable que si je n'y m'étais conçu et idéatisé ?


L'Idéal serait de ne pas avoir d'idées, et de n'offrir à la vie et à la vue que son néant.


Révoqué de tous les lieux où la parole est un état, je profère en mon intérieur d'identiques sentences que je suis le seul à comprendre et à digérer.

Tant fatigué, lamentablement bas et las, fatigué définitivement j'ai le sentiment que dans ce luxe que je suis le seul à défendre ,il y a la malveillance d'un corps crépusculaire qui cherche à s'en enorgueillir.

Fiasco et désaffection, deux des clés de mes voûteries, de mes soubassements..


Rien que je n'ai fait par conviction, la curiosité ne m'a pas poussé parmi les hommes, la compagnie des bêtes me fût un exercice périlleux, je cherche à savoir aujourd'hui où je fus à mon aise, mais sans forfait.

Fatigué, et de quelque façon que j'étrenne la question, une autre fatigue au bout, une fatigue plus haute, et de l'erre.

Toute pensée est un mieux préférable, que l'Esprit aimerait infatuer jusqu'à l'Entreprise.


L'homme se signale par ses interrogations, celles qui nous enchantent, autant que celles qui nous emmerdent...


Le corps est à lui seul un véritable cimetière, où l'unique performance consiste en nos propres déportations.


L'évidence et l'indécence du ridicule ne nous font pourtant pas reculer de nous-mêmes, pas plus que devant les monstruosités qu'elle nous tend comme une prescription.

Il est aisé de garder sa propre considération, il suffit de bien s'y sentir, de bien la sentir.


Tous mes soupçons sont des égards, et mes égards des renoncements.


Le spectacle des vanités me ferait commettre l'irréparable ou me suicider, or il m'arrive de n'assister, de n'être le dépositaire ni de l'un, ni de l'autre, et j'en suis tout autant écœuré.

Ma vie était prédestinée à de l'inambition.

Je resterai un amateur sans projets et sans projections, je vais encore dormir dans de la réserve.

Ecrire c'est aussi se déconsidérer, se séparer de soi, que s'imposer dans et par le mot, cette entité sans matière première, si ce n'est du souffre, rien que du souffre .

Rien que je n'ai plus apprécié que le manque de désirs, je marche sur les traces de ce moribond qui fait la preuve d'une mort imminente et qui en rit.

Il n'y a rien d'essentiel à quoi je n'ai aspiré, si ce n'est à détracer, à délimiter un territoire entre le dictionnaire et l'épitaphe.