Aujour le jour 421

La vie vois tu est une langue verte,un jumelage, un fer de lance, la misère du bétail et du méteil en vrac, la vie vois tu c'est de l'avenir qu'on harasse, une gloire légère, la faconde d'un tricheur avec une voix de propane, le silence des flots, la vie vois tu est plus crochet,plus uppercut ,plus cannibale, c'est une arquebuse, un équilibre, quant à la foi, tu ne peux pas y penser proprement, sinon tu es déjà sali.

Rabougri, rabougré, rabougru,rabougro, rien à foutre de tous ces rats et qui sont immortels parce qu'ils passent par les interstices, qu'ils aillent d'ailleurs déboutonner leurs corsets ailleurs, celui qui est mien est à portée de mes sens.

Ô feuillage noircis, ô mémoire avec tes énergies ,ô miroir préféré et qui est sous le sable, ô pensées religieuses bruissant de beaux prénoms, ô courtisanes aux cheveux trop épais, ô solitudes saillantes extrêmes et sans limite, ô cieux proches du royaume ballotté de la vie, mon accouchée spectrale, ô éternités passées à boire le sang aux places vides à la largeur de mes épaules, et tous les uns contre les autres.

C'est vrai le dit le roi je vais le remettre à l'an droit et les saisons s'allongèrent ,et les jours tout autant se raccourcirent ,c'est cela qu'on appelle un calendrier et à qui doit on le mois de mars, le mois de juin, le mois d'avril, à Jupiter à Junon peut-être à Marie-Madeleine , j'en sais fichtrement rien et, j'en passe aller savoir pourquoi je vous dis tout cela.


.

Dans le violet de la violette est un lit de chansonnettes, l'une est appelé belette, et l'autre caravelle,ça se chante dans les cabarets, là où les carabins sont ivres avant d'avoir exécuté le parent pauvre au parlement du vent, comme la culotte de l'écureuil, puis vient l 'aquilon, et là chacun finit sans aide, dans l'accent sans frein ,sans trace d'une de geste.

Cerveau trempé

au bel acier qui nous roule

tout autant qu'il nous arrange

fourbi au délassement

quand le butor s'élève

dans les airs

il me revient en tête

cette fille avec ses yeux livides

j'ai beau lui livrer mes gestes

mes blessures

mes essoufflements

mes soubassements

mes cheveux restent hirsutes

mon front va de l'avant

il cogne contre les vitres

on dirait un visage neuf

dans la neige enchâssé

comme un chien d'arrêt

je vais je viens

je m'agite pour une Madeleine

qui m'atteignit

comme de la porcelaine.


Tel autre est advenue

à ma santé de glace

moi l'éternel absent

à sa place tenace

mais la bête en silence

blême et frigorifiée

comme le sont les galets

malingres ou têtes couronnées

je vous entends me dire

mais qu'allez-vous chercher

rien qu'un pansement un peu de fierté

là où elle me manque

lorsque je n 'en suis pas imprégné

Il faut qu'un ange passe

pour nous identifier

nous les bossus couillus ventrus

gens de bonnes espèces

laissez-moi à ma pauvreté

à ma tendresse et si je me tais

c'est pour mieux vous servir

vous les entrepreneurs

aux cervelles de squales.


Salut !

Tu vois bien que ton père est lui aussi un poète et que de sa maladie il fait un jeu de mots...comme tout bon poète. Je ne le connais pas mais dis lui que je le salue.

Je vais mieux depuis mon dernier mail.Tu sais, si parfois je plonge c'est pour mieux me régénérer. une manière de faire table rase et de lancer ma révolte intérieure. Dans ma tête ça fonctionne souvent comme une machine à laver. Quelques voyants au rouge et au vert qui clignotent à l'extérieur et le grand bouleversement c'est à l'intérieur.

En fait, ces derniers temps, mon spleen me fait sombrer le plus souvent lorsque je mesure à quel point, dans mon univers de travail, mes journées se déroulent pour faire le lit des autres "Au service de". C'est comme si mon travail se nourrissait de ce que j'ai de plus personnel et me laissait sec sans aucun moyen d'expression. En fait, je ne fais rien de créatif. Je ne fais que des choses "utiles". Je ne suis jamais dans le présent mais en perpétuelle projection vers demain. Je crois c'est cela qui me fais plonger parfois.

