Au jour le jour 346

Qu’est l’ amour, le temps d’un vouvoiement, le temps d’enivrer un ange et de l’envoyer  avec ses lettres de créance vers un lit marqué d’un blanc intense et qui lira  un courrier à la grâce connue, la suite est toujours d’engloutissement, une source grave de mots dits trop vite, trop subitement, puis on trébuche, on se relève, on  voudrait courir mais les muscles sont raides, alors on glisse, on se coule sous  la couverture de la vie, elle est usée, vieille, sale, elle a  servi à  d’autres guerres, quant à la lumière , il y a longtemps qu’elle a refermé ses cils  sur le calice d’ une autre, rappelez-vous ma première nature marquée du fait d’être indemne, après vint le défaut de parler, d’en faire trop, reste cet  immense écart, et la science et  l’amour n’y sont pour rien.

Et les pièces rapportées au dernier temps de vivre sont  organiques, d’une époque  terminée dans un faux sertissage, les éléments impurs de l’eau sont à la pointe d’un faux manifeste qui fait glisser l’esprit d’une  phrase à une autre, aussitôt contredite, le  monde est fait d’imperfections, je dis ici que la construction de l’homme est d’un feu pénétrant, à cela je rajoute que je ne  ferai rien de plus que de commettre de ce que je commis bien ou mal , comment pourrait-il en être autrement, je brule suffisamment  à m’exercer dans le métier de vivre, mes nerfs sont effervescents, je saigne par où d’autres meurent, crispé sur mes vieilles relâches et lâchetés, sur l’incertitude, je ne demande pardon à personne, il y aurait trop de monde, je m’endormirai à tous et à tout en ayant d’abord  crever les yeux des chevaux de labour que sont les hommes, et les miens après…


On compte  à la lumière de l’insupportable ce qui l’est moins; les premiers mots  de l’amour, ils sont dits avec les doigts,  après viennent ceux des livres , et nous les évoquons  comme pour recueillir des prières ou des absences, l’avant et l’après se confondent dans de nuageuses  nuits où la merveille d’être contre une  femme est tel un bruissement d’abeilles dans une ruche qu’on enfume , les jours,  les semaines, les années tournent, se referme  le cercle de   la vie sur nos façons d’endormi, nous rejoignons l’enfance  et la vieillesse à notre rôle d’avoir été, ce n’est pas le fait du prince , ce n’est pas ce qui nous blesse que d’avoir vécu,  c’est de ne pas avoir su  tourner les pages à la vitesse où il eût fallu le faire, dix doigts ne nous auraient pas suffi.

Vous fûtes la plus sûre et la plus certaine que j’ai heurté, quant au contenu de mes propos, j’ai beau  cliquer sur  mes souvenirs, les gratter,  ils ne me reviennent pas, je retire de  mon crâne avec la fourche de Satan du subalterne, cela ne vous concernait pas, mais parfois j’y  retrouve la légère musique des belles situations, la soudaineté de mon  amour est irraisonnable, informulable, il résonne encore à  ma raison qui d’ailleurs n’a rien à voir là-dedans,  il en fut ainsi, un point c’est tout, ma pauvreté m’a refermé vos portes , celles que je franchissais avec une autre voix, je vous envoie des modes et des mots de mes  endroits étroits, je n’ai plus la  gourmandise de l’existence, mon indigence est comme une phrase silencieuse et irrégulière à un infini de vous, j’ai la fièvre lente dans mes zones de turbulence, vous ne m’attendez plus, j’ai construit  des passerelles que vous n’emprunterez pas, cela m’est aussi douleur..

Au foutre foutre l’âme
trop vieillie submergée
au milieu des idiots
avec leurs vierges molles
leur santé et leur montre
aux têtes de hibou
mon père a les yeux pers
il travaille dans les nuits
il emprunte les escaliers
avec son violon sourd
sous son bras gourd
pour jouer un air
d’arquebusier
le soir il danse
pour une légion de mystiques
qui ont des baisers  à la Russe
à leurs  lèvres gourmandes
le carrousel du ciel
se détend sur les faubourgs
chacun redescend
toucher le sol
aux serpents et aux
scorpions acoustiques…


Les langues maternelles
tournent aux vertus du champagne
où boudent les curieux
de la conjugaison
madame perd une jambe
comme un scorpion sa queue
il lui en vient une autre
triste comme un canal
les poissons iodés
font des études dans
les filets des demoiselles
les ardoises du ciel
sont brodées de gris
la solitude est un site classé
une aubade à sa recherche
la solitude est un citron glacé
aux mains
de la seule concierge
qui n’est pas mariée
moi je me veux le compte
moi je me fais le complice
de la duplicité
hélas je réagis mal
auparavant et à mon parapluie
je n’ai pas la pratique
à retenir les larmes
je désole la rhétorique.


Au gibet  insondable
va la poussière de l’âme
j’enlève un doigt de ma bouche
j’en fais un bâton de pèlerin
je pars vers le nord
avec douze orteils
à chaque pied
j’ai des ampoules aux mains
j’ai bêché le jardin du ciel
je ne suis pas un amateur
d’avatars aux  lampes bleues
j’ai  du silex
pour faire du feu
ma fontaine est à la porte
je ne lis plus
que  des guides
gonflés comme de aubergines
je caresse celui qui franchit mon seuil
j’ai un chat dans la gorge
et  quatre veaux au pré
qui tètent sous leur mère…

La travailleuse de nuit, elle a les paupières hautes et droites, les yeux ouverts sur  l’homme qui passe, et celui-là il ne lui a rien montré,  il apprendra la culture de la culbute à son premier salaire,  il est raide et serré dans ses étroitesses,  il s’est déteint dans son travail, dans les courants d’air, au matin il a dévalé les escaliers pour des bureaucraties, des études insubtiles, sa chemise a raillé sous le fer chaud, son col est empesé ,il ne montre rien de lui, et plus on le regarde plus il ne   laisse rien apparaître de l’être espérant qu’il est, il doute, il nous ressemble pourtant, il boit,  il mange, il a fait  des promesses, il attend que quelque chose de beau lui vienne,  il attendra longtemps.

Les organes lymphoïdes
vont aux organisations murales
pour des balourds violets
qui inspirèrent Magritte
et ses citrons à particule
le maintien du pronom personnel
et en queue de peloton
c’est un poids plume
avec des semelles de carton
le carton est mâché
par ceux qui pourront donner  du noir
et des particules de bois
pour  les mammifères arboricoles
il n’est pas certain
que la nuit irrigue quoi que ce soit
d’autres s’y maintiennent debout
de peur d’y  voir une crue
ou la cruauté des hommes
s’exercer autant horizontalement
que verticalement.

Apportée par téléphone
et approuvée par les votes
la mort de la dinde est annoncée
elle aura pas d’édifices élevés
et les perroquets grimpeurs
rirons dans leurs quartiers d’été
ils n’éprouveront rien
une autre indigne ira aux belles époques
où des danseurs modernes
tombent dans le fado
de la grande nation
qui représente
un  commence équitable
au sommet des montagnes
c’est un principe de bon aloi
conseillé par les pornographes
et le premier qui veut descendre
du côté de l’ubac
il  est indexé
à la vente des particules élémentaires
celle qui composent
les vers à soie
les tympans  à tête de pièces
renouvelables
des chimpanzés aux torses étroits
et un Père Noël
qui dégoûte  vos enfants.