Au jour le jour 307


Je vais et j'avance dans la vie en maudissant ce soleil qui fait réfléchir chaque étoile,les sélénites,mais pas ces hommes obnubilés par d'autres éclaircissements.

Les imposteurs ont toujours d'excellents arguments.

Avec toute la misère du monde, faire œuvre de paix, puis s’éloigner de ceux qui trop se rapprochent, et dire une nouvelle fois qu’on veut se mettre à jour, simplement avec des mots, des notes et de phrases pour ceux qui nous touchent avec des façons très personnelles.

Nous débattons, chacun tire à soi la part de l’oubli, chacun s’amuse des commentaires du comédien quand il ne reste à l’ouvreuse que ses jarretelles et tout ce petit monde qui rit de la voir si ennuyée.

Combien j’ai tremblé de tous mes crimes, résigné à n’en pas payer le prix, et combien j’ai erré jusqu’aux frontières de mon propre néant sans que nulle aide ne me parvienne pour m’assombrir dans les souverainetés de mes propres vides…

Mon caractère ombrageux a pris forme dans les mains de ces filles qui se détachaient de moi tant je leur laissais le choix de leur fragilité.


Ma paresse ,j’y goûte à chaque fois qu’elle retombe, et que je dois vaquer verticalement parmi les hommes, parmi leurs éboulements.

La matière de mes ressentiments est une trace physique, écarts et écartèlements dans un demi sommeil, sous des pierres répandues comme après une lapidation.

Je me suis enténébré dans de sombres secrets comme en une femme, dans du veuvage, de la nostalgie, de la musique, après, après je me suis endormi dans d’ignobles manières.

Tout ce qui vient de moi et va vers les présences est voilé d’une discrète douleur, inscrite dans la matière même du plus infimes de mes atomes.

J’ignore jusqu’où je me suis borné.

Tel est porté vers les évidences comme vers une femme qui s’est déchirée dans l’amour, et n’a pas réalisé que l’amour est une évidence corrompue.

Ma tristesse est consécutive à tout ce que j’ai falsifié, et à ces résistances qui ne m’ont pas permis de gravir l’écrasante hauteur des hommes.

Il y a quelque obscénité dans la solitude, celle de se voir tel que nous sommes, faibles, veules ,et si directement pauvres.

Je ne me consolerai jamais d’avoir été utile, et de m’être ramifié dans cette vaine salubrité.

L’amour est fièvre, et nous l’atteignons autant dans la générosité que dans la pitié, tous deux vains sentiments, arrangés comme des sentiers lumineux pour notre salut..

Je ne sais que vivre dans l’inquiétude, celle de tout perdre, et tous les instants me sont comme autant de triomphes sur ceux qui se prolongent, sur ceux qui durent.

Tout est conçu pour disparaître.

Mon détachement fait suite à mes vacillations, celles qui me sont venues quand je me voulais dense, sans me rapprocher de quelque lumière que ce soit.

Je patauge dans des océans de peurs, et tel un nageur submergé par les flots, je vois mon existence n’être révélée que par son propre néant.


Qu’y a-t-il au beau milieu d’une vie, et que je n’ai pas atteint, et que je n’ai pas dépassé ?

Mourir, c’est atteindre à la vérité, dans l’insupportable ivresse des sens ensommeillés, dans celle aussi d’une larme qui nous éclaire.

Toutes les idées puent l’imminence, celle qui sent le renfermé et les réduits de la raison.

Je me noierais dans mon sang s’il venait à perler du dessous de mes paupières.

Lorsque dans mes équivoques plaisirs, un rien embaume mon cœur et mon corps, je me vois tel un boucher dégoulinant de sueur, effroyable et qui sourit, et qui surine.

Mes amours ont été dysharmoniques, elles ont conféré à mes matérialités des façons de faussaire, quand je n’ai aspiré qu’à ne pas entré dans le grand foutoir de toutes les âmes ulcérées par le même plaisir.

Ma vie n’aura été qu’une occupation entre des fonds baptismaux, et une déambulation sur le gravier des cimetières.

J’ai fait de la déception mon mausolée, et je m’y lamente à la manière d’un muet, et qui n’a pas de gestes.

L’hiver restera la forme extatique de ma faiblesse, de tout mon univers, et j’y ai trouvé refuge, tel un animal, qui assiste désemparé à la fonte des glaces.

Entre les autres et moi, des points culminants, ceux de mon ennui et ceux de mon application à le tromper.

La beauté ne peut que souffrir de nos étreintes, et nous dispenser de tant vouloir s’y attacher.

Dans la liturgie de l’amour, nos sentiments sont des courts jus, et de nos profondeurs quelques parfums suggèrent de l’encensement ou l’écœurement de soi.

Dans l’apathie comme dans la solitude, notre morgue est une combine ontologique.

Ayant voulu attenter à ma vie, j’ai aujourd’hui largement de quoi m’abandonner à ma déplorable habitude de choisir jusqu’à mon plus petit retrait.

Quoique je commette, j’ai le sentiment d’avoir orchestré des représailles, et en suis honteux comme un Job sur son fumier.

En mon for intérieur un Hamlet dort dans un sarcophage, et Djoser s’arrange avec des reîtres.

Rien n’existe en dehors de ce que je saisis du monde quand je suis livré à l’ivresse, et que celle- ci a été brodée sur le comptoir des contentieux et des désespoirs.

Dans chaque amour naissant je suis un globe tendu des déceptions à venir, et rien ne peut me réconcilier avec la chair, pas même de m’y voir grandi, gagné d’une indéniable beauté.

Dans la nostalgie, les croix ont de célestes attitudes, dans l’ennui, elles sont dans le sens d’un défunt monté dans l’azur fatigué des hommes et de lui-même.

Dans mes insomnies mon corps est sans signification, pourtant il supporte cette vulgarité des heures qui sert la conscience, en lui donnant à réfléchir sur ses propres insignifiances.

Toutes les hauteurs sont vides de ces éternités où Dieu ne sait pas mourir.

A cette certitude d’avoir un destin, j’ai substitué cette autre de ne rien avoir été, sinon un endormi signalé par ses détresses.


Il y a toujours un temps pour nous révéler et réveiller à la beauté, ce temps est brutalité sitôt qu’il disparaît dans les frémissements d’une marche forcée ou d’un forfait.


J’ai goûté à la dignité, celle de la rêverie et du songe, quand tout ce qui était vulgaire s’alanguissait aux tropiques du sang.


Lorsqu’on a sommeillé quarante ans durant peut-on sourire, inoculé d’amertume, ou doit-on gagner en nouvelle fainéantise, celle de se taire, autant que celle de se détacher de tout ?

Penser, c’est se révéler être ,et en étant nous sommes portés à des connaissance, celles qui sont oiseuses, ainsi que celles qui mènent à la lucidité.

Je n’ai plus rien à dire que je n’ai identifié comme issu du fourbi de toutes mes insanités.

La vie verse toujours du côté de la fureur, la mienne en certains de ses angles s’y pourrit, gangrenée par mes hontes et mes cécités.

Je n’ai su tirer profit de rien ,et c’est ce rien qui m’emmerde.