Au jour le jour 361

Dans l’amour on écrit toujours dans une puissance et suffisance pensionnée qui est l’ultime écoute de la voix qui s’est tue, on cherche à voir, sur chaque visage, la folie qui fut nôtre, sur chaque bouche ce qui brûla jusqu’à notre pensée, et notre corps par le seul subterfuge d’exister n’est que pantomime, savez-vous que je vous parlais des journées entières sans que vous n’en sachiez rien, toujours sans vous froisser, je nous trouvais des lettres et des dénominateurs communs, vous en riâtes, j’accentue aujourd’hui encore votre présence dans ce lointain ou chaque jour est une part de l’imprévisible, j’ai la sensation de pouvoir plus voir  la lumière telle quelle est, et jusqu’à la folie, par-dessus tout, j’écrirai comment vous me jetiez dans la vie.


Un grand bock de désespoir
pour la pêche à l’hiver
je croise les jambes
je prie je vomis
je me suis tué
mille fois de mon sommeil
mon lit est étroit
l’exil va
jusqu’à mes amis
j’ai des nœuds
aux nerfs et à l’estomac
j’écoute en boucle
le passage des grues criardes
péter mes tympans
le sol gèle
ma vie gèle
je n’ai pas froid
je cours vers un fond
les yeux ouverts
je commente mon profil
je vais vagabonder
jusqu’à un nouveau miracle…

Je joue aux cartes
j’empêche certains doigts
d’être vicieux
comme ces automnes
qui prédisent
des voyages médiatiques
et sans lampe
ma prière ne va pas mes ennemis
qui colportent des pendules à mercure
le temps tient dans un dé à coudre
les machines minérales
ont charclé mes os
comme l’amour
avec ses plateaux parallèles
je ne mange pas à table
je cours après les chiens
qui sont à l’image
de mon frère aîné
et que je soupçonne
d’être pédophile.


Je pense aux circulaires
de l’apesanteur
aux cris poisseux
de ces enfers à mon goût
à la grande majorité
 des fauteuils vides
à la grande roue
des fleurs jaunies
que de petites mains
cueillent tristement
comme on se fourre en
bouche des somnifères
ou de la botanique
c’est une période
de flux et de reflux
l’un sanguin l’autre pas
je lis les journaux
la mort est questionnée
de par et de partout
en sortant de moi
je me rencontre parfois
je me salue et  j’ai peur…

La destinée qui passe
par la cheminées
et d’ordre psychiatrique
elle a des cheveux comme des mégots
des lèvres de capricorne
qui s’allongent comme des épingles
moi je suis pénible et pieds nus
j’enfile mes pantoufles
je prends l’art par le mauvais bout
je pose mon cul dans un fauteuil
je m’enflamme
par dégoût de moi-même
je ne me supporte plus
le mystère de vous est encore proche
les trois branches se sont flagornées
je vais boire un café
chez ma voisine
qui nourrit des pigeons
et une chèvre bicolore…


Et s’en vont s’écrouler
les jours qui s’inclinent
les maisons
ont des couloirs qui tremblent
on atteint le grenier
comme on  va la mort
la lune est haute et lente
montent  les ombres de la nuit
les rideaux sont déchirés
la table desservie
aucun convive n’est venu
l’humidité gagne les chambres
et le bruit des gouttières
est dans un silence à la traîne
comme un grand scratch
immense  amer et à venir
cependant entre centre
et déplacement
je m’endors
calme d’une ancienne antienne
tu y parlais de grève et d’étoiles
c’était hier
et hier était entre tes mains.

Les tombes au soleil ont des mots violets comme la terre qui nous engloutira, j’apprends aussi du ciel des cimetières que c’est un immense lieu plein d’une grâce qui prête à la contemplation, je m’agenouille sur le marbre de mes  parents, j’ai suivi auparavant l’allée bordée de tilleuls blancs et de graviers sales, ça libère,  délivre de moi des visages blêmes, pâles, osseux, la mort est un barrage et c’est le seul contre le temps, nous n‘y pouvons pas grand-chose, et si l’on y  pouvait quelque chose cela ne vaudrait rien, je suis en défaut de joie sur la pierre froide et opaline, j’ai acheté des fleurs qui schlinguent, ce sont de petites frappes mal enjouées, j’en pleurerais presque si je n’étais saisi de savoir que je suis dans mon lieu favori.