Au jour le jour 302


Ce sont des porteuses d’eau devant de libres moulins et leur proximité est un lien admissible, leurs pieds sont nus et elles sont les signataires de ces nouvelles règles qui veulent qu’on les regarde danser par-dessus les rigoles qui se fendent d’une eau charbonneuse, à les entendre dans leur insolence séculaire, on croirait qu’elles n’ont jamais été dans les sauvetages ou les culbutes, leurs dépositions sont devenues redoutables, comme celles de ces dames du temps jadis qui ont chu dans nos imaginations, dans la salle du conseil, elles ont l’allure de truites aiguisées, de sombres créatures avec une torche autour du cou pour aller sans effort dans la nuit et dans nos jours aux mouvements de cravate épinglée, et nous les aimons dans la nostalgie de n’avoir pas été des artistes reconnus…

Au fragile regard clos sur d’anciennes possessions, la cloche transformée en insecte monte dans la nuit avec ses pattes nuageuses, on distingue le plafond de l’obscurité avec nos sens énoués, et je crois savoir que nos altercations et provocations sont des coups d’ailes minuscules, le crin d’une bête virtuose, des rumeurs infernales qui viennent de nos hontes, voilà que nous parlons peu, notre reflet est une sale bouillie prolongée dans le marbre, ce siècle s’évide de ses dernières forces, et dans nos chambres, des résonances de rat chauffeurs d’étal et de salle ruissellent sur le parquet comme autant de coups sur un nouvel écu, sur de saintes armoiries qu’un cadavre porte sur son torse dans une rade où des marins s’horrifient du violet de leur petite race…

Dans l’approche de la colère et de ses gestations, je suis un singe halluciné arrondi d’un examinateur qui à coups d’éperons mitraille un ferronnier sur une piste de danse, et mes allures sont celles de tous ces êtres qui rejettent leurs cheveux en arrière pour d’infantiles séductions répétées à l’envi, j’augure par tous les aspects de ma face et de mon torse que j’ai été roué, qu’un bec-d'âne m’a effrangé en maints endroits, et qu’il n’y a d’orientalisme dans mes façons que ces ordalies par l’éros en solitaire, j’exagère une fois encore ma face sombre et violacée, et jusqu’à mes grotesques cabrioles, je ne vois plus qu’un diablotin à la queue basse qui  ne veut plus s’ondoyer de rires, qui dans ses sottes candeur et hébétude veut déchirer ses entrailles pour voir si le sang y abonde encore en flocons aux commandements d’une neige des plus fines…

Ce sont les confessions des ignobles bijoux qui sont autant de mèches redoutables jetées dans les épis ,les éteules et les meules qui m’ont mis dans d’ignobles circonstances, telles celles d’un vieil amant sédentaire qui se décloue les mains aux yeux des clairvoyants, nous, nous laisserons un temps de langueur au cul des basses fosses et nos corps de plaisantins qui se rengorgent d’insupportables pitreries, auront des serments de bête au poitrail compressé qui s’évanouissent dans les boiseries, nous irons alors dans ces galeries où sèche un linge aux filets phosphorescents, et nous vendrons notre âme à des trainées manieuses de stylets et de pics, notre domaine sera sous la lampe tempête, la passion avec ses parois sèches, et moi je parierai qu’au cou des filles nubiles, certains mettront des perles glacées de peine et de solitude…

Jamais satisfait de moi dans cette vaste demeure où j’ai ma réserve d’eau et de potions, où j’attends des amis lointains égarés de ma vie avec leurs bonnes mœurs, où je sacre des objets en ronde bosse, il m’arrive de fixer solidement sur une planche à roulettes des paquets vides aux sombres impressions et de les étudier sous l’angle des méprises, de nettoyer leurs plaies marquées de sédiments, de leur donner une place où ils prendront logiquement le dessus, j’appelle cela le jeu de la surface, et plus la surface ‘est plane, plus je suis dans l’absence de coordination, d’entregent, et de poudre végétale enduits, je les mets dans une nouvelle destinée, comme dans cet antan où ils n’étaient pas accidentés, et de les vouloir dans l’ocre coloration m’est un solide bienfait, me voici dans la manifestation d’un passé que j’aimais et qui se démarquait par ses turbulences...                           

Elle fut au carrefour de ma ténébreuse destinée, moi dans la colère avec son affreux goût, elle, caressée par la poussière et les chansons d’ivrogne, c’est ainsi que commença ma ruine, je fus le client désavoué derrière un rideau de fer, et les commerces de mes sens furent autant d’ossements que d’infâmes gibets, j’appris les serrements de gorge, la langue mal placée, la bave entre les doigts, j’étais à la décharge avec mes dermatoses d’aimer, comme de noirs papillons aux vitres de métal, je tenais la rampe qui me ramenait au logis, j’ai insinué de sales reliefs dans mon lit avec des mains maladroites, de rat redresseur d’étoles, bouffeur d’étoiles, j’allais à la vérité muette, j’étais malpropre, elle ne me cherche plus dans mes isolements…

Menue monnaie que l’amour à la redite, attesté ,luisant, charnel, dispensé à la manière d’un sale honneur quand la lumière est trop crue pour les randonneurs, que la terre reste un agenda concret avec des jours d’apesanteur et qu’on remplacera par une baignoire pour rétablir la communication avec la chair, et les tendres rayons, marques de civilité sont les témoins grotesques d’un siècle trop complexe, ce qui se meut hors de l’église va connaitre bien des revers et personne ne s’adonnera plus à la connaissance du crû, l’affront sera notre plus simple déterminant, une part de ce corps qui va aux désertions, à l’eau croupie pour une purge, quant à notre marche, lourde, lente, où nous mènera t elle, si ce n’est vers des jeux inadaptés, les sutures, sous les résineux bavant d’une impropre sève, et qui tombe au sol comme une inclination…

Dès lors l’homme décillé, retors, inconciliant, avec dans ses bras la liberté chérie se redresse  avec à ses pieds un enfer, la tourbe qui l’engloutira, et les armes levées contre les fronts où le vent s’étrangle ne peuvent rien contre les furieux horizons, ce qu’il faut de chair absente pour se nourrir de tant de mal, de tant de cruauté, dans des aubes sans portique assurées aux longues jambes de sirène imprenable qui ralentit sa course aux obsidiennes, le givre a taillé trop haut l’envoûtant marionnettiste qui nous ment avec ses coquilles violines ,avec ses nids vides, nos corps sont décolorés, que ne sommes nous nés dans un siècle sans contraction, sans bave, sans inquiétude et pourquoi le froid à la poitrine velue nous envoie t il tant d’insectes morts ?





>