Au jour le jour 487

De naissance j’ai été immédiat, et n’ai rien pu contempler qui n’ait été incurable de ses soudaines commisérations.

Il est des jours où l’existence est compréhension, ces jours là il me semble qu’incoupable, je pourrais faire le plus ignoble des actes et poser mon front sur un caveau, sans qu’aucune convulsion ne me secoue ni ne m’abaisse.

 
Nulle part ailleurs que dans la maladie le chemin vers Dieu n’est grevé de paradoxes et d’audaces.

Dévoreur de larmes, il me semble qu’un Saturne plus intime que mes dérélictions, rend instinctifs mes penchants pour l’horreur tout en s’y annelant.

Embarrassé par la primauté et le perfection des mots, je cherche dans mes silences à interrompre ma participation à leur ascendance, et les sous multiplie pour d’indéfendables théories.

Épuisé et sans asile, mes errements me mènent malgré tout dans la désinvolture.

Dans mes fièvres, ma transparence prend la forme d’une détermination, condition essentielle pour être dans l’actualité du dire, dans la fanfaronnade d’un dynamisme organique.

Premier degré de la monotonie, un phénoménal mouvement de retrait, un ancrage dans les proximités des solitudes diaphanes.

La nature en quête d’un sens à ses occupations a mis l’homme dans ses temporalités et s’est contrainte à en accepter tous les inconforts.

Tout pèse, intérieur et extérieur, et plus je tremble, plus je touche à l’expérience de ce portefaix que l’excès de viatiques empêche de dérouler son pas.

J’aurais consacré une partie de mon existence aux inerties épuisantes, que ma vitalité mettait à l’abri de tous les regards.

On localise mieux les hommes dans la douleur.

Ma vacance est la vision d’un monde assujetti, et pour n’y pas participer, je cherche dans le vague d’écœurantes occupations, trouver la juste impasse, la juste dérobade.

C’est par excès autant que par défaut, que toutes mes soustractions ne furent que fausses dépenses et fausses hémorragies.

En matière d’homme qu’ai-je à apprendre de l’homme, qu’ai-je encore à chercher qui ne le dégrise de ses affolements, de ses invocations nauséeuses ?

Désert de sens et de sensations, de sentiments aussi, et dans ce mécanisme, je tente de calmer ma misère, en sarclant tout ce que j’ai arraché à des misères plus ancestrales.

Rien de sérieux dans la forme accoutumée du regret, si ce n’est cette obligation de le satisfaire avec les yeux humides..

Je retiens de la musique que je me romps en elle comme sous l’œil d’une déité muette qui m’observe sans m’accorder de souffle et de reconnaissance.

Plus vite j’arrive à mes fins, plus vite je m’en arrange.

Évoluer, amputé de toutes ses histoires, vers les néants vides de nos éternités douteuses.

Si j’avais eu la force de me conduire en homme, vers où me serais-je conduit ?

Mes mobiles sont d’exister, j’explique ainsi mon impuissance à en finir.

C’est dans une cour de cassation que je finirai, ayant pris la précaution d’y venir en damné.

Peut-être ai-je connu trop tôt les extases du corps, et n’y ai pas introduit l’amour inexpliqué ?

Que puis-je faire d’autre que d’être moyen, si petitement moyen !

De la peine il en arrive toujours par là où je suis inoccupé.

J’ai fanfaronné dans toutes ces couillonnades où la merveille d’aimer était aussi ennuyeuse que les fictions où je me réfugiais pour en imposer à l’amour.

Lorsque je me remplis d’être, je crois rayonner pathologiquement ;cette insane lucidité m’écœure autant que si je reniais mes propos et mes actes.

Défaillant dans cette morne curiosité qui me pousse dans l’entreprise ou dans l’ennui, je commets parfois de la verticalité, vague posture pressentie pour douter efficacement.

Derniers soubresauts de l’histoire, elle se penche sur les tares des élus, pour nous montrer combien ils sont vains et accessoires, et combien ils sont nôtres.

Dans cette thérapie de la discrétion, j’ai été un onaniste manchot, un cul de jatte verbeux, un borgne, tous s’exerçant à s’exténuer.

