Au jour le jour 459

La chimie même des mots est de l’ordre de l’urée, du déchet, de l’ordure, et si nous en usons tant, c’est parce qu’à défaut d’en être affectés, notre équilibre passe par nos propos et non par notre silence.


Dégringolade de l’esprit, voici que le mot s’arrange autant pour nous enquiquiner que pour nous divertir.


Dans cette perpétuelle grogne où je ne génère que du superlatif, parfois la sensation d’être est en connivence avec l’homme ;et puis la honte de m’en être aperçu.

Civilisation d’œuvrants que la verve a réduit à la misère d’étaler.

Vivre, c’est mal se fréquenter.

L’homme, une variation entre une faillite et l’excuse.

Triompher de quoi que ce soit me paraît suspect, je préférerais entrer dans l’histoire par l’imposture de ne rien avoir réussi.
Sceptique, mais dans le pire et non l’à peu près.

Combien j’aimerais ne générer que de la substance haïssable.

Tout ce qui m’attend est fichu d’avance, je ris encore et pourtant, flatté d’être vain avec perspicacité.


Spermatozoïde, mot profond et vain pour dire foutre.

Mes agitations, des pulsations à la marche ,sont de curieux gestes apurés d’hostilité, et qui supportent mal l’oscillation d’un monde épris d’épreuves.


Dans ces heures où le repos est un intérieur incomplet et impalpable, mon sang exprime les promiscuités de tous les éléments qui m’affectent et m’obligent aux basses expériences de l’existence.


Quand je n’ai plus d’ennui ,je consomme de la religion, cette pénible remontée vers l’homme, sur des Golgothas dessinés entre les calvaires bleuis par les hostilités.


Mes agacements commencent par toutes les affections que j’aimerais porter vers les autres, et finissent dans la forme évoluée qui se détache de moi par l’excès des accords et des efforts consentis.


De tous les mondes colorés que je conçois dans mes rêveries, je retiens le nôtre pour la somme des pleurs qu’il m’oblige à verser dans la poussière des routes qui m’y mènent sans qu’elle se déverse dans mon sang.


Mes mouvements sont des ostentations de désespéré, qu’une douleur sans fond pousse vers les remparts et les rambardes.

Tout ce qui est, s’abîme dans la méconnaissance de nos dilutions.


Au large de toutes mes nostalgies, j’erre en désolé, comme si je n’avais aucun indice pour me mettre sur la piste des veilles où je défeuilllais mes paniques.


Invasion d’un temps qui pèse dans mon corps, j’ai le sentiment qu’une substance abjecte me détourne de la bienveillance, et que ma sécurité cache une omniprésence de l’ennui.


Quand le ciel s’épaissit, et qu’à la lecture des nuages je devine les invasions de la pluie, je pose mon front contre la vitre, et tel un gisant, je ne pense à rien qui ne soit à égale distance de Dieu et de la mort.


Parfois des heures durant, je contrains ma conscience à s’établir dans un passé immédiat, où toute altérité traduisait l’incessant questionnement sur l’être et sur l’oubli.


Dans la fatigue je suis saisi d’une vigueur abstraite, soustraite au corps et qui multiplie mes soustractions d’âme.


Lorsque tout me devient semblable, je cherche à piétiner cet être qui ne supporte plus mes façons d’espiègle.


Mes ivresses sont douloureuses, je m’y débats dans trop de moi, et tel un singe exténué, je m’agrippe aux barreaux en y usant mes gencives.


Le hasard est la collaboration entre ce que nous nommons un désir originel et un aujourd’hui scellé de pactes.


La solitude nous fait idéalement penseur ou pausé.


Il y a des jours où je ne distingue pas la douleur organique de la douleur cérébrale ;toute émotion est une sanie de cette chair immobile et affectée, et toute affection la preuve d’une invalidante déliquescence ;et quel charme particulier, voluptueux en émane, comme si je marchais sous un soleil automnal dans les allées blanchies d’un cimetière.

L’ amour est la sensation d’un corps justifié, le nôtre, et nous y côtoyons l’ange et le démon, dans les transes brutales d’un cœur vierge de sa matière primaire.

Quel qu’ait été mon emplacement, entre la passion et cette humeur nourrie des pornographies de la parole, j’ai cherché dans ce mélange à ne rien compromettre qui ne fût l’expression de leurs insupportables nuances.

Comme tout est incertitude, vers quelle forme d’intérêt organique pouvons nous tourner nos êtres, et qui ne rencontre pas la faiblesse des mécanismes de la matière ?

Parfois je me sens plus poche d’un sicaire que d’un curé, Dieu a-t-il mis de la grandeur dans l’un et de l’ennui dans l’autre, ou s’est –il rapproché de chacun pour une étrenne ou une éternité ?

Nous nous agitons tant et tant comme des insectes douloureux sur une charogne, aveugles et implacables, jusqu’à souiller chaque pli, chaque ossature que la terre réclame comme une obole à ses transparences.


