Au jour le jour 312

 

J’ai fait de la déception mon mausolée, et je m’y lamente à la manière d’un muet, et qui n’a pas de gestes.

L’hiver restera la forme extatique de ma faiblesse, de tout mon univers, et j’y ai trouvé refuge, tel un animal, qui assiste désemparé à la fonte des glaces.

Entre les autres et moi, des points culminants, ceux de mon ennui et ceux de mon application à le tromper.

La beauté ne peut que souffrir de nos étreintes, et nous dispenser de tant vouloir s’y attacher.

Dans la liturgie de l’amour, nos sentiments sont des courts jus, et de nos profondeurs quelques parfums suggèrent de l’encensement ou l’écoeurement de soi.

Dans l’apathie comme dans la solitude, notre morgue est une combine ontologique.

Ayant voulu attenter à ma vie, j’ai aujourd’hui largement de quoi m’abandonner à ma déplorable habitude de choisir jusqu’à mon plus petit retrait.

Quoique je commette, j’ai le sentiment d’avoir orchestré des représailles, et en suis honteux comme un Job sur son fumier.

En mon for intérieur un Hamlet dort dans un sarcophage, et Djoser s’arrange avec des reîtres.

Rien n’existe en dehors de ce que je saisis du monde quand je suis livré à l’ivresse, et que celle- ci a été brodée sur le comptoir des contentieux et des désespoirs.

Dans chaque amour naissant je suis un globe tendu des déceptions à venir, et rien ne peut me réconcilier avec la chair, pas même de m’y voir grandi, gagné d’une indéniable beauté.

Dans la nostalgie, les croix ont de célestes attitudes, dans l’ennui, elles sont dans le sens d’un défunt monté dans l’azur fatigué des hommes et de lui-même.

Dans mes insomnies mon corps est sans signification, pourtant il supporte cette vulgarité des heures qui sert la conscience, en lui donnant à réfléchir sur ses propres insignifiances.

Tous les foyers sont putrides parce qu’il y a  l’homme qui y tisonne avec le sceptre de Satan.

Patte sombre de toutes les conversations, de toutes les accusations, la mienne s’arthrose, c’est une liane sèche qui n’a plus de nerfs, d’énergie.


Je n’ai admis aucune forme d’obéissance, c’est ainsi que je suis né mille fois  à mes yeux.


L’homme va dans le troupeau de  ses épaisseurs et de ses équinoxes pour y éteindre un soleil mort qu’il ne peut regarder  de  face.


Je n’ai plus de prières pour l’homme, je me damne avec des  esprits infatués.


Comme je me maintiens dans l’existence avec des pilules qui contraignent mon cerveau à se replier, je me replie, et je suis une nouvelle fois seul au monde.


Supplique  pour le créateur, donne-moi de la légèreté.


Dans mes enchevêtrements d’idées, une seule qui soit salutaire, c’est celle-ci, crève !


Jour après jour des souillures, de la matière boueuse  et stagnante, dans laquelle ma famille ralentit ma course à la dénoncer comme mésestimable.


Chassez le mal, il revient sur des étriers.


Plus  on veut être quelqu’un dans l’enchantement d’exister, plus on est enclin à vivre au  centre de soi-même et assoupi au milieu du chaos.


Les imbéciles ont une bonne raison d’être, simplement pour qu’ils sont nés.

Chaque jour davantage ma main tremble, quelle belle idée que celle d’avoir une érection.


Sur ma pierre  tombale j’aimerais qu’on lise «  Merci pour votre visite et à bientôt »


Voilà quelques mois déjà qu’une peur purulente s’est immiscée en moi et dont j’ignore le nom, l’entendement, et je crains tout et n’importe quoi, c’est cela qui m’est insupportable.


Je sais le tiers de ma vie à dormir, et les deux autres à m’endormir aux autres.


Chaque jour je me consulte un horaire précis, une fois la consultation faite, aucune aiguille ne s’est déplacée sur le cadran.
J’aimerais qu’on dise de moi «  Il est mort pour son bien ».


Souvent je dîne seul restaurant, les et dans cette solitude je confonds manger et me goinfrer...


Ma vue baisse, mon sexe tout autant, mon dos m’oblige à des inclinations, j’ai l’âge d’une autre condition, celle de l’anéantissement.


On ne se débarrasse de  la vie jamais assez tôt, vivement un décret pour de l’infanticide.


De mon côté ascétique je retiens qu’il m’a toujours mené dans une forme de valoir qui est à la discipline ce qu’est un au revoir est un médecin.


Chaque jour gravir un Ararat et n’y trouver aucune arche, sinon du bois dont on fait les potences et les gibets.

L'expérience de la souffrance passe par un déséquilibre nerveux ,cela s'appelle le tic d'exister.


D'aussi  loin que je me souvienne, je n'ai  fait que dans l'euphémisme, quand il eût fallu être injurieux ,pire encore, silencieux.


Nul ne  connaît  l'autre s'il ne sait ce qu'est la fiction.


J'ai perdu ce que j'avais d'insondable au-devant de ces femmes dont la douleur était plus centrale et plus capitale que la mienne.


J'ai peur d'entrer en collision avec l'homme, cet astre rouge et bleu mort bien trop tard.


L'ennui faute de témoins, on ne peut que se l'avouer à soi-même, et cet aveu nous n'en avons jamais rêvé.


Il est déjà prodigieux d'être, figurez vous alors de n'être pas né....


Tout acte est à l'origine d'un second acte, et d'un troisième, puis vient la conviction que le lit est le seul lieu salutaire.


Des deux côtés de notre foi ,un penchant pour du vomitif...


Chaque jour davantage dans l'idée de la mort, peut-être ne suis-je pas encore assez excédé pour mener cette idée à son terme?


Dieu que la vie serait belle sans les mariages et  les enterrements.


Il y a des jours où l'on aurait aimé ne pas vivre, ces jours-là on les érige au rang de néant.


La musique c'est la réponse de tous les tourmenés, et dans laquelle il trouve une façon de se projeter dans leur futur cadavre.


J'ai des milliers de fois fait le constat suivant, tout est toujours définitif...


ici, ailleurs, que nos propres tares, déficiences,  et conclure qu'on ne peut tourner autour...


Je suis un type vulgaire qui tente vainement de remédier à cette vulgarité en pervertissant sa nature chimique, de profil et de face.


Toutes les nuits je m'endors en commettant des crimes qui viennent confirmer mon penchant pour l'homme.


Je me suis gaspillé dans un trop plein de sensibilité, c'est  à mon côté infirme.


Matin grisâtre, je me réveille en voulant sur ce ciel morose, s'impose  à moi une réflexion saine, tout est vain, j'en reste là.


Plus je perds  la mémoire,plus j'ai besoin d'un dictionnaire, et plus j'ai besoin  du dictionnaire plus j'ai besoin d'y voir clair...


Je me suis entêté dans l'idée que de bien parler une langue, c'était pouvoir  aller à la réplique, j'en suis revenu, on peut répliquer avec ses nerfs.


J'ignore encore ce qui m'a conduit chez le psychiatre, ce que je sais, c'est que je m'y conduis mal.


J'ai toujours eu le goût de la modération, j'en suis venu à désirer de l'âge pour faire des injures qui me survivront...