Dans cette extrême tiédeur où j’exagère mes sentiments, je me vois en sicaire exténué, qui rajoute à ses crimes la foutrerie des mots.

L’homme a l’excuse trop praticable.

Je suis un valet converti à l’apathie pour n’avoir pas à servir des maîtres aux convictions ontologiques.

Tout ce que j’ai honoré a gardé sa part d’homme et m’a décidé à être.

Sans nouvelle d’un ami ancien, il me ferait fondre en larmes s’il revenait transi d’une même déception que moi, auréolé d’une même souffrance et d’une même pénitence.

Sous la pression de mots, me voilà obligé à des surimpressions, où j’adhère à la bande, où je colle à la marge et à l’impertinence.

Ma solitude est le cœur de mon naufrage, de celui que j’ajoute à toutes mes cosmogonies ,mes équivoques de plaisirs, de plaintes et de prières.

Je ne suis sûr de rien, et j’oublie jusqu’à ces instants, où dans un rare bonheur d’identité, je me suis mis en accord avec celui des hommes, avec celui d’être dans le regard d’une femme vouée aux évidences.

Je ne sais plus comment embraser cette existence où le sang est amer et dans tous ses états.

Ma vitalité vaut mon épuisement, tous deux s’équilibrent dans l’abjecte objectivité d’une anémie subjective.

La réalité rend discordants mes saluts, et mes gestes en déambulation attestent de ma réelle cruauté, de son réel élan de séduction.

Lorsque les conséquences de mes actes m’établissent dans l’obligation du respect à la vie, j’ai la sensation d’avoir été mordu par un serpent, et que mon cerveau entier s’abstrait de ces lésions.

Plus je remplis mon verre, plus je cherche à atteindre dans mes ébriétés de convulsions, un dieu malade de ses éternités et qui vomit sur mes mysticismes.Tout ce qu’on peut nommer ne devrait s’épandre que pour de la maladie.

Je falsifie tous les univers pour n’avoir pas à trouver de lieux où me planquer.

Tout ce qui est, est usé d’être.

Barbarie d’exister dans cette haute torpeur où je pressens des fins sans élan, des détonations sans revolver.

Tant me reviennent toutes mes stérilités que je ne sais plus où m’accomplir sans sacrifier à ma vraie nature, misanthropie et erratisme.

Il y a dans toute lucidité un délice inaltérable qui confine à l’épreuve ou à l’hystérie.

Trop de larmes m’ont rendu inintelligibles les objets sans clé, représentation subtile des palliatifs de mon existence, et que j’affronte du regard pour leur rendre leur singulière violence.

J’avance ennuyé et ennuyeux dans un monde sans contenu, où mon devoir est de m’y défigurer dans la position d’un méditatif qui n’a pas eu de malheur décent.

Parfois le vide prend le visage d’une femme furieuse de nous avoir imaginé autrement contrefait.

Il m’arrive parfois dans l’idée que si je n’avais rien été je n’aurais eu d’intérêt qu’en naissant.

J’ai toujours cru que le monde était en apparence d’être, et que ma particularité d’homme lui conférait l’air d’un éternel teigneux.

Tout ce que j’ai voulu savoir sur l’autre, je l’ai d’abord nuancé en moi, pour mieux me dispenser d’avoir à le considérer ailleurs.

Je rêve de me convertir en apparence et en rumeur, et de réfléchir sur tous les prétextes d’être.

En danger dans un corps où culmine l’éternité d’être une restitution à l’éternité, je cherche à percer dans mes néants des portes qui donneront sur la plus absolue des tristesses.

Dans la diversité des caractères, le mien m’apparaît comme une liquidité sans glandes, une parade dans les commencements.

Carrefour des sentiments ;de quelle sombre portée achalandée à ma droite, jaillissent ces femmes sans rayonnement, et qui me distraient de toutes mes impuissances ?

Rester rudimentaire, devenir rudimenteur !

