Au jour le jour 496

Il est rare que l’intelligence prenne le visage d’un homme inconsolable qui va voir une femme pour s’entretenir des marchandises du ciel des conforts de l’enfer je tiens ces propos de l'un de mes oncles castagneur pleureur adorateur de mauvais genres qui lui s’appuie sur l’idée transmise par un de mes aïeuls qui disait qu’un mauvais mariage vaut mieux qu’un célibat de maquignon j’ai gardé me suis gargarisé de la brutalité de ces bons sentiments avec leurs aspects rustres leur altérité mes actions sont aujourd’hui à mes paroles ce qu’est l’échafaudage à un à pic j’ai beau encore tenter de rester un adolescent qui s’acharne à vouloir se planquer des hommes j’en reviens toujours à ces putains d’économies de relief et d’importance comme je ne mens pas je suis toujours pris en défaut de belle compagnie celles des mots que ma famille toute entière s’exerce encore.

Turbulence des viscères
Refermé sur ma soûlographie
J’interroge
Tout ce qui me tient lieu d’erreur
Palimpseste et palindrome
Bluffeur
Que la raison altère
Et qui à ses heures
Fait broncher son masculin
Voilà la pluie
La ville
L’ennui
Les malades qui tournent la tête
Quelque chose d’éternel
Comme une facile enfance
Sous les lampes posées
Au-delà des barricades
Où tireur isolé
Je décochais des flèches
Sur des filles aveugles
Aux paumes rougies par le froid
J’attends qu’on me bâillonne
Et me coupe la tête.

Au retour
Visible
Sans apparat
Éboulée
Gisant au fond de mes os
Ta face retournée
Massive
Et toute cette présence
Qui accroît mes tremblements
Quand au bas des pages
La matière même du mourir
N’a plus de sens.

Signes de ces nuits sous un auvent inquiétant de clartés mortes une femme dans un recoin qui a pris un billet pour des théâtres d’ombre un chien roux frénétique un éclat de voix sérieuse celle d’un départ un livre ouvert traitant de la façon de voir les choses en oblique une bouteille de vin une grenade une serviette humide peut être un suaire étendu par des mains sales puis grandissant s’alourdissant prenant le dessus sur tous les visages sur toutes les images sur tous les objets la forme même de son détachement forme insupportable sur un plan incliné d’où s’en vont les souvenirs l’amour atteint cette aimée aussi malade de son pouvoir qui s’avance qui vient à moi elle a des atouts des prétextes dangers immédiats les bonnes cartes lui sont adressées tout le poids de ses armes et de ma solitude ne sont plus que charge et décharge je veux fermer les yeux j’attends de son tribunal qu’il me condamne dans la minute…

Elle dit la vie en miniature n’a pas de saveur mettre ses chaussures à talons haut se froufrouter marcher dans la ville cossue de son poids d’alertes nécessités boire un café sans sucre aux terrasses inondées de soleil tenir la main d’un autre que moi ne se soucier que du peu être légère court vêtue suçotteries aux oreilles des empanachés des empaffés du verbe considérable voilà à quoi elle était dévolue elle dit aussi que la vie à elle seule peut être un miroir placé dans une poche où l’on se regarde mourir dans l’attente du mourir mais qu’a-t-elle retenu de nos immenses joies de nos courses sous les peupliers le long des routes à brouillard de nos hauts plaisirs de nos commisérations du palmarès de nos états d’enfance de ces matins aux conciliabules comme des cervelets d’oiseau mouche de nos départs pour des noces ardentes de nos mots de la lourdeur de nos corps après des encablures dans un lit d’hôtel à mille balles la nuitée des hosannas qui nous coulaient en bouche sont encore en moi des notes des chiffres des phrases et des clés comme un jour de remise de prix…

