Au jour le jour 399


Où meurt l’obscur travail, les saisons sont violentes, la vie a les fenêtres ouvertes pour le passage de la pluie dans les absurdes répétitions du vent et de la surdité qui sont des musiques où l’on sent du mariage et des enterrements, ici nul ne vient s’encombrer de nos mémoires ,ce que nous tenons dans nos mains s’est rompu à la triste chair des files qui se sont retirées dans d’autres nuits, d’autres soupentes ,d’autres vestiaires ,le temps est une blanche calamité, je bois l’amer vin des messes convenues, m’endors tel un moribond dans des draps qui ont pris la forme d’un corps que j’eusse aimé aimer ,je veux rêver d’une autre voix ,d’une autre vie qui ne me réveillera pas sur le gravier d’un cimetière…


Et nos enfants endormis dans le temps des hommes sont caressés par des filles écumeuses figures d’albâtre et de proue les nuits sont d’une monotonie de plaine l’air est un bord tranchant portant  il faut encore croire que les ponts sont bordés de ces plaintes d’esplanades et de boulevards avec leurs chants de mariage et d’éternité nos mains paresseuses ne vont plus à la lumière dirigée des phares pour y mettre les coques dans la lumière crue tremblante aucune livraison n’est plus insincère que celle qui est donnée à d’autres prévenances qui sont restées sur la berge pour tambouriner sur la peau des chaloupes nous nous gantons comme des voleurs nous couvrir nous vaudra t-il un chagrin une semonce un crachin un crachat ou faudra t-il que l’eau gèle pour que nous puissions rejoindre ces filles qui marchent dans le jour neigeux...



On ne fait plus l’effort

De tremper à la feuille

Sa fatigue d’être né

Comme un linge en linceul

Et cette bête fiévreuse

Qu’on pourrait emporter

Dans sa vaste demeure

N’est plus même distinguée

Au mourir d’être blanche

Elle se consume et tord

Ses infects boyaux

En de noirs soubresauts

De la couleur des lices

Et de celles des arènes

Quand l’homme s’est empressé

D’y adjoindre sa peine

Avec ses lourds témoins

Antiennes sur un écran

Où sont les prismes morts

D’un corps adolescent

Contre les palissades

Point de vie qui pétille

Comme un soleil masqué

Qui manquerait de vie

Et tout l’or froid des orgues

A nos grandes figures

N’est plus qu’un motet triste

Venu de la ramure

Où des oiseaux crépus

Jettent dans le feuillage

Nos gloires plus anciennes

Que tous les anciens âges..

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Et de songer encore

A vivre de l’amour

Dans la lumière bleue

D’une chambre où respirer

Est un ordre nouveau

Dans le charme et l’attrait

C’est dire à son aimée

Qu’il n’est plus de ces peurs

Pour ce qui nous advint

En guise de langueur

Et qu’au cher renouveau

Où va la vie recluse

Il y a un regard

Où l’on sera admis

Aux hautes récompenses

De se savoir compris

Et d’origine neuve

Un corps nous échoit

Comme de noble matière

Pour de nouveaux ébats

Où rêver est plus juste

Que cette paix mouvante

Qui va d’un front pommé

A une main tremblante

Puis aux saisons menues

Avec leurs croches pâles

Nous voici contenu

Comme pour ne plus nommer

Ni la peur ni la mort

Pas plus que le regret..

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Prends garde de ne dormir

A ta vie amoureuse

Elle se découd toujours

A hauteur de la barbe

Et l’ange consciencieux

Qui parle par ta bouche

N’est rien au grand regard

Qui arrive des cieux

Car plombé à ta gauche

Par un corps désastreux

Ton cœur nu s’époumone

A corrompre l’adieu

Et de ne rien comprendre

Ni de chair ni de gloire

Quelque chose s’arrête

Aux frontières du soir

Que tu ne peux admettre

Car il reste sans nom

Aussi flou qu’un nuage

Qui n’a d’autre frisson

Que ce hoquet timide

Dans la course du ciel

Et qui est dans tes yeux

Comme un linceul humide

Mais tu veux contenir

Et l’ardoise et le mot

Qui se sont dessinés

A tant d’autres lambeaux

Et tout va au blason

Insalubre de vivre

Qui reste sans écu

Sur des couches de givre…