Dussé-je me prolonger jusqu’au siècle, m’infliger encore quelques décennies, je ne trouverai pas de remède à mes effarements, à ce dilettantisme primesautier, qui tiennent du délice de l’abstinence et de la boulimie à le montrer.

A tant fréquenter les hommes je suis devenu gravement ennuyeux.

Dans cette solitude où je m’enorgueillis d’une cécité, ma santé atteint à l’inutile, et mon corps tout entier dans cette vitalité sans motif se prend à rêver de somnifères.  J’ai tenu l’ennui pour une idéologie proche d’un apogée et j’en suis resté là.

Dans tous les propos que j’ai tenu sur l’amour ,il y avait de la momie et des fadaises sur son entretien.

J’ai suffisamment été insincère pour n’avoir pas aujourd’hui à édulcorer toutes les biologies qui me poussaient dans l’amour.

Quoique je fasse, je le fais dans la lucidité du lieu commun, et j’en vomis.

Je n’ai aucun prétexte pour espérer, et si je le fais, c’est uniquement pour me jeter dans les irrésolutions.

Heureux celui qui fait dans la fulgurance et ne se rapproche de Dieu qu’en contestataire.

Mes faillites sont nourricières, autant dire que je ne suis rompu que par du détachement et de la métaphore.

Réfléchir à ce vide que la conscience érige en mausolée ou en caveau.

Considérant que l’existence est une des formes les plus parfaites du néant, pourquoi chercherais je à en guérir en y renonçant ?

Je suis comme ce rat pris dans des rets à portée des griffes d’un lion, et qui pour s’en défiler bouffe sa propre chair.


Rendre tout inachevable !

Peut-on sans se défier pousser l’homme dans une honnêteté, sans s’y ruiner par de la privation ?

Partout le réel est si venimeux et si extérieur, qu’on dirait que des esprits haineux m’incitent à en frémir.

J’ai trouvé dans la mélancolie une retraite pour y dorer ma nonchalance, un asile ou rouir les astres de tous mes théâtres extérieurs.

Où que je mette ma vue, de la froideur, et un infini d’octroi et d’abandon.

Émoussé et ne pouvant plus me fixer en idées, je reste un individu sans nom, qui engendre de l’amoindrissement et ne sait plus où se rafraîchir.

La matière même de tous mes dégoûts fleurit dans l’homme, dans ses enfers égayés par l’ignorance d’un éden de sensations..

Ma mémoire est une métropole sans lumière où tous les esprits besogneux s’endorment dans l’idée d’une tendresse humide, dans les friches de toutes leurs régences, de tous leurs jardins putréfiés.

Affligé par toutes les réconciliations sans profondeur, qu’ai-je à attendre des filles instinctives, qui ne se porte ni vers le ciel, ni vers leur hygiénique tendresse ?

Toutes les questions m’emmerdent, et celles qui m’emmerdent le plus tournent autour de l’âpreté du sentiment, autour des non-sens de l’amour voulu pour se racheter des magnanimités mal digérées.

Ma rancœur est un écoulement qui s’ourle de la stupeur de vivre.

Dans l’amour le corps est une imposture, le temple des lourdeurs, et l’âme une effluve qui s’applique à la lame et à la larme.

Je ne considère rien auquel j’ai du obéir, et que j’ai aussitôt dénié par le désastre du faire.

Dans les déserts du sens, ma neutralité est plus réelle que les idoles qui s’en désolent.

J’ai le goût douteux du disparaître, et celui agrandi de rester dans l’effroi d’un funèbre devenir.

Dans la solitude j’ai cherché à vénérer un dieu indifférent à cette même solitude.

Là où je me rejoins, tous les nœuds de ma condition coïncident à des accidents, à l’expression de la douleur de cette conscience d’être, et de singe exténué.

J’aurais renoncé à tout ce qui aurait pu faire mon bonheur, un bonheur d’effusion et d’instinct, pour une croisade vers les paradis de la pulsation, et ceux des lentes exaltations qui dérivent d’une extrême lassitude, éternelle et sans but.

Je me retirerai de l’existence comme du bas ventre d’une femme haïssable, tant elle aura parfumé ma ténèbre d’essences excrémentielles.

