Au jour le jour 351

Pressage d’une nuit sans ma première
aimée portée au sommet
comme une paix éclatante
cette comète saillante
qui brûle mes paupières
n’assume aucun vol placide
sur l’horizon couvert
et l’exacte tendresse
s’incline jusqu’aux chevilles
je dors dans l’ombre froide
entre le ciel et ma peau qui prend
la ligne faite à deux
à la bête pourrissante
qui s’est vautrée dans mes entrailles
il n’advient rien de haut
et tous les vains mouchoirs
au coton odorant
je les fait saigner entre mes doigts
en cueillant des orties
ces pourritures d’étoiles
avides de ma peau…


J’ai dressé des nuages au-dessus des nuées
un barrage dans le ciel et ses éternités
la brume a beau venir chanter ses confluences
les ombres sont affreuses comme des reconnaissances

J’ai fait l’appel au loup au cervier au prénom que tu portes
ordalies ondulantes comme des fleurs à quai
mais mon sang n’est pas clair il y vient des démons
épaississant son flux comme le vin va aux chais

J’ai sablé les arènes où n’entre nul taureau
c’est le vent inouï qui leur met sable aux yeux
et vous tant retenue comme pommes à couteau
vous êtes mon caillou à mon volet précieux

J’ai dénombré vos vies avec des brins de paille
et le soir de grenat qui vient à ma demeure
entre voir et dormir ne vaut plus rien qui vaille
je cherche une autre vie où quelque chose se meut.

Celui qui s’est tenu pour phénomène, il a forcément traversé un chemin de croix.

Si j’étais né chien, j’aurais mordu pour laisser d’ineffables traces.

Si l’essentiel n’intervient pas au bout de deux minutes de dialogue, laissez tomber, la réflexion est beaucoup trop loin.

Les grandes vérités son muettes, et pourquoi les petites ne parleraient elles pas ?

Je ne désire rien de ce que je ne puisse soutenir sans faiblir, et à plus forte raison, ma misère.

Des journées entières alité après une sciatique, la dégénérescence peut commencer par là.


Au secret du visage
Qu’est la feuille couverte
D’une écriture liée
Comme le nom des villes
Avec ses poissons gris
A la verte rivière
Les joues au ventre mou
Sont rougis de ce sang
Qui va au fil de l’eau
J’ai extrait de tes yeux
Le vague et la veille
Et tous les souvenirs
Aux rafales de nos nuits
Les braises du foyer
Les chiffres poussiéreux
Des vieilles décennies
Et je soulève en moi
Cette douce nostalgie
Qui remonte aux courants
De toutes mes envies…


Celui qui découvrit Pi
Ou l’Antarctique
Voire le carburateur à verre
Je lui tire ma révérence
Comme une ampoule qu’on rectifie
En la tournant dans sa baïonnette
Avec sa casquette
Aux neuves couleurs
J’ai le timide sourire
Des grands tintamarres
Je songe régulièrement
A sauver la vie
A  celle qui a gravi la grande échelle
Et ne peut en redescendre
Moi qui n’aime pas les voyages
Mais ne crains pas
Les portes cochères et l’altitude
Je mets des haillons
Comme on habille les belles persiennes
Aux fenêtres bien élevées
Minuit est un désert suave
Et je vous écris…

C’est la pierre de l’idiot
qui s’en va au plus loin
elle a bombé son torse
dans l’escalier
qui mène aux poireautages
comme je n’ai rien à faire
je pars travailler
on m’a coupé le cou
le travail est mal fait
mais j’ai gardé mes ongles
et je peux saisir
des arcs et des bréchets
les arcs viennent du soleil
les bréchets de l’eider
tombé du ciel
par un miracle de gratitude
il est entre mes mains
mais il est maigre
et son bec n’est pas redoutable
je crois en son rire franc
et l’oiseau s’envole
comme la pierre jeté par l’idiot…

Quand le soleil ira vers l’ouest
là où il se couche le mieux
j’aurais la moustache
de mon grand-père
entres les mains
et sa montre grenat
à mastiquer
si on me demande l’heure
je rirais
si on me demande
d’où vient cette moustache
je rirais
sous les becs de gaz
des parcs bien ordonnés
pour les amoureux
qui ont des colombes
sur leurs épaules
et un parapluie
au-dessus de leur tête
qui peut fendre
les portes de l’enfer
mais elle n’ira pas plus loin
cela je l’ai lu…

La fille des PTT
a bouffé l’oreille d’un client
qui ressemblait
à un animal de pilou
déchiré en quatre
on la sermonna
ça n’alla pas trop loin
ce fut petit péché
comme coqueluche de minet
ou scarlatine de grand-duc
mais il y a d’autres demoiselles
dans d’austères célibats
et qui picolent
comme des esperluettes
que l’on mettra au rebut
pour qu’un dieu
intervienne en leur faveur
mais on ne sait pas lequel
c’est Queneau qui en parlait le mieux
moi mon poing
il est  la hauteur
d’un visage qui perlera
de celui qui me nomma grammairien…


J’ai dans la bouche un ascenseur
qui fait des allers retours
entre mon gosier et mes intestins
il y rencontre
des cerveaux d’aliénés
et d’autres qui sont protocolaires
ils se feront tous sabrer
par mon sourire de marbre
ça peut sembler idiot
ah oui et pourquoi
celui qui oublie de fermer sa porte
d’un coup formel
je sais qu’il n’a pas
d’étang dans son estomac
on n’y verra pas de grenouilles
mais des asphodèles
piquetées de fines aiguilles
et des salamandres
attoucheuses de froides eaux
les mêmes que sur l’écusson
d’un François et des poussières
qui guerroya tant et tant
qu’il fit venir jusqu’à sa chambrée
un peintre inoublié.


L’épuisement dans la crétine immédiateté m’a conduit à pied du compte nuptial vers l’ inertie de ceux qui sont incertains,  et dans l’obscurité de mes anciennes notes, en trois états souverains, sans entrer dans les villes mortes,  ayant déjà clos leurs yeux sur leurs rêves de pierres,   sur leurs immondices, vous , hommes de peu de foi vous  tenez d’un monde engendré dans d’autres abjectes vérités édictées par des déités  ramassées dans les siècles morts, avec l’avantage de ceux qui ont déployé l’ombre sur leur propre  visages pour qu’elles n’expriment plus que le mépris des siècles, moi qui ai d’ infâmes richesses , me vois déraisonnable encore, avec à mes lèvres votre cour caduque faite de mauvaise entregent, entre  cas de ciel et terre, mais  j’ai un lit à de vastes terrasses, les estimant pour leur perplexité, j’ai pris connaissance que me compromettre que par l’avent ne me servira en rien à la pâque et aux parques sont si lointaines, il me manque l’amour qui  est une forme de distinction, de promesse,  qui n’ont jamais été raisonnables, fut ce au temps où je l’étais…