Aurais-je le courage de continuer jusqu'à la retraite comme cela ? 

Regarde, un micro exemple du temps volé par mon travail ou plutôt du temps que je lui abandonne lâchement. Hier je suis allé en Alsace pour le boulot. Sur le chemin (pressé comme d'habitude) je voulais t'envoyer le courrier promis avec dans l'enveloppe une carte kitch du pays alsacien pour faire "rigolo". Au final, dans la précipitation, pas de temps, pas de carte...le chèque est parti comme ça ...sans un mot ni même un clin d'oeil. Je te prie de m'excuser pour cette grossièreté. Oui c'est ça, le temps perdu me rend grossier et j'en suis désolé. 

De ce point de vue je ne te dirai jamais assez à quel point nos échanges de courrier ont représenté pour moi à la fois le temps retrouvé et un certain sens créatif regagné. Ton retour et nos lettres partagées ont permis de préserver ce sens de l'expression et de la mise en scène de soi...autant de choses que j'étais en train de perdre à petit feu sur l'autel du travail quotidien. En quelque sorte tu m'as aidé à reprendre corps. Je t'en remercie.

Aussi je voudrais donner à nos échanges épistolaires un nouveau tournant. Nous avons tous deux une approche poétique du monde et nous l'avons souvent partagée et j'ai bien compris que, parfois jusqu'au silence elle était là, cette richesse, et elle le sera encore demain.

Mais si le discours poétique se meurt souvent dans le mutisme ou le mystère des mots confondus...qu'en est-il d'une réflexion qui serait plus "philosophique" et plus impitoyable encore que la poésie ? Ouvrons dans nos échanges cette mise à nu de la pensée car elle ne peut se satisfaire ni du silence ni d'aucune fuite. C'est un pacemaker posé sur nos coeurs éprouvés.

Comme un jeu, dans chacun de nos mails, je te suggère donc que l'un propose à l'autre de dévoiler le fond de son être et le coeur de sa pensée autour d'un mot qui est sensé livrer sa "charge philosophique". Silence interdit . Pour ta réponse et pour me livrer ta réflexion, je te propose aujourd'hui un mot. Ce sera DIEU le Père . A toi de m'en proposer en retour un autre de ton choix sur lequel je me laisserai aller ...Glissades garanties :)

Je t'embrasse,

Daniel

 Salut mon vieux (mais nous ne sommes pas vieux)

Qu'aurions nous pu commettre?... Quel larcin inavouable dont se souviendraient encore les enfants de nos enfants ? Quel forfait sollicitant d'obscurs préparatifs ? ...Du chapardage nous aurions pu glisser imprudemment vers d'autres dérives...Des étonnements de jeunesse aux extases assouvies de nos âges murs, nous aurions pu avancer.

Pourquoi rien de tout ça ?

Parce que j'ai tout jeune forgé mes certitudes le longs de fleuves que rien ne troublait....alors que tes eaux étaient déjà si profondes, moi je regardais à l'église les statues alanguies le long de fastidieux chemins de croix.

Alors que tes horizons déchiraient déjà la voûte et que les noirceurs des adultes marquaient ton front d'enfant...moi je marchais les yeux fermés sur des terres familières.

Alors que de subtiles caches me promettaient des cieux cléments et pour être bien sûr de ne rien perdre du vrai monde que je ne voyais pas... j'apprenais par coeur derrière quelque paravent la gamme des sentiments pas très clairs...

Ainsi à la recherche de quelque lumière inédite, j'apprenais à sacrifier le temps présent. A force de fermer les yeux sur tout, j'ai fini par ne même plus me voir moi-même.... Seulement se lovaient et s'étiraient dans ma tête des espoirs en projection, comme autant de trophées sur la gamme des possibles. Le papier peint de mon enfance cachait bien les murs...

Et pourtant, parce que les fils de nos parcours respectifs sont comme des pelotes emmêlées dans le grand désordre du monde...nos chemins ont fini par se croiser. 

Toi aujourd'hui tu nourris ton souffle à une déchirure si profonde , comme si la vie t'avais accroché à des mamelles de braise.

