Au jour le jour 300

Il est difficile et ardu de peindre une fleur ou un sentiment, qui d'ailleurs sont des synonymes si on les respire ou les dépiaute séparément, la fleur est d'une couleur convenue, le sentiment c'est un bouquet d'odeurs, une barque sur une rivière, une promenade qui plombe les pas tant elle s'étend, tant elle est longue, pour peindre les deux il faut forcément douter, douter  mais sans exagérer ,douter sans y mettre les escalades d'une vie, le contrepoids d'une couleur inappropriée, il ne faut pas y déposer  trop d'éloignement, pas trop de rapprochement non plus, moi je vous le dis clairement, c'est un exercice auquel je ne me prêterai que lorsque j'aurais bu mais jusqu'à trembler, et que  ce tremblement apparaisse dans la fleur et dans le sentiment.


Quand le mot monde vient à mon l'oreille, je l’entends comme un ailleurs, un vide sidéral, une vibration de l'air du temps ,quoique je fasse pour y participer ,à plus d'un titre j'y participe mal, à la façon d'une bête à cornes qui fond sur une muleta, et qu'on va pointer aux fers  puis jeter du toril, à la fosse ,et que toute crapulerie va se sentant vertueuse, verser dans le hourra et le bravo, j'ai la narine qui frémit, je vais vrombir ,vomir ,prier ,me soûler ,que sais je encore prendre un  pistolet à urine, et le décharger sur tous les charognards, sur la plèbe avec ses beaux et grands sentiments de jouissance d'infamie et d'infini.

Le fils et le fidèle avec leur regard intérieur ne sont pas remplis de lumière, le premier est calciné comme une torche, le second brûle d'une interminable maladie, tous deux pourtant sont de flammes vivaces, ils font des ponts qui relient les mondes, ne jettent pas de grenades, n'ont qu'une femme à la fois ,elle est tout leur espace, toute leur nuit, une forêt d'échos, de terrestres sonorités, aucun incendie ne vient pétrifier leurs fleurs ,leurs fougères ,et les pins dont elles ont rempli la barque du pêcheur sont tendres, le fils et le fidèle se couchent à une heure tardive ,sans se déployer sur le monde qui d'ailleurs ne veux plus les contenir.


C'est un temps où le mot sable me revient en bouche, et où je m'en nourris sans mastiquer les voyelles et les consonnes, credo qui sortirait d'une bouche d'égout, et que les hommes reprennent comme une respiration ,c'est un temps tout en longueur et en langueur, en sanies et en excréments, en expiations, en syndromes du guillotine ,de guillochis ,pour le langage de tout ce qui expie les lectures faites d'allégresse, d'allégeance, d'imbécillité, moi mes jeux sont exténuants, bouffer de la grève ,c'est assez pour vomir, pour cracher sur le monde avec tout mon fiel, ce monde dont je suis revenu pour mourir sur le sein de ces filles sorties des usines avec en invisibles mains une bible ,de la prophétie et de fausses anticipations.


Elle vient à une construction, la sienne. Elle se courbe, elle s’échine, et ses seins sont des grelots naissants, elle s’ordonne, elle se pimpe, elle a treize ans, ses rencontres elle les voudrait tempétueuses, indécises, brusques, de celles qui pourraient la heurter sans la défaire. Elle se dépose sur les terrasses, ne fait que l’effort des se montrer, de s’offrir, de s’exténuer dans la belle inertie de toute ces filles qui ont de la hauteur ; pour soupirer elle se retire dans un vaste appartement glacé de marbre et de stuc, elle y vit souvent dans des époques sans poids ou écrasantes. Je tiens tout ceci pour certain, acquis, j’ai passé quelques jours avec elle, enroulé dans son pelage.

Quand les images s’étendent dans les durées humaines, la vie et l’amour conviennent à nos anciennes innocences, vivre à la campagne est une félicité, et toutes les acheteuses et  atteleuses de bêtes, sont des beautés d’ombres et de lueurs mêlées. Leurs parures ,leurs chevelures, leurs gestes sont autant de parole de rivières et de roches, et nos amis absents,  sur les rives ,restent embourbés à lire des atlas traversés par de tragiques hivers ;ces chers enfants que tant ont calomnié dressent des oiseaux pour semoncer une aigre bienvenue, une fraternité de plomb, et jusqu’à leurs habitudes des se terrer et de se taire, tout est compromis quand l’homme conspire à une loterie de morts.

Parfois seul le mot
Lève à tes yeux
La coutume ordurière
De rire ou de pleurer
Des heures durant
Pour des mensonges inavoués
Allongée
Louve venue de loin
Quotidienne par ta ressemblance
Pas à pas
Tu multiplies dans mes labyrinthes
L’envie d’une traîtrise
Celle que tu couvais
Tous les soirs sur la paille
Où tant de fois
Seul le mot
Suffisait pour m’humilier
Et me taire...