Au jour le jour 330

L’œil du droit devant moi
est un fond de neige
venue d’un lointain vorace
avec ses dons urbains
elle va dans le miroir
où s’endorment
les légèretés des prêtres
ça m’avançe à quoi
de voir ta petite chienne mâtinée
par un épagneul au long cou de briard
je sors de chez moi
j’achète un journal
c’est un jour de marché
j’acquiers un gramophone
je l’offre à mon frère
qui le met sur son balcon
parce qu’il sent mauvais
les anciennes antiennes…

Je ne suis pas un  homme
au  sommeil établi
aligné suspendu
lorsque je m’endors
je m’endors à moi-même
moi-même est déjà mort
c’était un qui vive
de pas grand chose
je bois un verre de whisky
entre les bras
d’une walkyrie
odieuse comme
mes orbes terrestres
je verse des  larmes
sur le passage
des alligators
je compte à rebours
je monte dans un bus
une pipe ta bouche
je me fais  jeté
je ne suis grand-chose
et c’est habituel…


Soixante balais
pour le repos
soixante piges
pour presque rien
pour pas grand-chose
soixante années
pour s’emballer proprement
pour une
tamponnée par mes petites mains
elle était ma kermesse
la grande roue sauvage
des arcs triomphaux
j’écris que je marche
comme un escargot
que je vais au musée
que je lui suis redevable
d’autres siècles de vie
elle me répond
que sortir des théâtres d’ombre
c’est comme aller à de
nouveaux rêves
je prends un taxi
je rentre à l’hôtel
je suis le conquérant
des nouvelles botaniques…

D’où de quoi
meurt on  le mieux
de la main droite
de la main gauche
de celle qui frotte
qui va du polissage
à la politesse
à force d’avoir été
verrouillée
ma femme est un vertige
pour  mes nerfs énoués
elle fume par trop
les cibiches aux fumées grises
elle aime les hyménoptères
qui ont des expériences
de gel et de sel
elle reste  des  plus secrètes
depuis tant d’années
j’ai dormi dans son lit
trois années durant
sans le canal des somnifères
avec des herbes magiques
échappées des groupes de tête
j’ai emmené un troupeau
de belettes bleues
jusqu’à l’Arctique
je suis dans la contagion
d’une fièvre malandrine…

 
Ce coup de poing au ventre
je le dois
à la première des femmes
qui me servait  du café le matin
avec des taches de graisse
sur son  tablier
toutes d’ailleurs
nous ont fait du graillon
à nous les ouvriers
faisant les trois huit
dans les gisements
dans nos pensionnats
à dix ans
à quoi pensions nous
lorsqu’on nous liait les mains
pour ne pas poindre
à la branlette
ça c’était chez les Frères
mais d’autres frères sont venus
d’un autre côté contre nous
alors nous sommes devenus
nerveux dans les intestins
dans l’humanité servile
nous n’en voulons plus
de toutes ces saloperies
et si nous allons encore à la vie
c’est à grands coups de hache.

Il est une demeure
où je me repose
comme dans un corps familier
j’y fais du feu
de la poitrine aux pieds
qui vont sur les sentes
en automne
au milieu des marécages
où chavirent des crapauds
princiers inoccupés
on en sort un de l’eau
on le tient par une patte
un quart d’heure durant
le crapaud entre
dans la peau d’un prince
c’est son sexe
qui est dans notre main
depuis  quinze minutes
il dit
vous pouvez me lâcher maintenant
je pars droit devant moi
je vais prendre le train
te retrouver
avec tes prismes et tes anguilles
tu me jetteras
et je rirai….

Changement de régime
on a trouvé du bœuf
et on le bouffe
il a un ticket à l’oreille
Coco qui est  mon ami
m 'emmène les  abreuver
le bétail a
une odeur chatouille mes narines
comme un cœur impudent
dans le village
on dit que je bois trop
ça ne me met pas
dans de bonnes sensations
en  voilà une histoire
qui ira bien
à cette demoiselle
qui sirote du cognac
en lisant les journaux
ou alors
des poèmes de Saint John Perse.


Ma couille droite
ne se mêle jamais
de ce que fait ma gauche
ma senestre
ne s’emmêle pas à ma dextre
toi chamelle
grand animal désorganisé
tu as mis le boxon
dans mes vitrines
déplacé ma vaisselle
les draps et les taies
je ne suis pas toujours
dans le domaine des alcools
et les alcools dans mon abdomen
ne sont pas de mon désespoir
je m’en désamoure parfois
je m’invente alors
des amours légères
comme le sodium
cet animal à trois trous
en forme de saladier.

Tes cendres contre le balai
brossé comme tes cheveux
sont violettes
à mon souvenir
désormais je suis un type
du nombre de ceux qui
ont procédé du matin
comme eux
je vais à la cesse
à la messe
à d’autres miches
à d’autres patches
à d’autres banderoles
à d’autres banderilles
je reste contre toi
ma première fameuse
je tremble
d’inquiétude de solitude
je traîne dans tout
ce qui parle de toi
c’est dans une flore
qui n’est pas intestinale
que je crèverais
que j’oublierai ton nom.


Des cathédrales aux spasmes
liquides du cément
il y a des instants d’ennui
parce qu’on le veut
à la vitesse d’un noeud
il s’agit d’être en intérieur
comme un marin écrivaillon
qui peste contre des potes
moi je psalmodie du temps
local ou mes idées sont
comme des poules
qui me  rappellent les filles
alanguies mais pas pour moi…


Tords le suaire de  la tempête
aux mages miséreux
pars dans les brumes
célestes audiométriques
sois le compère
le compagnon
de celui qui  porta sur ses épaules
les péchés de la terre
en traversant un gué
va dans les gares
où les locomotives
sont encore à la houille
vont à la courbe des lignes
à la course aux  oiseaux
dont le duvet est  tout de flamme
garde la tête haute
dans le firmament
là où de chouettes filles
brodent des étoles et des étoiles
et quelles balanceront
du très haut
pour nous montrer
combien nous sommes
d’ignobles singes…