Moi je n'en finit pas de creuser la même trace, cette ornière où déjà petit j'allais alimenter mes rêves d'évasion, nourri de la certitude que le ciel et l'azur sont quelque part en bas, à l'envers de ce monde.

Ce qui nous réunit et en fait notre larcin à nous c'est que toi comme moi nous repassons inlassablement le doigt sur la même plaie dont rien ne sort...parce que tout y est en gestation. Toujours.

Voilà cher Joseph pourquoi nous écrivons avec tant de plaisir et voilà pourquoi nous nous retrouvons dans l'écriture comme ces pelotes emmêlées. Parce que nous travaillons la même plaie. Là se fait notre rencontre, bien plus que dans la parole. Parce que l'écriture nous nourrit et que la parole nous vide....

D'ailleurs, as - tu remarqué que nos silences nous semblaient plus précieux que nos paroles ? Ce n'est pas de la timidité, c'est de l'économie prudente... de l'instinct de survie. Voilà pourquoi nous ne sommes pas vieux...parce que nous nous survivons à nous-mêmes.

Je te laisse me donner le mot qui devra générer chez moi une réflexion. J'ai aimé ton texte sur Dieu le Père.

Je ne pense pas venir le week-end prochain. Je regarde pour caler ça durant les grandes vacances.

Je t'embrasse affectueusement,

Daniel

Tendresse vers vous tous.
>
Joseph
>
>C’est par les mots , en eux, sous leur domination que je vous écris ,que je me mets dans le  plaisir à vous les faire parvenir. Tempétueux , tendre ou méconnaissable mon vocabulaire m’ordonne de trembler ,de me taire, d’émécher mes cheveux afin que vous reteniez que si je mentais ,je mentais vrai.,.Aux antiques accidents de ma singularité ,j’ai adjoint l’excessive impuissance de vouloir faire deux choses à la fois, et mes époumonements,  cette époque de ma fausse liberté, me sont devenus une vieille fille glabre qui a des attitudes de vierge qui ne se signe plus, impure tant de se gausser de mes inepties.

/

Hier suis rentré à 7 heures, me suis couché à 8 heures et j'ai dormi jusqu'au matin...avec tout près de moi la bête dont tu parles. En effet, je te confirme que le travail a des poils. La preuve on dit bien que ceux qui se sont battu avec la bête ont encore un poil dans la main... Toute  la nuit je me suis couché sur elle pour mieux l'étouffer. Je l'ai serrée au cou et j'ai attendu qu'elle suffoque; le corps était inerte et pourtant vivait de l'intérieur . Il aurait fallu la couper , arracher ses poils par touffes entières, la découper pièce par pièce pour en faire je ne sais quel ragoût de sorcière. Il aurait fallu lui percer la panse très profond jusqu'à trouver à l'intérieur ce muscle caché ou ce nerf qui la rattachait si opiniâtrement à la vie.... Au réveil la bête n'était pas morte mais continuait à ronfler du dedans. Sans doute n'étais-je pas assez lourd pour l'écraser complètement ...et avec le petit matin, ma légèreté l'a laissé filer, lamentablement. Depuis je la cherche et redoute aussi avec sa rencontre, la menace de mon asservissement, cruel dilemme du chasseur séduit par sa proie.

Pourquoi écris-je = pourquoi je écrit ?. Pour me vider comme une outre qui mouille la terre, je jette autour de moi les bruines et les pluies diluviennes. J'arrose de toutes mes eaux. Je les perd en public ou en secret pour mieux accoucher de celui que je porte en moi. Engrossé par la vie à force de flirter avec elle...je porte mille enfants qui viennent se déverser à mes pieds comme le torrent de mes amours avec tout ce qui bouge et s'agite.

Mais par-dessus tout c'est l'immobilité qui me séduit, c'est avec la ligne silencieuse que j'aime flirter, celle dessinée au creux des reins, celle de l'horizon qui berce d'illusion et fait croire que jamais le soir ne viendra. Car l'immobilité n'est pas l'absence de vie ou la mort, c'est bien plus que ça, c'est de la vie en concentré, en ramassé. "Nature morte" quel mot horrible...l'allemand est infiniment plus subtil pour décrire ça et traduit le même mot par "Stillleben" qui veut dire "vie silencieuse", idem pour l'anglais...il n'y a que le cartésianisme à la française qui voit dans l'immobilité une mort. Faut-il être con ! 

