Au jour le jour 289 (1977)


Pour tout te dire
J’aime le mensonge
On vieillit mal
Et les romances
Aux petits pieds brûlent
Trop vite dans nos mémoires
Tu sais l’hiver
Qui est une chambre grise
Ne loge plus dans les forêts
Où les vieux chênes
Ne sont que d’os.


Dans les jardins nacrés de ciel
Les pommiers nus sont d’acajou
Dieu est présent dans chaque chambre
Où dort un ange de patience
Dans ces nuits qu’on bâtit
Avec les formes des fontaines
Les animaux s’ouvrent et s’élancent
Pour des songes sans écriture
De tous les mômes dignes de voir.

Je te nommerai fable
Et tu auras la mer
Pour ne plus avoir soif
Tu sais le sommeil est une attente
Il trace dans ma tête
Des visages aussi durs
Que les ans des montagnes
Je ne me souviens plus
Si je t’avais rejoint
Si je t’avais menti
A coupler notre amour
A retrouver ton pas
Me reviennent des mots
Ma mort est un petit couteau
Qu’il est difficile
D’emporter dans sa poche.

Nous n’emporterons jamais
Qu’un peu de terre des matins froids
Qu’un peu d’eau employée à laver l’eau des yeux
Qu’un peu de gel qu’un peu de givre
Qu’un peu d’ailes et de vent
Et cette immense peur
Comme un jour d’offensive.

Je penserai à toi qui sucrais mon café
Qui s’endormais en moi
Sans nul autre mensonge
Que le mensonge d’aimer
Je penserai à toi
Dans mes chambres d’hiver
Ma fontaine de drames ravis
Aux théâtres des noces
Incessante rumeur
Avec tes bras au ciel
Pour toujours m’innommer
Je penserai à toi
Prisonnière du gel
Et te prolongerai
Jusqu’à la déchirure.

Adèle morte
Morte saison
Morte l’une des nôtres
Enfante dormeuse
Au soir des bals
Cœur de palme d’encrier
Enseigne au milieu des fêtes
Au fond des classes vives
Adèle morte
Morte la lune
Avant coureuse des maisons
Qu’on imagine assise
Dans les constellations.

La petite fille aux courts cheveux
Dans les jardins salés du temps
Dans les vergers aux pommes fades
A le vertige de ses dix ans
Elle est la bien aimée
Des grands feuillages verts
Des bergers familiers
Aux mains de sauve cœur
Elle qui n’a de saisons
Que pour multiplier
Et des milliers de vies
A blanchir à la chaux.

Dieu n’aimera que toi
Mon bel enfant malade
De tant d’infirmités
Iml n’aimera que toi
Dans les vieilles sacristies
Dans les ports déserts
Dans les bistrots aigres du soir
Il n’aimera que toi
Qui n’aimeras que lui
Pour ne plus jamais perdre
Tes facéties célestes.

J’atténue les circonstances
Déculotte les rois
Suis le souffre couleur
Des peintres mal connus
Sais tu qu’il faut se bien couvrir
Pour aller dans cette ville.
La lampe qu’on éteint
Pour que se fasse la nuit
On la retrouve parfois
Posée dans le brouillard
Elle certifie le feu
Une peine échappée
D’un ciel lourd de verrous
La lampe qu’on éteint
Pétille quand on s’endort
Pour se rêver un autre.
Je t’ai emmenée en de basses églises
Prier insolemment
J’étais lié à toi par des jouissances
En des nuits de fins tessons
Dans des bistrots sacrés
Où de faux prêtres
S’exerçaient au blasphème
Je t’ai emmenée en ces basses églises
En ces lieux d’expression cachée
Comme en des chambres de bonne
Pour des crimes d’aller retour
Sais tu qu’i faut se débiner de sa jeunesse
Pour s’adonner à des croyances.

Celle qui me dénonça avait un cœur épais comme le lait des vaches maigres, elle s’ouvrait haut les veines sur de l’asphalte nue, courait dans les montagnes étranglées de soleil, ouvrait ses bras aux joies aigres des colleurs d’affiches, celle qui me dénonça, sans jamais regarder en arrière, était femme de blé, d’agate, de rivage, et d’une pauvre beauté pour mériter son nom.


Imaginons un secret, grand comme un dé à coudre ,lourd comme une purée de poix on le tait, on le retient dans sa tête pour ne jamais le divulguer, mais voilà que ce secret se met en boule ;son monde est bien trop vulnérable, et le secret parle, il parle si fort et si bien qu’on lui paye un avion pour visiter tous les pays.


Déjà au mois d’avril, il plonge dans les étangs vosgiens habillé en scaphandrier, elle, elle le guette sur les berges boueuses, écartelée entre deux ciels ;puis c’est un corps qui exulte à la surface, éclate à la lumière, et elle ,blanche de s’abandonner dans ses bras humides qui savent une autre existence.


A toi qui voyages
Au plus loin du dedans
A toi écho de porcelaine
A toi je promets
Le sable l’eau le sel et le papier
Comme dix mille abandons
Qui signifient le ciel
Autant que le naufrage.
Je m’attache à te préciser
En ce midi
Où toute chose est verticale
Si familière
Et si lointaine
Que seuls comptent le vent
Les roitelets et les bleuets
Le vent pour les versants
Les roitelets pour les saisons
Et les bleuets pour ton éclat.

Elle tombe de haut
Dit des salades
Se conifie
Je la battrais
L’éreinterais
La courberais
Hélas je ne suis qu’un baudet
Avec des mains de vaisselier.
Elle disait souffrir des télescopages
On ne fait pas une femme avec des miettes et du papier
Un soir avec de l’argent bien propre
Elle se procure une nouvelle vie
Parmi les voyageurs les touristes et les curistes
Depuis ce jour elle se fane
Ne répond plus au téléphone
Moi ça me fait grand mal
De la savoir occupée aux sales besognes
Que j’en oublie mon imparfait.