Au jour le jour 405

Ben voyons, voyons ces existences crayeuses sous les cartons jaunis par la pluie, la mort froide, volontaire ,et tous ces hères jetés dans l’infernale distribution des habits poussiéreux, bénéficiaires d’un monde qui n’est plus le leur, les voici dans l’affreuse humanité ,dans un monde qui n’est plus à la portée même de leurs chiens pierreux comme des météores immoraux, si pleins de cette commanderie aux sabots des survivants ,ici on meurt dans la rue et sous les ponts, bravo à notre race ,celle qui les étranglerait avec son propre cordon jeté sur leurs abominables cous ,celui qui abdique de l’abandon plein le bide ,et cet autre de l’abomination dans les godasses, vois comme ils te voient ,de méconnaissance renouvelé ,qu’a-t-il de plus laid dans ses mains sinon un quignon de ciel troué de toutes parts au milieu de son paletot, aux chancelleries du cœur qui de nous leur a bâti des confidences ,donné ses plaquettes, à mon jugement vient que nous sommes en mal d’imagination ,plein d’anecdotes sales ,de saletés anecdotiques, frères humains qui autour d’eux survivez avec vos maladresses, vos ladreries, vos trahisons ,vos parts molles de vous-même devenues objets de votre propre culte ,que faites vous de ces regards qui vont aux vôtres et que vous ne voyez plus ?

On s’introduit à la verticale dans les coins serrés et immobiles que sont les chambres des filles flasques comme des baisers, et l’on voudrait des compléments d’enquête sur leurs produits alimentaires, il suffit pour cela de ne pas s’éloigner ,de ne pas s’efforcer aux étirements, car elles vous dévoreraient avec l’appétit de ces incubes qui ont déjà avalé des serpents pour les mettre dans vos cerveaux en vous fourrant leur langue dans la bouche, c’est une de leur trompeuse apparence que leur ventre mou, alors que ce sont des boulets qui ont la propriété de tout péter, et jusqu’à vos matricules, elles pourraient y mettre de cette poudre qui va si bien aux héliotropes, aux acanthes et aux piliers doriques. Dans leurs cheveux il y a des papillons qui sont d’un genre glacé, presque humain, c’est à eux qu’on doit les taches bleutées qu’elles ont dans leurs tresses et qui les font ressembler à des belles mères qui se sont imbibées d’herbes et d’alcools frelatés.



La matière même de ma jeunesse est une peau mate tabassée par une jeune veuve en mal d’amour et d’amants, quand elle me plaque contre le mur ,qu’elle me lacère, c’est dit elle pour me rendre la dureté de l’existence, or mon corps ne rompt pas, ne s’en remet pas davantage, il devient un tourbillon d’idées noires et menaçantes, que n’ai-je eu de trompette pour claironner que je ne geignais pas, j’y aurais souffler pour qu’elle se désossifie de tous ses membres. Dans l’air où sont jetés ses fouets et ses funestes jeux, avec leurs noirs périls, je vois parfois des bombyx bourdonnants, aux lourdes élytres chamarrées, ils m’annoncent de leur poudre la part du feu qui sera la mienne, un orchestre aux multiples tympans, aux triangles lourds, et à ses oreilles il fera le tintamarre d’un qui voit la mort et ne la salue pas, sinon d’une salve qui ricoche sur sa poitrine, je me dis qu’il ne me reste plus de cette jeune veuve que des images de pieuse assermentée d’un mensonge de poids, et qu’elle n’ a su retenir, tant il l’a écrasé.

J’emploierai chaque jour les lettres de ton nom, endormie à mes doigts, tendue en mâture, tu deviens aujourd’hui ma plus belle signature, ta nature m’est plus vive que le son de la diane, et dans la déférence d’un corps qui te retient, je t’écris comme un enfant a de ma cire aux doigts, tu restes intacte comme au premier toucher, et l’ombre mâle qui devenait mon poids diurne et nocturne m’est plus légère que tous ces beaux chagrins, quand les paupières closes me faisaient voir l’odeur plus délicate qu’une terre qui se brise ou qu’on broie…

Rien ne saurait mieux me convaincre de l’existence que le tintamarre que font les toubibs autour de moi, ceux que l’ivresse a placé, disposé en rang étroit, qui ont les yeux d’un public d’hémiones de canassons maigrelets et que la bêtise a rendu besogneux, borgnes, parfois ils gardent becs et ongles pour me fouiller dans la cervelle et en extraire des exhalaisons aux odeurs de bougies éteintes ,restent encore ça et là les aiguilleurs hagards, pernicieux qui veulent me refiler des potions ,des herbes qui schlinguent les foins après l’orage ,avec leurs aimables intentions, leurs commerces centripètes ,j’ai beau eu crier dans leur cabinet que le son du canon donne aux filles des airs de mariées suspendues à leurs scrupules, qu’elles boivent aux noces un vin mauvais qui va mieux aux souteneurs, rien n’y fait aucun ne tint compte de mes propos ,je marche sur le marbre des galeries dépeintes à la chaux vive pour aller voir la mer et ses rubans d’éternité…

Deux années durant,quand la nuit retombait avec son parapluie d'étoiles,je l'attendais,j'attendais que son pas,dans l'heurt de ne pas m'éveiller,éveille en moi l'aveu de l'être du,de lui échoir,que dans toutes mes collisions,collusions,confusions,elle n'ait vu qu'un homme inflexible dans ses convictions,frêle à ses encoignures,je l'admets,qu'elle n'ait pas voulu l'admettre,je ne l'admets pas.Qu'à présent,mon présent défête sa présence,je ne peux m'y dérober;j'ouvre à mes lourdeurs et douleurs de bête conduite aux abattements,une déchirure de pierre toute en convulsion,une erreur de graine arrivée à son terme;j'aimerais qu'en des lits qui ne soient pas jumeaux,mais d'une identique parité et parenté,nous nous endormions à nouveau,que mon odeur d'avineur rejoigne les siennes de renarde isatienne,de louve charitable;quand et où,revivrai je ces inutiles absences,ces silences accomplis,lorsque je ne savais que l'évoquer à double corps,sans suffoquer d'hésitation;j'ai beau savoir que je n'ai pas pris d'option pour ce gardiennage,elle reste ma diane du matin,l'entreteneuse de mes nuits en archipels,de mes jours en tunique d'écume;toujours toute en vie intérieure,et bien que je m'afale encore sur les tables,tourneboule sous elle,m'étire,métroitise sur des comptoirs,tout se déroule comme elle l'avait prévu,consenti;à ma solitude plus ancienne que les vestiges d'un midi figé en son mitan;mais je reste digne, bien que je m'agite,déroulé en grimaces,grimacements,couleuvrins,pris de nausées,qui se demande où fût le mal.