Donc, j'écris surtout pour réveiller ce qui en apparence est mort. J'écris pour sonder les apparences comme on se regarde longuement dans un miroir jusqu'au vertige. Et ce vertige là sans doute est-ce la poésie.

Pourquoi écrivons-nous ? Pour que nos torrents deviennent des fleuves et qu'ils se conjuguent comme des souffles cueillis sur toutes les berges !

J'aurais aimé t'écrire de longues lettres du fond d'un lointain 19ème siècle. Nous aurions pris notre prose au sérieux et nous aurions dégusté nos échanges comme de rares desserts. Gastronomes affamés nous aurions inventé d'incroyables menus fourrés d'amandes et de poésies...Mais qui aujourd'hui accorde encore une importance aux mots, qui voue encore un culte à la résonance qui trouble le sens premier par la multitude des réverbérations sémantiques ? Nous ? Alors fêtons cette obstination qui nous gagne et nous garde jeunes. 

Je te Salue Oh Muse...et à bientôt,

Affectueusement,

Daniel

Bonjour Daniel
Es tu en dormance dans quelque île lointaine, ou reprends tu du poil de la bête,cette idiotie qu'est le travail a t-elle des poils, et si oui, où,je pense à ta prochaine venue et compte  t'accueillir comme un sultan, manqueront les tapis de Turquie et les reliefs d’ortolan, les vingt bornes quotidiennes me font un bien fou, et selon les horaires je croise des biches, des cerfs, des lièvres et plein de volatiles qui me frôlent  pour m'enquiquiner...
Proposition d'écriture
Pourquoi écris tu, pourquoi écrivons nous?(J'avais gribouillé ceci il y a trente ans voire plus,parce qu'écrire est un combat entre un ange et un démon dans l'enceinte de Dieu)
IMMENSE  tendresse vers vous.
Bises
Joseph
Salut Daniel,
Levé plus tôt qu'à l'aurore, suis partit 'pucer' peu de monde, peu de ventes,-ai cessé à midi, enfourché mon vélo pour une petite heure, une vingtaine de kilomètres, là suis au bistro,la France affronte l'Irlande, merci pour ce que  tu m'as envoyé , j'ai de quoi manger un mois, je t'attends en juillet, j'ai hâte de faire une belle marche avec toi et de te montrer un chemin long de cinq cent mètres et bordé de châtaigniers centenaires,ton écriture me fait souvent penser à Bobin, connais tu cet auteur, si tel n'est pas le cas, j'ai quelques livres de lui que tu pourras emmener, côté coeur, du vide, mais un vide si avide de tant d'autres choses , que j'en oublie le sexe, alors que j'aime aimer dans la brutalité et la douceur.
>
Tendresse vers vous tous.
>
Joseph
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Salut !

Tu vois bien que ton père est lui aussi un poète et que de sa maladie il fait un jeu de mots...comme tout bon poète. Je ne le connais pas mais dis lui que je le salue.

Je vais mieux depuis mon dernier mail.Tu sais, si parfois je plonge c'est pour mieux me régénérer. une manière de faire table rase et de lancer ma révolte intérieure. Dans ma tête ça fonctionne souvent comme une machine à laver. Quelques voyants au rouge et au vert qui clignotent à l'extérieur et le grand bouleversement c'est à l'intérieur.

En fait, ces derniers temps, mon spleen me fait sombrer le plus souvent lorsque je mesure à quel point, dans mon univers de travail, mes journées se déroulent pour faire le lit des autres "Au service de". C'est comme si mon travail se nourisssait de ce que j'ai de plus personnel et me laissait sec sans aucun moyen d'expression. En fait, je ne fais rien de créatif. Je ne fais que des choses "utiles". Je ne suis jamais dans le présent mais en perpétuelle projection vers demain. Je crois c'est cela qui me fais plonger parfois.

Aurais-je le courage de continuer jusqu'à la retraite comme cela ? 

