Au jour le jour - 3

Proses 1975 - 2005

Autrefois par les sentes
Que suivent les chasseurs
Au soleil de midi
Quand les arbres cendrés
Témoins des jeux brutaux
Des curées du labeur
De la bête abattue
A la terre livrée
Nous marchions en levant
Nos yeux sur la ramée
Et songions silencieux
Au sang bleu des fougères
Mélangé à celui
De l’animal heurté
Que Pomone en novembre
Ramenait sur ses terres
Nous ne voulions que vivre
Jouer dans les reflets
Avant que d’advenir
En limpides tristesses
Des hommes corrompus
Jetés dans les ornières.

Quand aux sombres aurores
Enfant je m’éveillais
Tous les astres incertains
Dissipaient mon regard
Sans forme autorisée
Encillé par la nuit
Sans que jamais le ciel
N’y entre appesanti
Et mes tous premiers gestes
Mon tout premier devoir
Etaient dans ce salut
Véritable ostensoir
Que je levais candide
Vers les astres adorés
Comme des bijoux précis
Mais jamais enchâssés
Et dans les formes molles
Du saule curé qui prie
Une volée de moineaux
Encore toute assoupie
S’égrenait par les monts
Confirmés d’ombre et d’or.

Aux angélus que la mer rompt
Avec ses guises
Ses coups et ses cercueils
Les inertes spectres
Entrés dans la vie
Pour s’y réjouir
De toutes les offrandes
Cloués dans l’impassible flot
Tu les revois encore
Avec l’inassouvie
L’orgueilleuse
Celle qui prie avec froideur
Ne meurt pas du sacrifice
La voilà qui se joue
De nous et de nos dons
De cette voie tracée
Pour une paix résolue
De nos retrouvailles
Aux angélus que la mer rompt
Avec en trombes
Quelques sottes beautés
Offertes
Aux tours marries de la nuit.

Si je prends cet air si vieux
Si mes cris ne sont plus d’ivresse
Que tout rire s’absoud de mes rêves
Que je ne suis plus ébloui
Par les pas du quêteur
En toute ville close
Sur les cadavres bleus
Si je prends cet air si vieux
En paraissant insane
Que m’enfuir
Est une volonté dictée
Qu’elle me vaut mon infortune
Une autre guerre
Si je prends cet air si vieux
Pour confluer
Vers des adolescences
Aux brillantes carrrères
Des bancs où je m’asseyais
Ayant longé les rampes
Les bastingages
Pour me débiner
De quelque âme échardée
C’est pour ces mots habiles
Loués par tant d’écoliers.

A l’égal
Des herbes putréfiées
Dont les grillons s’abreuvent
Des sucs orangers
Comme ces esclaves
Suceurs de nuit
Et noctambules
Tu seras
Sève complice
D’un corps distrait distant
Osseux avili
Avec tes bras nus déchirés
Et ta voix saugrenue
N’atteindra que la horde
Des chiens levés pour la traque
Vois déjà
Comme le sang
De tes marchandises allégées
Te distend
Te rompt
T’entraîne contre les écorces
Sulfureuses
De toutes tes manières d’être.

Joueuse de scalpel
Sur le sable
Si tu t’effaces
Je crée une barrière
Que nul ne franchira
J’attends mon cran
L’heure minérale
Pour tourner les talons
Tracer la forme inerte
De ton corps oublié
Dans les formes du songe
Des absences mêlées
Cette autre face
Adressée à l’océan
Faut-il qu’elle me revienne
Dans la misère des échos
L’incendie raréfié
Des vagues qui te délient
Et te rendent furieuse
Dans l’à pic
Du sang qui afflue.

De cette force
Adressée aux vertiges
Aux mots aux tourbillons
Aux menaces incertaines
Voici que me revient
Ton orgueil
Beau familier
Acte rougi au front
Pour d’autres sentiments
Ce lent circuit
Entre la croisière et la dérive
Cette amertume aussi
Que le crime des orages
Déverse sur tes paupières
Dans mon labeur
Anéanti par les passages
Les gués les glissements
J’accepte encore
De te grandir
Pour rester plus entier
Que cet étranger qui te désole.

Pour cette peine
Légère comme une préface
La volte appliquée
D’un garrot qui se resserre
Pour l’esprit
Le pain bis
Les fronts douloureux
De ces nuits déposées
Sur le passage des météores
Pour les rosaces
Désirs défendus
Les larmes
La mort nattée
Cette haute passivité
Pentue comme une fuite
Pour ce cours détendu
Altéré par le froid
Les pistes où toute couleur
Est un territoire lisse
J’instruis des canaux de mon sang
Avant la page du sommeil
Tes vitesses et tes émiettements.