Au jour le jour 354


Il y a tant de lourdeur chez l’homme qui avance que j’ai opté pour la pause et la pose, toutes deux me comblant par leur décevante invariabilité.

Tous les airs sont désolants.

Appliqué à ne rien créer qui vaille la peine qu’on le regarde ou le cite, ma vie se sera située entre le canapé et le strapontin.

Comment Dieu peut-il rester indemne avec tout ce que je lui fais subir ?

Ma conduite ne doit rien à mes virtualités, mais bien à cette faillite anticipée que mon corps traduit par du retrait.

Ma patrie est dans l’ébriété et le trouble, que ne suis-je celui qui a perdu la tête et s’accomplit dans la grâce des heurts et des hésitations ?

Mon langage est une contrefaçon essentielle, j’ai beau chercher une passe, une marque inimitables, je reste toujours en suspens dans la supercherie du dire et de son inanité.

L’âme est-elle un contenant ou un contenu ?La stupeur parfois ma saisit lorsque j’essaie d’y répondre et de légitimer.

Je voudrais que tout se dissolve autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de moi, et m’abandonner à des inerties où je pourrais côtoyer un Dieu et ou un Diable.

L’effort que je fais pour parler je le ressens comme un travail inapproprié et j’en vomis.

Je vous ai prévenu, je m’emmerde, et mes emmerdements sont aussi justifiés que les vôtres.

Coupé du monde et phénoménalement.

Il est impossible d' imaginer le bruit que fait le ridicule.


C'est dans la médiocrité que la science se rassure, que les esprits d'en haut puisent des ressources pour leurs applications.


Les imbéciles atteignent toujours leur but.


Toutes ces additions qui ont déjà été faites sans qu'aucun avis n'ait été demandé.


J'aspire à l'exhalaison.


Les choses ne prennent pas de valeur, elles en ont ou n'en ont pas.


La prudence c'est une façon qu'a l'esprit de tout rendre intolérable.


Je suis un être épouvantable, je commerce avec des sages.


Je scandalise les hommes, je vis.


Dieu est à l'homme ce que le flacon est à l'alcool, le contenant du désespoir.


Celui qui s'élève vers Dieu s'éloigne des hommes, son seul véritable mérite est d'abolir la pesanteur.


Soyez bien avec moi je dors avec des léopards.


Il y a en nous plus que du lion et du rat, il y a le filet avec lequel on a maille à partir.


Les dieux seuls sont jaloux, c'est le revers de l'omniscience.


Voilà ce que je hais le lion et le rat, le lion pour son dard, le rat pour sa civière, puis la merde des anges...


La psychanalyse nous a bornés, a fait de nous des êtres expliqués, nul doute que dans les siècles qui nous ont précédé, Bettelheim, Foucault et Lacan auraient été de simples médecins répondant à de manichéens postulats sans suite.


Il est faux de dire que l'âme s'élève jusqu'à Dieu sitôt notre corps échoué, Dieu en fait dans. ces moments là se double d'un être cynique qui ferme la porte de son Eden.


L'éternité est mal conçue, Dieu n'a pas eu le réflexe d'observer les hommes, ceux ci ne s'équipent pas pour aller jusqu'à cet infini; dans leur dernier voyage combien emmène leur brosse à dents, leurs lotions ou un simple viatique?


Le cauchemar est une fonction essentielle du cerveau, une réalité du crâne, c'est la forme d'une raison, d'une conscience qui cherche à évoluer.


L'odeur de la résignation nous rappelle que nous fûmes morveux et qu'à la morgue nous avons préféré la dissimulation et les fêlures du cerveau aussi vertigineuses que le monde avec ses à peu près.


Je suis un gnome qui ne peut ordonner les erreurs des insomniaques.