Au jour le jour 338

A DE.

La terre est d’un grain saugrenu, transformée en intervalles et en frontières à houppelandes noires, c’est devenue une mécanique à la figure fragile d’argile et d’albâtre qui rompt sitôt que l’homme se dresse sur ses pics pour rendre le ciel plus horizontal qu’il n’est, je taille et détaille dans cette gourmandise qu’ont les hommes à vouloir grandir un pays pour de funestes attractions, une part de réel souverain, et n’y vois que des angles et des coins, des arêtes où l’on ne plus ériger de cathédrales, en vue d’en faire des pics fabuleux d’où monteront nos prières pour serrer la gorge de tous les dieux morts de nous avoir trop subis, voilà aussi que de larges pointes se dressent, des crochets de fer vont aux chairs fétides, l’homme confond ses compléments d’objet, avec d’inutiles pierres, avec des robes de communiantes pleines d’épines et d’épeautres , de celles qui ne s’accoutument plus d’aucun passage ou paysage, voilà aussi que les beaux jouets équivoques sont sollicités pour leur contour , et non pour leur revers de bête cendrée, voilà que les entrailles du monde deviennent séduisantes, les tripes et les boyaux aussi, moi je ferai bien un chemin contraire à toutes ces destinées, avec des chiens et des chevaux.

Je connais quand on meurt, ce cher serpent jaune à s’arracher le visage, aux yeux de taupe et de chien rougissant, qui a dans le jour les élans d’un maître qui lui jette des pierres immenses qu’il n’ira pas prendre en gueule, mes proies, elles, vont de l’absence d’être à cette source obscure venue d’entre les mers aux chaudes gorges, je voudrais me sauver d’entre les eaux et les mots , lire sans en devenir aveugle, me terrer dans le repaire de tous ces ivrognes qui ont crié le nom d’une île, d’un archipel dans la détresse, et n’en sont pas revenus, tant leur face s’éclaboussaient des deniers quignons du soleil, je veux une paix transparente dans mon souffle, ma respiration, mon regard de faune élargi qui marche dans la boue et boite, et vous, devenue une chair éprouvante, j’aimerais que vous vous perdiez  dans mes sommeils, personne d’autre n’y viendra dormir pour des éternités qui seront sans fond et sans fin…


Telle est une couleuvre qui s’est coulée dans le bronze, lorsqu’une ordonnance fut posée sur l’autel avec ses ciboires pleins de venin, la voici  avec ses vestimenteries plus riches encore que ses fausses lettres de créances, ses ongles sont de porphyre et sa chevelure de soie agrémentée d’un roux épineux, de celui qu’ont les ronces dans des automnes où les fagots radotent et figurent des curés qui se défroquent et pissent contre les chênes. Mon bourdon est le produit de ses vœux, et de ses mots, ceux qui sortent de leurs nœuds orbitaux comme des pierres lancées contre d’infranchissables murailles, là où des vieillards finissants terminent des guerres de cent ans, j’y entends aussi le choc funèbre de sa nature, celle qui consiste à se promettre à d’autres comme on pousse un jeune chevreau au pré, sous la mère, celle qui a gardé l’angélique façon de n’être pas muselée et qui va au loup avec un jacquemart, puis tend à l’air frais son fuselage de bête qu’on écornera, c’est là que je reconnais les façons d’une ancienne aimée qui allait à la mort avec une toux d’étrange graine ramassée dans un puisard…

Avec vos mains violettes par d’incidents anciens

Vous venez à ma couche sans nul autre détour

Que de prendre de moi ce qui vient à rebours

Un corps des souvenirs et ce que je détiens

Un peu de songe en somme malgré mes noirs chemins

Et la lampe soumise éclaire déjà demain

Lorsque vous reviendrez le cœur comme un festin

Ouvert pour me donner la rime et son quatrain

Je vous accueillerai les cheveux en bataille

A mes lèvres viendront   le silence et les mots

Le silence pour vous dire que par tant de mes failles

J’ai bien failli aux mots les laissant au repos

D’une qui sera présente le temps qu’elle comptera

Sur l’horloge des mois et celui ce l’amour

Et si la route est fausse chacun se comprendra

La vie est un soleil ou le plus mauvais tour…


Celui qui va vers l’homme
il a déjà payé
la cote part du ciel
autant que du pavé
les visages sont nus
au soleil des deux notes
et je te vois grandir
aux dianes monotones
qui lèvent en moi du somme
et tant de repentirs
voire même les souvenirs
de mes vingt nans marins
quand j’allais à la berge
à ces filles légères
tenues tenaces et fières
aux tenues outrancières
Toulon était mouillé
tout rouillé  nervures
capots de l’ombre froide
aux premiers matins bleus
où j’étais en service
pour une éternité
bourdonnante aux oreilles
de nos uniformités
le chant haut d’une mésange
me met à ta campagne
je sors de ton lit tiède
je franchis des fossés…

Quand je tournoie
autour des fins frontales
j’ai une étoile aux mains
un couteau à la ceinture
la chimère part en fumée
mon ventre est un ange aveugle
avec une pendule
autour du cou
j’avale des comptes et des couleurs
je ne prends aucun risque
je ne ronge aucun frein
ça servira en rien
juste à un facteur
qui obligera les rats
à parler le langage
des lettres égarées
puis vient un vent d’ouest
une lame à chaque doigt
qui perce nos tympans
nous devenons
de malheureux poissons
pleins de fausse
volonté acide
qui vont former des nuages
et tout un peuple
de vers luisants…


Laissez passer
l’enfant sérieux et las
que j’ai été
brisé sous les préaux
dans l’attente du docteur
de sa froide verveine
laissez-passer
l’enfant aux riches tempes
vers l’humide campagne
où il redressera
les fougères au passage
et qui dira à la plaine
des mensonges des messages
laissez passer l’enfant
qui élève des chiens
des chenilles bariolées
dans chaque cimetière
marche pas à pas pour
les souvenirs du temps
et ne moque personne
même dans ses éléments.

Si vous me le permettez
Je ferais des machines
Parfaites comme les échafauds
Je résonnerais les remplaçants
Qui ne prendront pas le départ
Tous comme ces rats sulfatés
Qui obéissent à la pompe
A l’estrade et à la généalogie
Si vous me le permettez
J’irais à cette femme
Ombellifère aurifère haute
Avec aux joues une mouche
A ses lèvres un cadastre
Que mes mains visitent
Comme on plie une carte
Si vous le permettez
Je nagerais vers la rousseur
Du dormir et du mourir
Je serais adroit et serein
J’entends déjà l’ordre
De l’arbre le plus profond
Qui m’appelle à la bière
A l’heure de la causette…