Les pinceaux sont coquets
Et dans les pharmacies
Les filles sorties d’un lit de camp
Ont en mémoire
Les nappes roides aux belles tailles
Quand à leurs yeux
Elles portaient les crayons d’ocre et d’or
Pour qu’on les voit pleurer
Adroitement
Comme si elles sortaient d’un bureau
Après l’engueulade
D’un odieux chef
Avec d’autres que nous
Elles se mettent
Elles ont dans le regard
De la gourmandise
Celles des boulangères
Pleines de grâce et d’esprit
Ces mêmes feront l’amour glorieusement
Comme lorsque après la pluie
On marche sur des feuilles rouges et humides
Et qu’il nous vient aux joues
Des rougeurs de perdreau…


Aux ordres d’un jour où la levée de mes tristesses s’effectue comme une armée sortie de sa torpeur après avoir mis à sac son campement et la campagne elle apparaît encore elle est debout dans les ornières sa voix s’est chargée de l’identité de cette autre qui dormait près de moi telle une enfant aux cheveux blonds qui harangua la mer pour la faire frissonner elle s’est assoupie dans une enfance aux noces de pierres et d’ors joueuse nourrie des pataphysiques des esprits qui touchent à la faculté du surnaturel de la crécelle et du tambourin bien que ses yeux pèsent deux années de colères de silences elle est terrible dans ses aiguisements dans ses dédains par toutes les logiques de ses pores et de sa chair en pain de miel auquel je n’étais mêlé que dans mes beuveries j’y vois encore ici cette affamée de moi qui changeait ma terreur de vivre en simple retardement me reste malgré tout la peur immense de cet inélégant qui marche vers un trône ou vers un crime qu’il serrera contre sa poitrine…



Tous les vides sont verticaux, un vide horizontal contient la mort de cette pensée qui a prôné un rapt ou un ravissement.

Le vent sépare le vent
Et la lumière bue
Est une invasion sonore
Avec des insectes dans les croches
Comme des plaisirs de poudre
Si vous allez à une autre absence
Avec votre regard à terre
Notre intérêt
N’est plus que dans la sourde maladie
Qui va d’une oreille à la taie
Avec vos plaies et vos orages
Vous n’avez plus de révérence à taire
Rien de majestueux à offrir
Vous êtes petite petitement
Mais nous allons crever de nos paroles
Dans la crêpe et les chiffonneries
Dans nos cheveux gras
Nous sommes de terribles rébus
Inscrits sur le ventre
Des paresseux de l’existence…

A cette grande personne
Qui est moi quand j’existe
Qui avance moins encombrée
Qu’une eau contenue
Dans les labours boueux
Il est donné de dire
Les philtres de l’obier
De l’écorce séchée
Tout ce qui est de l’ordre
Du premier bal
Quand les danseurs
Avec leurs fifrelins leurs balles
Leur froc et leur revolver
Amenaient de la musique
Pour être libres d’un duel
Qu’ils commettront
Avec des monstres
Aux sanglantes illusions
Moi dormeur représenté
Avec mon masque
Mes galéjades et mes galons
J’apporte des poissons
À ma bien aimée
Qui ont des ailerons bleus
Comme des claquements de feu...

Amassez dans le cœur
Les délices
L’ignoble position du dormeur
Du tireur caché
Celui qui va sur une seule jambe
Fait sortir le loup du bois
Et une carpette de l’étang
Ne lui tendez pas la main
Il pourrait se redresser
Marcher sur vos paupières
Salir vos pupitres
Et votre curiosité aurait
Une tête d’épingle
Avec des yeux mous
Des dents bourgeonnantes
Descellées
Amassez dans votre tête
Les petits ventricules
Les danses étourdissantes
Les valets venus des Balkans
Les bêtes chaotiques
Avec des balafres et des traces de bâtons
A leur encolure
Puis avec cette intelligence
Endormez vous à l’homme
Vous rajeunirez de trente ans…

A présent à chaque obstacle
L’homme aux pendeloques de bronze
A des attaques
Des pics à glace le percent
C’est un équilibriste
Un danseur qui n’a plus de piste
Avec du feu et ses entrechats
Il charrie un public
Qui est dans la gêne
Des enfants laissés
En quinconce à la traîne
Pour faire le compte des présences
Il veut que rien
N’apparaisse plus sur les visages
Puis à la lecture de tous les nerfs
Il passe entre les écluses
Celles qui font un bruit d’eau
Un tintamarre de ferraille
Là avec sa remorque
Il emmène chacun
Vers le mal de bien aimer…