Regarde, un micro exemple du temps volé par mon travail ou plutôt du temps que je lui abandonne lâchement. Hier je suis allé en Alsace pour le boulot. Sur le chemin (pressé comme d'habitude) je voulais t'envoyer le courrier promis avec dans l'enveloppe une carte kitch du pays alsacien pour faire "rigolo". Au final, dans la précipitation, pas de temps, pas de carte...le chèque est parti comme ça ...sans un mot ni même un clin d'oeil. Je te prie de m'excuser pour cette grossièreté. Oui c'est ça, le temps perdu me rend grossier et j'en suis désolé. 

De ce point de vue je ne te dirai jamais assez à quel point nos échanges de courrier ont représenté pour moi à la fois le temps retrouvé et un certain sens créatif regagné. Ton retour et nos lettres partagées ont permis de préserver ce sens de l'expression et de la mise en scène de soi...autant de choses que j'étais en train de perdre à petit feu sur l'autel du travail quotidien. En quelque sorte tu m'as aidé à reprendre corps. Je t'en remercie.

Aussi je voudrais donner à nos échanges épistolaires un nouveau tournant. Nous avons tous deux une approche poétique du monde et nous l'avons souvent partagée et j'ai bien compris que, parfois jusqu'au silence elle était là, cette richesse, et elle le sera encore demain.

Mais si le discours poétique se meurt souvent dans le mutisme ou le mystère des mots confondus...qu'en est-il d'une réflexion qui serait plus "philosophique" et plus impitoyable encore que la poésie ? Ouvrons dans nos échanges cette mise à nu de la pensée car elle ne peut se satisfaire ni du silence ni d'aucune fuite. C'est un pacemaker posé sur nos coeurs éprouvés.

Comme un jeu, dans chacun de nos mails, je te suggère donc que l'un propose à l'autre de dévoiler le fond de son être et le coeur de sa pensée autour d'un mot qui est sensé livrer sa "charge philosophique". Silence interdit . Pour ta réponse et pour me livrer ta réflexion, je te propose aujourd'hui un mot. Ce sera DIEU le Père . A toi de m'en proposer en retour un autre de ton choix sur lequel je me laisserai aller ...Glissades garanties :)

Je t'embrasse,

Daniel

 Salut mon vieux (mais nous ne sommes pas vieux)

Qu'aurions nous pu commettre?... Quel larcin inavouable dont se souviendraient encore les enfants de nos enfants ? Quel forfait sollicitant d'obscurs préparatifs ? ...Du chapardage nous aurions pu glisser imprudemment vers d'autres dérives...Des étonnements de jeunesse aux extases assouvies de nos âges murs, nous aurions pu avancer.

Pourquoi rien de tout ça ?

Parce que j'ai tout jeune forgé mes certitudes le longs de fleuves que rien ne troublait....alors que tes eaux étaient déjà si profondes, moi je regardais à l'église les statues alanguies le long de fastidieux chemins de croix.

Alors que tes horizons déchiraient déjà la voûte et que les noirceurs des adultes marquaient ton front d'enfant...moi je marchais les yeux fermés sur des terres familières.

Alors que de subtiles caches me promettaient des cieux cléments et pour être bien sûr de ne rien perdre du vrai monde que je ne voyais pas... j'apprenais par coeur derrière quelque paravent la gamme des sentiments pas très clairs...

Ainsi à la recherche de quelque lumière inédite, j'apprenais à sacrifier le temps présent. A force de fermer les yeux sur tout, j'ai fini par ne même plus me voir moi-même.... Seulement se lovaient et s'étiraient dans ma tête des espoirs en projection, comme autant de trophées sur la gamme des possibles. Le papier peint de mon enfance cachait bien les murs...

Et pourtant, parce que les fils de nos parcours respectifs sont comme des pelotes emmêlées dans le grand désordre du monde...nos chemins ont fini par se croiser. 

Toi aujourd'hui tu nourris ton souffle à une déchirure si profonde , comme si la vie t'avais accroché à des mamelles de braise.

Moi je n'en finit pas de creuser la même trace, cette ornière où déjà petit j'allais alimenter mes rêves d'évasion, nourri de la certitude que le ciel et l'azur sont quelque part en bas, à l'envers de ce monde.

Ce qui nous réunit et en fait notre larcin à nous c'est que toi comme moi nous repassons inlassablement le doigt sur la même plaie dont rien ne sort...parce que tout y est en gestation. Toujours.