Il existe en moi un Job pulvérisé que l’excès d’endurance pousse dans le messianisme et la théocratie.

Tous mes actes sont le positif d’une défaite anticipée.

L’amour tient de l’impression, procédé émulsif de toutes les correspondances de l’esprit, quand il s’est doublé d’un combattant et d’un lâche, tous deux saisis du pressentiment d’une indétermination, du vague, du lourd, du lent, du lent, du lent et de la nécrose.

Ma douleur est du chapitre des attablements pour une cène sans apparition et sans partage.

Dans l’amour comme dans la souffrance, le désordre est la seule dimension qui vaille la peine qu’on le quantifie ou le sanctifie.

Ma soif d’illusions vaut ma soif d’illusoire .

Il y a des solitudes que l’on bâtit pour que tout y apparaisse ultime, ces solitudes tiennent de l’insularité et du précipice.

Ma vie aura été un agrément, sentiment céleste que rien ne devait y flamber, que rien ne devait s’en détacher, sinon une sensation d’indolence, donc d’insolence.

Dans la position d’un insurmené,je regarde les êtres comme des animaux sauvés du déluge, et qui s’ouvrent aux infinis de la condition humaine en rêvant.

La chair bourdonne d’affectivité, et nous séduit tant, que nous oublions à quelle éternelle absence elle nous convie par ses pâleurs.

Les idées sont des couleurs irréductibles, et plus elles éclatent, plus nos dégénérescences attestent des profusions dans lesquelles elles se dissolvent.

Dieu est le seul moyen que j’ai de transformer mes détachements en liaisons, et mes liaisons en déambulation.

Le suicide est le dernier stade de cette désolation où tout est si vague, que la monotonie même apparaît comme le degré ultime d’une insane volupté.
 
Chaque fois que je rencontre la fatigue, il me semble qu’attaqués au centre de leur décharge, mes os ne sont qu’un mélange douteux de lourdeur et d’infini, émanant des douleurs muettes où s’altèrent mes légèretés.

Quoi que je fasse ,j’y mets ma vue de la bière et du caveau.

Il y a des vies qui évoquent ces sombres sonates jetées dans des boudoirs, et d’autres, des hymnes funèbres sur des places de marché.

On rentre trop tardivement en soi.

Ma vie n’aura été qu’un vide d’afflictions et de contraintes.

Je distingue de l’absence ce mélange de frissons et de désolation, où mes verticalités s’éclaboussent de douleur et de frémissement.

Nous sommes tous des optimistes dans lesquels ont filtré de la vitalité et du souci.

L’amour est la clef de voûte de toutes les existences dégénérées par l’ennui.

Je rêve d’une neutralité viscérale dénouée de tous mes désaccords.
 
J’ai peur que terrifié par l’ennui, je ne finisse ma vie dans l’excès d’une misanthropie, où je punirai tout être qui ne se serait pas hypertrophié dans cette même déchéance.

Mes souvenirs s’éthèrent dans l’embrasement de ces nuits ou la lucidité me fait entrevoir ce qu’il y a de carrière dans une femme étendue et de crayeux sur son visage.

Mes agitations, des pulsations à la marche ,sont de curieux gestes apurés d’hostilité, et qui supportent mal l’oscillation d’un monde épris d’épreuves.

Dans ces heures où le repos est un intérieur incomplet et impalpable, mon sang exprime les promiscuités de tous les éléments qui m’affectent et m’obligent aux basses expériences de l’existence.

Quand je n’ai plus d’ennui ,je consomme de la religion, cette pénible remontée vers l’homme, sur des Golgothas dessinés entre les calvaires bleuis par les hostilités.

Mes agacements commencent par toutes les affections que j’aimerais porter vers les autres, et finissent dans la forme évoluée qui se détache de moi par l’excès des accords et des efforts consentis.

De tous les mondes colorés que je conçois dans mes rêveries, je retiens le nôtre pour la somme des pleurs qu’il m’oblige à verser dans la poussière des routes qui m’y mènent sans qu’elle se déverse dans mon sang.