Et plus nous avançons dans l'âge abject qui danse, plus l’accommodement n'est plus paternité, les paquets transparents sont tonnes de massifs, et l'air même est mêlé à tous nos subjonctifs, ceux qui font haut le  verbe, et blanche l'amertume de n'avoir su le mot en sa gangue de deuil, et comme toute créature est galeuse et sans nom, mon travail est mal fait et j'irai en prison .

Le langage se construit entre quelque chose comme le corde et l’échafaud.

Que sont les lois du genre quand le genre est malsain?

Atypique par ce langage dont j’ai été le jouet, je ne veux plus me plier à ses absolutismes sans en avoir éprouvé la logique et le bien fondé.

De sorte que n’ayant plus de sujets à aborder, je me noie dans le contenu de cet abandon.

Je ne prétends à rien d’autre que de vivre en le sachant.

Nous sommes tous des incidents techniques dans le grand exercice de l’univers.

Tout ce qui est mis en œuvre m’écœure, et son fondement même m’apparaît comme la trace suspecte que veut laisser l’homme comme après avoir reçu une correction.


La fondation même de l’être se confond avec la suffisance d’un dieu qui a traité la matière avec l’inattention d’un infatué.

Toutes les transitions avec leurs couches délitées m’apparaissent comme une limite à mes dérangements.

L’ennui est un enseignement voluptueux, on dirait un baiser de la mort sur la joue du renoncement…

Je resterai cet intenté des évidences, et plus elles me crèveront les yeux, plus je m’en approcherai…

L’éros malade de tant m’avoir agité se penche aujourd’hui sur mes éteignoirs…

Il en est des troubles comme il en est des parfums, certains vous donnent l’illusion d’un émoi décousu ,d’autres celle d’une vampirisation par les extrêmes…

Mon corps dans l’ancienne rigueur qui m’avait rendu distinct, cherche aujourd’hui à préserver le sentiment d’un dieu rompu aux exercices de la goutte…

Lentement, et m’éloignant de tout, il me vient à l’esprit que si je n’exagérais pas ce renoncement, je ferais de ma mélancolie un lieu perdu dans le songe et non dans le sang…

Etre un homme de métier c’est bien assez comme suffisance…

Combien j’ai ravalé de suicides parce que j’ai été de ce côté ci de ceux-ci…

Peut être qu’être ne tient t-il que du hasard et de l’infortune ?

Etre bas par la curiosité et haut par le mécontentement qu’elle dévoile aussitôt…

En dehors de toutes les formes de désespoir qui mettent mes réflexions juste sous mes vérités, il y a assez de place pour la musique qui ne me sépare ni de l’une ni de l’autre…

La lucidité est une incarnation de la mort, combien j’aurais aimé naître idiot, et étonné par cette outrance rester vivant…

J’ai trop pris goût à l’insulte, ma langue trouve sa faiblesse dans cet accomplissement…

Si nous croyons tant côtoyer la mort dans l’orgasme, c’est par ce qu’il est le seul élan qui ne conduise pas à l’imposture du dommage…

Les évidences ne paraissent pas, mais se multiplient…

A défaut d’être, et mon Dieu quelle prétention contentons nous de vouloir être, c’est bien assez comme suffisance…

Combien j’exècre la méthode, et cette cabotinerie vaut bien ma sotte condescendance pour ceux qui en usent…

C’est croire qui est la forme la plus accusée de nos détournements…

De ma tristesse j’ai tiré des thèmes pour bricoler dans l’humain et l’asphyxie.

Rien n’a pu me raccrocher à la lucidité et mon cauchemar tient autant à cet intellect confondu à de la supercherie, que de mes recréations.

Vivre serait raisonnable si nous raisonnions.

Je me rachèterai de l’illusion de dormir par mes corrections et mon refus du bricolage.

Ce qui me revient de droit s’émiette sur des terrains vagues où d’autres s’exercent au crachat.

Vivre c’est se ramollir d’énigmatiques rêveries.

Rien qui ne m’ait concerné et qui n’ait sollicité de la raison ou du surnaturel.

Conscient de tous ces vides érigés en absences, ma stupeur naît de ce savoir et de ma verticalité.

Crétin que la science dépassionne, quel autre pouvoir pourra me dispenser une dépression à ma mesure ?

Tout ce qui est définitif va à mes sentiments, j’y pense comme à ces instants où nous prenons de l’envergure, pour nous recommander de ce Dieu qui se serait égaré dans notre raison…

Nostalgie d’un disciple pris dans le malaise parce qu’il a trahi pour une gonflette qui ne l’a pas convaincu !

Finir dans un tel dérèglement que même le fossoyeur ne nous reconnaîtra pas !

Je m’émousse dans la vie avec ses corrections et conventions, quant au simulacre du faire, qu’il reste ce qu’il est, une sous multiplication de l’être et rien d’autre…

L’esprit traîne en lui quelques vérités dont nous abusons pour nous donner à croire au mirage de l’intellect…

Toutes les décisions que j’ai prises m’ont mené dans l’égarement et l’ignorance…

Je suis pour tous les contres avec leurs répétitions, contre tous les pours avec leurs malfaçons…