Voilà cher Joseph pourquoi nous écrivons avec tant de plaisir et voilà pourquoi nous nous retrouvons dans l'écriture comme ces pelotes emmêlées. Parce que nous travaillons la même plaie. Là se fait notre rencontre, bien plus que dans la parole. Parce que l'écriture nous nourrit et que la parole nous vide....

D'ailleurs, as - tu remarqué que nos silences nous semblaient plus précieux que nos paroles ? Ce n'est pas de la timidité, c'est de l'économie prudente... de l'instinct de survie. Voilà pourquoi nous ne sommes pas vieux...parce que nous nous survivons à nous-mêmes.

Je te laisse me donner le mot qui devra générer chez moi une réflexion. J'ai aimé ton texte sur Dieu le Père.

Je ne pense pas venir le week-end prochain. Je regarde pour caler ça durant les grandes vacances.

Je t'embrasse affectueusement,

Daniel

Salut Daniel,

Levé plus tôt qu'à l'aurore, suis partit 'pucer' peu de monde, peu de ventes,-ai cessé à midi, enfourché mon vélo pour une petite heure, une vingtaine de kilomètres, là suis au bistro,la France affronte l'Irlande, merci pour ce que  tu m'as envoyé , j'ai de quoi manger un mois, je t'attends en juillet, j'ai hâte de faire une belle marche avec toi et de te montrer un chemin long de cinq cent mètres et bordé de châtaigniers centenaires,ton écriture me fait souvent penser à Bobin, connais tu cet auteur, si tel n'est pas le cas, j'ai quelques livres de lui que tu pourras emmener, côté coeur, du vide, mais un vide si avide de tant d'autres choses , que j'en oublie le sexe, alors que j'aime aimer dans la brutalité et la douceur.

Tendresse vers vous tous.

Joseph

C’est par les mots , en eux, sous leur domination que je vous écris ,que je me mets dans le  plaisir à vous les faire parvenir. Tempétueux , tendre ou méconnaissable mon vocabulaire m’ordonne de trembler ,de me taire, d’émécher mes cheveux afin que vous reteniez que si je mentais ,je mentais vrai.,.Aux antiques accidents de ma singularité ,j’ai adjoint l’excessive impuissance de vouloir faire deux choses à la fois, et mes époumonements,  cette époque de ma fausse liberté, me sont devenus une vieille fille glabre qui a des attitudes de vierge qui ne se signe plus, impure tant de se gausser de mes inepties.

Bonjour Daniel

Es tu en dormance dans quelque île lointaine, ou reprends tu du poil de la bête,cette idiotie qu'est le travail a t-elle des poils, et si oui, où,je pense à ta prochaine venue et compte  t'accueillir comme un sultan, manqueront les tapis de Turquie et les reliefs d’ortolan, les vingt bornes quotidiennes me font un bien fou, et selon les horaires je croise des biches, des cerfs, des lièvres et plein de volatiles qui me frôlent  pour m'enquiquiner...

Proposition d'écriture

Pourquoi écris tu, pourquoi écrivons nous?(J'avais gribouillé ceci il y a trente ans voire plus,parce qu'écrire est un combat entre un ange et un démon dans l'enceinte de Dieu)

IMMENSE  tendresse vers vous.

Bises

Hier suis rentré à 7 heures, me suis couché à 8 heures et j'ai dormi jusqu'au matin...avec tout près de moi la bête dont tu parles. En effet, je te confirme que le travail a des poils. La preuve on dit bien que ceux qui se sont battu avec la bête ont encore un poil dans la main... Toute  la nuit je me suis couché sur elle pour mieux l'étouffer. Je l'ai serrée au cou et j'ai attendu qu'elle suffoque; le corps était inerte et pourtant vivait de l'intérieur . Il aurait fallu la couper , arracher ses poils par touffes entières, la découper pièce par pièce pour en faire je ne sais quel ragoût de sorcière. Il aurait fallu lui percer la panse très profond jusqu'à trouver à l'intérieur ce muscle caché ou ce nerf qui la rattachait si opiniâtrement à la vie.... Au réveil la bête n'était pas morte mais continuait à ronfler du dedans. Sans doute n'étais-je pas assez lourd pour l'écraser complètement ...et avec le petit matin, ma légèreté l'a laissé filer, lamentablement. Depuis je la cherche et redoute aussi avec sa rencontre, la menace de mon asservissement, cruel dilemme du chasseur séduit par sa proie.

