Au jour le jour 320

Nos tristesses engendrent des scléroses qui nous rendent contagieux d'un sommeil qui n'est pas à notre mesure.

Une de mes paniques serait d'aller à reculons, sans y adjoindre la pensée d'une défaite.

Dans cette mélancolie qui gagne en avenir, j’ai parfois des élans de philanthropie, que je démesure jusqu'à d'insanes regrets.

Passer un chiffon sur l'Histoire, et dépoussiérer jusqu'aux gibets.

L'art nous prédispose à des dégoûts réussis.

Je réponds à la poésie par des épidémies d'injures, qui la convainque de troquer le mot pour du vandalisme.

Je fais dans le dilettantisme, le jeûne et la prière, avec la préciosité de quelqu'un qui peut s'évanouir autant dans une église que dans une sacristie,voirse un bistro.

Rien que je ne me sois permis de cynique et qui ne m'ait conduit dans de la compassion.

Tout est vicié dès lors qu'il s'évapore dans des proportions que nous ne supportons que lorsque nous sommes ivres. Aimer, c’est donner suite à ce virus d’exister.

Les mémoires déficientes sont les plus convenables.

N’avoir le recours à la parole qu’après les méditations, ou les accès de folie, le reste n’est qu’une usurpation, un nouvel échec.

Mission :fait imbécile pour se donner une raison d’être.

J’use pourtant de cette indécence là, qui rend molles les convenances.

Survivre à la manie, au tic d’exister.
Rien ne dure de ce que nous voulons voués à la durée, dure ce qui nous conduit à la stérilité, et que le ressort du dire n’a pu nommer que par des idioties ou des absurdités.


Le folklore du bavardage nous fait perdre le bon usage de la prière, qui ne témoigne plus de nos perfections ,pas plus que de nos intérêts pour cette même prière.


Ce n’est pas tant le faire qui nous rend vaniteux, avec l’humeur d’un qui ne s’ennuie pas, ce sont les déboires liés à ce même faire, lorsqu’il n’ pas été exécuté avec le sérieux fixé à la réussite ou à l’échec.


Je n’ai pas cherché à paraître, je dors dans l’impression d’un qui a redouté d’être de peur qu’on ne lui interdise l’action.


Est sérieux tout ce qui est douleur, le sérieux passe par l’inapparence, c’est l’épreuve du sang et de la sueur qui se traduit par le mot, héritier d’une sensation qui s’est contorsionnée pour donner une idée juste du savoir et de l’être.


Le moment choisi, voulu, c’est le moment qui fait le moins mal.


A vingt ans, je choisissais de me consacrer au doute et à ses charges, je préfère aujourd’hui me proclamer d’une fatigue tout aussi inquiétante.


J’avance pour vérifier le pas.


Mes passions sont sans apothéoses.


Je rêve d’un amour obligé.


M’investir me paraît de l’ordre de l’égoïsme, je préfère m’effacer de tout et en tout, pour me garder du mode supérieur du faire qui pousse à la vie qualifiée comme telle.


Les évidences m’ont mené à la rébellion, j’ai cherché à n’en pas être la victime, je réside tout entier dans cette amputation.


J’ai appris à ne rien garder ni gagner, je dors dans la pire des inclusions.


Le propre de l’indécence c’est d’étaler sa vigueur, une indécence plate, en demie mesure s’appelle « Rôle ».


L’utopie infecte et délicieuse d’un régime sans professeurs.


Séduit par les tentations, toutes les tentations, pour un non, un seul, je me suis épuiser dans le rêve d’en retenir .


Cet incroyable incident qui nous fait, et que nous cessons de distinguer, sitôt qu’entrés dans la parole, nous restons inentendus.


La toute puissance de cette ambition d’être et de le savoir, sitôt que j’y réfléchis, fait place au pourquoi, au pourquoi si suspect à tous les pourquoi.


Il ne suffit pas de développer une idée, je cherche à ce qu’elle ne souffre pas de mes hésitations, de mes foutus discernements.


Lire, se donner à la conscience de l’auteur, et finir sur le canapé comme un cadavre sans importance.


Tout bien considéré, je ne considère pas grand-chose qui vaille la peine de me donner plus de désagrément que d’être tout court.


Ne plus réfléchir jusqu’à comprendre pourquoi on ne veut plus réfléchir.


Vivre c’est discerner, discerner c’est déjà mourir.


Si l’on pouvait crever sans devenir fou, généreux, ingénieux, quel progrès ;soudain limiter ses forces à être, rien qu’à être. Tout schlingue l’autrui.


La mort c’est notre côté le plus sain, le reste n’est qu’un biais organisé en existence, en vie comique.


Tout ce que j’ai cru faire de beau ne m’a mené à aucun bout, je cherche à converger vers ce point, où toute honte, où tout délit procurent quelque véritable effet de vie, effet de dégoût.


Après le remords se réorganiser pour quelque horrible cliché sur ce même remords.


Montrer, démontrer confèrent cet air d’imbécile qui pense, et qui s’abstient d’agir.


Je suis un énergique que le verbe horripile, et qui se détend par ce même verbe.


Rien qui ne mérite le meilleur de moi-même, je ne peux que susciter de la morve, ou cette gangrène de la parole qui passe par quelque insomnie, ou quelque corruption.


Dans cette transition, j’aurais indéfiniment penché pour l’affront, tous les affronts, y compris celui de ne rien estimer sans que j’y réfléchisse une nuit durant.


Peut-on jouir de cet impossible là, que tous les mots contrarient jusqu’à la prière ou l’agonie ?


Le réel s’évanouit à mes yeux, sitôt que je me compromets avec quelque acte fait pour m’éclairer.


C’est le dire qui a été le plus bas de mes grés, le plus vivace aussi, parler ne m’a tourné que vers moi, vers rien d’autre ;je veux dormir dans un silence capital, que l’immédiat désir de somnolence ne poussera pas dans les exagérations du verbe.


Pour une seule idée, mais une idée juste.


Tout acte, tout faire sentent la nauséeuse aventure de vivre.