La dévastation des mots n’est pas du ressort de mes brutalités, j’ai borné mes phrases et mes sentences pour une paix digne d’un pays de palmes qu’un vent brutal ouvre au prodigieux silence d’un astre mûrissant, j’en veux pour cela de regarder les jeux infects et crépitants de cette voltige à deux, quand les mains vont céder et que l’un des amants va s’écraser contre les maudits souvenirs de cette quarantaine où il le fut, et d’où il n’a su s’extraire qu’à la faveur de lois qui donnent aux lèvres le prurit d’un blasphème ou d’une rédemption, dur comme l’anthracite de ces chevelures mal peignées, fagotées par des doigts gourds, aux lumières auburniennes d’une nuit où les nœuds sont de racines, là se ravigotent les vipères, c’est là aussi ,dans de lieu humide, que je me dis vouloir dormir dans le froid silence de l’attente et de l’effroi.


Les automates ont beau se lever tôt pour aller cueillir des fougères, danser nus sur la paille et les éteules, se vêtir comme des renards avec leur rousse houppelande, ils n’ont aucun diamant noir à leur front, et c’est le culte de la crédulité qui les rend sots aux premières secousses et semonces de la diane. J’en veux à leur cadran vagissant comme des graines de chapelet, d’ébruiter d’infâmes sons qui vont aux chastes oreilles, et à leurs prières après qu’ils se soient corrompus dans de abattements, j’en veux aussi à cet éternel signal qu’ils délivrent pour donner à croire qu’ils sont croyants, comme s’ils revenaient d’entre les cratères brûlants, où des vieillards et des évangélistes ,des ascètes morfleurs de solitude se morcellent dans des gloires dérisoires, je leur dis alors le bleu de ma paresse à les entendre, le jaune de mes réels désespoirs, le vert liquide de mes carnages, et vais dormir chez une belle dans un grand lit sans oreiller.

Ponant comme au milieu de mille chevaux en colère, avec leur encolure d’arbres morts demeurés dans la carriole que personne ne tirera, ponant sale où je tressaille dans le pire des conciliabules de celle qui dit qu’il faut que je m’astreigne à ne plus monter des bêtes qui font en somme que je ne les alourdisse pas, elle voudrait que je m’enfouisse dans le ventre de celle qui cachait le cirque de ses malséances quand je n’avais qu’un seul licol pour la brider, c’est en cela que le mal me prit, tous les bâts sont blessants et pénètrent la chair jusqu’aux entrailles, et mourir à petites doses ça vaut de s’enfoncer un long tube d’acier brûlant dans la gorge, c’est à ce moment là ,aussi que les jambes se cabrent, deviennent cagneuses, que la tête n’est plus examinée par personne, puis ce sont des chapes qui recouvrent tout, dès lors on devient un lieu qui grouille d’insectes flamboyants et qui nous ramènent à la poussière …

Pour peu que la vie vienne mépriser ma foi, et je m’endormirai comme un académicien dans un fauteuil qu’un noir commandant lui a légué à son élection, celui là même qui ordonna à ses troupes d’ouvrir le poitrail de leurs chevaux pour ne pas crever de froid, celui qui descend des pelotons du ciel pour les éveiller à des succubes ravagées d’ennui et qui livrent à leurs yeux moribonds des abominations de mots et de gels, ainsi que cette part lunaire de toutes les femmes qui eurent peur de nos ivrogneries, de nos indéfendables pourritures d’âme ;de cela je ne me défendrai pas. Ils ont pourtant le gosier sec tous ces crevards, la guerre ne leur fut pas désinvolte, ils s’enfuient du monde dans une étrange coutume, elle ne les mettra pas sur la piste d’une divinité qui aurait le beau visage des absentes, et dans ces fenêtres, dans ces ovales que sont leurs yeux, on voit un pâtre qui regarde la montagne où se couche un soleil blanchâtre et expirant.