Pourquoi écris-je = pourquoi je écrit ?. Pour me vider comme une outre qui mouille la terre, je jette autour de moi les bruines et les pluies diluviennes. J'arrose de toutes mes eaux. Je les perd en public ou en secret pour mieux accoucher de celui que je porte en moi. Engrossé par la vie à force de flirter avec elle...je porte mille enfants qui viennent se déverser à mes pieds comme le torrent de mes amours avec tout ce qui bouge et s'agite.

Mais par-dessus tout c'est l'immobilité qui me séduit, c'est avec la ligne silencieuse que j'aime flirter, celle dessinée au creux des reins, celle de l'horizon qui berce d'illusion et fait croire que jamais le soir ne viendra. Car l'immobilité n'est pas l'absence de vie ou la mort, c'est bien plus que ça, c'est de la vie en concentré, en ramassé. "Nature morte" quel mot horrible...l'allemand est infiniment plus subtil pour décrire ça et traduit le même mot par "Stillleben" qui veut dire "vie silencieuse", idem pour l'anglais...il n'y a que le cartésianisme à la française qui voit dans l'immobilité une mort. Faut-il être con ! 

Donc, j'écris surtout pour réveiller ce qui en apparence est mort. J'écris pour sonder les apparences comme on se regarde longuement dans un miroir jusqu'au vertige. Et ce vertige là sans doute est-ce la poésie.

Pourquoi écrivons-nous ? Pour que nos torrents deviennent des fleuves et qu'ils se conjuguent comme des souffles cueillis sur toutes les berges !

J'aurais aimé t'écrire de longues lettres du fond d'un lointain 19ème siècle. Nous aurions pris notre prose au sérieux et nous aurions dégusté nos échanges comme de rares desserts. Gastronomes affamés nous aurions inventé d'incroyables menus fourrés d'amandes et de poésies...Mais qui aujourd'hui accorde encore une importance aux mots, qui voue encore un culte à la résonance qui trouble le sens premier par la multitude des réverbérations sémantiques ? Nous ? Alors fêtons cette obstination qui nous gagne et nous garde jeunes. 

Je te Salue Oh Muse...et à bientôt,

Affectueusement,

Daniel



Bonjour Daniel

Es tu en dormance dans quelque île lointaine, ou reprends tu du poil de la bête,cette idiotie qu'est le travail a t-elle des poils, et si oui, où,je pense à ta prochaine venue et compte  t'accueillir comme un sultan, manqueront les tapis de Turquie et les reliefs d’ortolan, les vingt bornes quotidiennes me font un bien fou, et selon les horaires je croise des biches, des cerfs, des lièvres et plein de volatiles qui me frôlent  pour m'enquiquiner...
Proposition d'écriture
Pourquoi écris tu, pourquoi écrivons nous?(J'avais gribouillé ceci il y a trente ans voire plus,parce qu'écrire est un combat entre un ange et un démon dans l'enceinte de Dieu)
IMMENSE  tendresse vers vous.
Bises
Joseph

Salut Daniel,

Levé plus tôt qu'à l'aurore, suis partit 'pucer' peu de monde, peu de ventes,-ai cessé à midi, enfourché mon vélo pour une petite heure, une vingtaine de kilomètres, là suis au bistro,la France affronte l'Irlande, merci pour ce que  tu m'as envoyé , j'ai de quoi manger un mois, je t'attends en juillet, j'ai hâte de faire une belle marche avec toi et de te montrer un chemin long de cinq cent mètres et bordé de châtaigniers centenaires,ton écriture me fait souvent penser à Bobin, connais tu cet auteur, si tel n'est pas le cas, j'ai quelques livres de lui que tu pourras emmener, côté coeur, du vide, mais un vide si avide de tant d'autres choses , que j'en oublie le sexe, alors que j'aime aimer dans la brutalité et la douceur.
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Tendresse vers vous tous.
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Joseph