Au jour le jour 287 (1977)



La serveuse temporaire se plonge dans ma vie, et ronge ma souffrance et cogne mon désir…ronces que je fais miennes d’un revers de la main, jupon maigre ténu aux jambes d’urine chaude, je trafique mollement dans ses yeux d’effraction, chaque mot nous déplie, nous creuse et nous entourloupe, chaque regard nous inculpe, nous dépiaute et nous joint, ses mains d’éclaboussures d’éviers et d’eau courante sont comme des éponges, pores des paumes savoureuses pour mieux s’agrémenter, pour tempérer le feu, distordre le hasard, seins de remue ménage, d’appels de louve moussant aux lavabos du cœur, visage de marbre rose, d’amazone et d’éclipse…et je lui appartient dans toutes mes épaisseurs, dans toutes mes furies, mes meutes, qui sont tous mes envers ,qui sont tous mes adieux…


Où noyer ma misère, de quel pont me jeter, d’où balancer ma vie ;pourtant le pain est roux, a des mèches de mie, ta nudité fonctionne comme un quatrain lunaire, les mots sont crus et métalliques, chapelets de chair et d’os, la chance ronfle comme un monarque assoupi, les vœux sont marins et mariés, et pourtant le pourtant n’est ni oui, n’est ni non…


Il pleut sur la pluie et j’ai tant besoin d’eau pour raisonner ma peine, des vagues d’urine chaude balayent les trottoirs, et l’envie de vous dire des mots à ne pas dire me secoue comme du jonc dans le vent débité ;mon passé aux rouages d’herbes et de nonchalances brûle du feu des prairies étranglées de soleil et du cri des grillons, chaque larme des anges est une veine qui s’épanche, qui va dans ma poitrine, y dévoue toutes ses ronces, celles des ravines et de mon corps qui ne vous convient plus.


Putain de chienne aveugle au sortir du brasier, elle tangue avance et roule de ses sourcils aux talons hauts, j’ai mal de ses élans, pendulaire agité des soubresauts de nasse…elle est le slogan gras des affiches de ce jour « j’ai le pouvoir de durer »merde à cette délicieuse éternité, avec ses seins de fermeture, de zips, d’éclairs, d’archipels et de cirques, avec ses fesse de chardon bleu dans le cuir de leur peau, avec la houle de ses hanches comme consigne à tenir, avec ses yeux gainés de houille et ses cheveux café.. il me faut à présent lui présenter ma peine, mon nom,mes répugnances et mes rigueurs pour un compte imparfait.


Des poignets fins de sang aux cuisses des tiroirs, étagée comme dahlia, vestale comme la chienlit, tu veux cramer mes veines en canaux de tendresse, mes angles et mes cris ;ô belle endolorie, étalonnée de chair, de torts entretenue, ronge mes os et mes dents, insulte avec tes mains, ce corps contagieux planqué dans un miroir…


Au palais qui porte ton nom, tu souriais fiévreuse de ces colères en toi, tu t’accordais à l’heure, aux départs et aux hommes, tu aimais tous les jeux, équivoques d’équinoxe, tu gesticules encore…dans ta ville endormie tu t’agenouillais sur les pavés gras, tu disais que la terre était ton noble amour, tu m’embrassais hautaine sur la pointe des pieds le front et les paupières, fourrais ta langue dans ma bouche, répétais que jamais tu ne te répèterais…sous ton pull de soldate, tes seins polis comme un midi, guirlande de chair tendue, oiseaux à ma portée me fouissaient des gestes d’ensorceleur…plutôt que de monter un soir les marches du Sacré Cœur, nous avons parcouru les venelles du premier, cicatrices médiévales, l’ombre et ses moribonds recrachait tous ses crimes…


Tu m’aimeras comme une animale, je te lècherai comme un chevreau, assis, debout, couchés, moule aux doigts du mitron, pain chaud des retrouvailles ;nous aurons chair avide au soir de nuits de noces, des coupes et des compas, des coups de poings, de pieds, sur nos têtes et sur nos os, et des envies de bête pour saccager nos frondes…


Court circuitée Juliette, tu jouais à fâche fâche, d’autres te disaient folle….chacun pour soi ce jour dégringole sa souffrance, ces escaliers géants qu’on gravit avec des crampes…amère vie, vacuité, cordages de déraison, tu serres de nouveaux corps émigrés en des espaces de perdition, grands comme des pyramides, défilés où tu pourras valser, fille blanche et océane…


Neuf j’étais ta seule histoire, ta raison, bref, l’amour te remuait…aujourd’hui d’autres te reconnaissent, te saluent, crachent sur nos retrouvailles, salopent nos réconforts.. et voilà qu’il me vient des états de chien, de renard et de loup, des maux de tuiles et de toitures…j’ai la passion si rare, qu’il te faudra ô fille des cargaisons, une nouvelle décence, de nouveaux devoirs, et des appels au téléphone pour dépêtrer mes vieilles somnolences…


Te voilà là offerte, étonnée de ces hommes qui te gardaient à vue, Marthe des juillets lourds, des nuits de tête à tête…tu cognes dans mon sang, rebelle de haute haleine, patientes dans mes os que plus rien ne concerne, ni toi ni ton bonheur que tu élèves seul pour ne rien partager.


Elle sur ses hauts talons, moi pieds nus sur le sol, ses seins sous son polo, ses fesses pour le trafic des mains de branque, bouche de poulpe aux poignets tailladés, aux rouges cicatrices, éternité douteuse de son métier de pute, de la sotte dialectique. elle, elle râle, salive, voit plus grand, puis dit des conneries, ivresse des tempes qui s’encochent, et la température d’une aurore boréale…


Métronome de boudoir avec des notes contre la pluie, l’odeur des mariés, des mariages, des marécages, et la lie du bonsoir.. tu dis assez de cul ,assez de poudre, assez des ancres et des encrages.. il fait clair comme dans un gymnase où des garçons et des filles aussi cons que la goutte, boivent du lait, mange des pommes et ne se soucient que de leur quinzaine…


Nous aurons des fiertés, des grands frères pour les bleus, des faits divers, des aubes grises, fait le tour et le détour du verbe, des yeux pochés, une bouche à cran, novembre aux dieux sans thème et décembre aux mouchoirs, des femmes comme jeux de paumes, des femmes comme pour longtemps, des gestes pour retrouver les belles tonalités, des alcools, des couteaux, des choses à l’intérieur et puis des terrains vagues pour ne pas y rester…


D’abord ce fut une femme orvet, avec des cheveux rouges, cheveux de terre et d’horizon…malgré l’enfant qu’elle eut de moi elle me maudit jusqu’aux décembres…à la fête du village on lui jetait des pierres, c’est moi que l’on touchait…la nuit venue avec ses inconstances et sa nuit, avec ses hontes et ses pitiés, je pense à ce visage clos dans une chambre étouffante où elle défend sa vie avec son petit corps…