Au jour le jour - 5

Proses 1975 - 2005


Sauvez moi de l’amour
De ses pédagogies
Des puretés extrêmes
Sans choix sans équivoque
Laissez moi amer
Aux lieux de ma jeunesse
Y dérouler l’horreur
De toutes les rencontrées
Laissez moi me noyer
Dans mes hémorragies
Me vider les entrailles
Indifférent aux nuits
Qu’aucune escale
Ne me vienne
Pas de conciliation
Et dans cette misère
Qui remue encore
Comme une boucherie d’éternités
Je me veux tel ce croyant
Qui vomit
Dans les offices.

Avec ta vertu
Ta décence
Ta voracité monstrueuse
Ton intouchable jeunesse
Ta méthode et tes réserves
Clandestine sur les barricades
Mon attablée
Ma cariatide
Tu récoltes en ton sein
Ma révolte
Mes Bouddhas morts
Mon enfance
La porte de éternités
Sas bleui des vaines sexualités
Faut-il encore
Que je m’endorme
Pour te croiser ailleurs
Q’au lit de ivresses.


Nécessité liquide
Au ventre d’où s’éclaire
Le mal choisi d’aimer
Voici attribué
Un dieu méfiant qui rage
Qui roule de hivers
Des éclairs suscités
L’apprêt ludique d’une frange
Un ruban de cheveux
Et la face fermée
D’un chérubin absent
Doreur encanaillé
Moiré comme un bobard
La route qui s’étale
Prend le pas du farceur
Elle s’ourle
Elle va tourner
Elle revient vers ton lit
Où la liquide obole
Viendra amèrement
De ta prudence .

Comme elles se donnent les filles
Si c’est déjà demain
Belles absentes aguerries
Pour des épiphanies
Comme elles se donnent les filles
Invariables totems
Avec leurs lourds dessins
Qui disent des conquêtes
Comme elles se donnent les filles
Doseuses de naphtaline
D’éther d’éternité
Sans un égard pour être tues
Sous toutes les coutures
Sous tous les méridiens
Comme elles se donnent les filles
Recensées par ces autres
Qui les virent s’agrandir
Aux heures de chargement
De charme épouvantable
Dans les hauts sanctuaires
Comme elles se donnent les filles
Sans douter sans changer
Leurs nœuds et leurs ambages.

Au hasard que la paume
Amicale détend
Vois tout le paysage
Déchiré comme un fruit
Avec ses lourds labeurs
L’ocre des frondaisons
La saveur suscitée
Des liquides losanges
Arrêtés sous le ciel
Pour un travail choisi
Vois sur les quais
Où se chargent les hommes
L’acier le fer et le coton
Confondus dans l’effort
Et les halètements
Vois tout ce qu’on décide
Et qu’on ne connaît plus
Nommés avec les mains
Rapportés à la bouche
Puis tant bus par la mer
Que ta paume écarte.
 

Au feu du mariage
Maudite soit l’adressée
Celle qui vient
Avec son rouge élan
Son visage polaire
Attiser les chiens assis
Maudite soit
Celle qui passe
Entre les haies
La pesante
L’innommée
Avec son haut parage
Réponse d’un fruit intelligible
Maudite soit
L’apaisée
La convertie
De corps offerte
D’idées dissolue
Comme en insignes
Et que toutes
Avec leur poids
Leurs épaulettes
Ne m’appellent
Que pour m’endormir
A leur existence.