Au jour le jour 283 (1977)

Comme tout est invisible, nous voilà roi ou dieu osant toutes les approches. Aux palais doublés de feux, je préfère les bistrots gris du soir, où la grammaire est un énervement et où on finit centenaire pour avoir bien douté..


Mon ange gardien
Saignait des tempes
Tombé d’une balançoire
Et puis voir dans sa tête
Des cornes des cornemuse
Et une rose universelle
Qui pèserait cinquante kilos.


Quant au réel ce jour là, il ne fut pas plus réel qu’une pièce de cent balles sur un parterre de nénuphars, et chacun de décider proprement de son avenir..


Ma lourde misère aux aisselles comme urine, je te dis ma peur de me savoir joué, rompu, aigre sur ordonnance, titubant au pont-levis de tes bras…je te dis le mensonge de mes pauvres amours, serrés en des corsets de départ volontaire, vautrés en de fins draps où nos doigts accrochaient nos portrais ennemis…vois, boxeur pété, sonné, averti des semonces, des coups de pieds, de poings, des cordes et des enclaves ;je choisis d’être éponge pour toujours être saoul du désespoir des autres…


Matin étoilé…je reviens d’un pèlerinage.. sous ses mains d’eau courante mon cœur déballe sa porcelaine…je lui demande de réchauffer ma vie, mes flancs de fauve lassé des escapades diurnes, de pousser le verrou et de faire tout comme si…l’appartement au mois de mai sentait le thé, lilas et rose, café tiédi.. elle, elle me délie de leur prénom, salope leurs réconforts, vante un nouvel espace…qu’à cela ne tienne, j’ai la passion à la dérive comme une péniche sur un canal, et la peur provisoire dune autre liberté..


On voit les vieux sur le trottoir secs comme des herbes sans royaume, à remballer les cris d’un âge éclaboussé, pour du chiendent sans chien.. on voit les vieilles, étoiles au front, frontalières avec leur sourire bleu, pleurer parfois aussi comme des enfants un jour de confession.. on voit la ville basse, avec ses couteaux, ses poignards et le balancement des arbres centenaires.. on voit…


Crevais la dalle, narcotiqué à fond dans les aigres bistrots du soir…l’orage des plats t’ouvrait aux horizons de peurs…nous parlions de Monique, de ses seins de savon bleu comme galets sous nos langues, de ses mains d’eau courante aux éviers du partir…n’existais que par elle, vierge de tous ses faux départs pour des îles trafiquées sur des cartes gluantes comme nos géographies….aux néons intérieurs, tu préférais une autre vie, papier sale, imagé sur tous les carreaux gras…un jour quittais l’enfance verrouillée dans ma tête d’oiseau moucheur de certitudes, plombé des joies à venir…plus tard je dessinais des corps, droits, serrés comme les pages d’un dictionnaire, sur les trottoirs de chaux et d’urine…


Martine proprement dite ne peut que vous intéresser…Martine dîne de chienlit et dix mille mots ne suffiraient pas à écrire ses avers…Martine est bleue d’algues louées aux océans des lavabos, contient ma restance auprès d’elle, aime que les jours neigent, que les jours nagent, aime qui va loin dans la nuit s’encanailler, dort dans le tourbillon de ses irrévérences, de ses excès de films osés…Martine ma longue fille, chienne d’hostie salée, Martine inexplicable, façonnée pleureuse, oiseau pipe, oiseau livre, oiseau lyre, oiseau couche….Martine à la fenêtre, pressée de filigranes et d’ententes lestée…Martine d’ici, de maintenant, indigne du dormir, à péter mes artères, à sucer mes beaux dires, à colmater ma dèche, à ne savoir honnir, salement, en quinconce…Martine au nom de dame qui salive et vacille …Martine pour moi ouverte, rosse à sa propre vue, au mal de moi et du dedans…Martine d’un côté folle, Marine d’un côté file une splendide veine blanche…


Sous tes manières de porte-plume, oiseau livreur de mon courrier, tu as une carte d’électrice, de savon, de vanille, et d’herbes compliquées…pour tenir sur ton sein que le sommeil déplace, je m’inonde de ta peine, lecture d’une naufragée, et tu t’ouvres fillette, comme une vague chanson, comme un autre échanson, comme une plaine à coton, pour mieux m’ensoleiller de tes calmes douleurs…


Le dieu qu’elle prie me brûle, et je n’ai de distance qu’en lui préférant l’eau…petite poussière polie au sabot des rancunes, tu es toujours la craie, le galet et l’insecte qui déménage mes peurs….amour tôt desséché, politesse d’acajou, d’encrier et de gomme, pour toujours visiter ma vie, tu sais ce creux intact niché dans une plaie…


Dans un bistrot qui fait cuisine, elle est debout parmi des fous, parmi le mots amers des déboires de comptoir, close en âme, blessée, et pourtant capable de tout illuminer, pareille à l’amour clé des foyers de banlieue, où mille types désespérés, coincés dans une halte sans dieu, meurtrissent avec leurs mains ce qu’il leur reste de beau..


Clair dimanche métallique sur la place des Vosges, tu aimes qui t’aime, louve à tous tes étiages, dans toutes tes mesures ange roussi du charbon, émouvante impudeur à nous planter tout con sous les néons cuivrés, si rouges de leurs récoltes, de leurs éclats de ville de leurs états de veille, tu aimes qui t’aime ,louve des prisunics ;épaule contre épaule, nous nous parlons de nous…

Nous aurons dans ces terres étoilées de grandes filles folles à nous péter la tête avec leur casque d’or, de grandes filles frêles ,potences de bois de coudrier, aux peaux dures crénelées comme des encoignures, de grandes filles sombres comme des cariatides, renouvelant nos peines en tous lieux souterrains, nos soifs et nos calvaires, avec leurs rires de bêtes trop ivres, de louves cachées ,terrées en des forêts profondes, boueuses comme noyades, étagées comme épîtres.. nous aurons des pudeurs d’ascenseurs et d’escaliers, des peurs de la surface, des escales à couteaux, et des yeux clos sur le monde, jusqu’à tout oublier des filles folles et saoules qui portent dans leur ventre, le chemin de nos jeunes âges…songes ,de nos vingt ans bleuis dans les filets du sang…nos chairs nus se chargeaient comme des postes à galène, tirés les rideaux de nos artères, nous jouions à la bête ,à la monture, à l’amertume,et voilà ce qu'on devint,des néants en iniature.

Clair dimanche métallique sur la place des Vosges, tu aimes qui t’aime, louve à tous tes étiages, dans toutes tes mesures ange roussi du charbon, émouvante impudeur à nous planter tout con sous les néons cuivrés, si rouges de leurs récoltes, de leurs éclats de ville de leurs états de veille, tu aimes qui t’aime ,louve des prisunics ;épaule contre épaule, nous nous parlons de nous…

Nous aurons dans ces terres étoilées de grandes filles folles à nous péter la tête avec leur casque d’or, de grandes filles frêles ,potences de bois de coudrier, aux peaux dures crénelées comme des encoignures, de grandes filles sombres comme des cariatides, renouvelant nos peines en tous lieux souterrains, nos soifs et nos calvaires, avec leurs rires de bêtes trop ivres, de louves cachées ,terrées en des forêts profondes, boueuses comme noyades, étagées comme épîtres. nous aurons des pudeurs d’ascenseurs et d’escaliers, des peurs de la surface, des escales à couteaux, et des yeux clos sur le monde, jusqu’à tout oublier des filles folles et saoules qui portent dans leur ventre, e chemin de nos jeunes âges…