Aun jour le jour 282 (1977)


A la sortie des classes, la mère le ventre rond le quête du regard, lui crache à terre, sanglote, épris de la maîtresse ,une pute de trente cinq ans qui n’en fait qu’à sa tête..


Sous la tente, l’attente, juillet est lourd, lourde la sauvagerie d’un corps qui se dérobe ;le feu la nuit m’invente des départs, les insectes déménagent, la lune somnole saoulée à vif des desseins du gris. Je suis en proie au jour, mes yeux sont cernés, dors à contre courant. Demain, la pirater et partager nos défaites, mes mains dans ses cheveux, ma bouche contre sa peau.


Elle me tapait la queue, sur le système et dans le porte monnaie, un jour ce fut la porte, fin de course, à bout de souffle ;puis moi, saoul, seul, triste, plus de détente, de tentations. Aujourd’hui je la voudrais bleuie aux soirées d’autrefois, bas de soie, culotte petit bateau, et que nous nous repassions nos antiennes à pleurer..


J’ai pris froid, des oiseaux nichent dans ma poitrine, finis les peintures gaies, les bourgs boisés, et les collets. Sot comme un rossignol, horrible comme un pinson, je clame bien haut les voyages à contre courant, mange des graines, bois l’eau des sources, fais mon monde à l’image des vents et des marées, j’ai besoin à présent d’elle pour mes mouvements.


A toi qui jusqu’à moi voyages
Voleuse de romances
Mille et une fois la même
Pour toujours rayonner
Adieu clair et ténu
Au milieu des défaites
A toi qui fais si mal
D’être si las ensemble
Je dis le pays de la distance
Beau comme un ciel de douceur
Pour écrire une peine infinie
Grande vermeille ouatée
Comme les commerces des servantes.


Dans une femme silencieuse où rien ne fait défaut, le sang est une parure, et le mensonge tant de saisons. Je veux oublier de toi, ma tendre illimitée, transporteuse de flocons, tes dires, ces petits riens orduriers, séquelles d’un amour qui saignerait du cœur, comme d’autres de la bouche.


Que nulle voix ne m’atteigne
Qu’aucun regard ne me parvienne
Plus triste que de vivre
Ma rancune est contre vous
Petite femme immobile
Qui prolonge ses aubes
O toi mal illustrée
Dans mes cahiers poisseux
Retranche moi du mal
Animal de faux jour
Qui fait douter et rire.


Quant au bruit que fait le silence, parlons en ;ça n’a pas de prix le silence, ce silence là est un chef d’orchestre avec des visions de tonnerres et d’orages, quel dommage pour les taiseux qui ne se souviendront que d’une barbe blanche, et de chiens sans écorchure.


Conjointement
Tu m’es hardie
Prière hier
Messe aujourd’hui
Comme je t’alterne
Tu me discernes
Que ne puis je davantage
Te maudire te haïr
Médecine panacée
O toi disciple née
Pour d’autres maladies.


Moi qui vous aimais si fort, si chaud, si mal, je disais que rien de vain ne nous arriverait. Je vivais en plein dans ces heures d’arrière cour qui me coupaient du monde ;j’avais le poing serré contre le cœur,et le cœur jusqu’à votre domicile. Ces rues que nous connaissions comme des pentes en posture, voilà qu’elles s’adressent à la colline…Je pense à ça aussi, je vous interdis de songer à me régler d’avance.


Certains des gens que je connais profitent de me voir malade pour m’injurier, or je les sais irrespirables, puants comme goudron, mauvais comme chiendent ;que me vaut cette haine, sinon cette femme qui est riche d’elle en permanence..


Comme tu me démesures chaque jour davantage, je te réclame des artifices. La nuit venue, il faut que tu te déshabilles et t’offres nues aux mains de sel ;ni cri, ni larme ,ni peine ne doivent nous alarmer, le silence doit t’être familier ;il faut bien te punir de tous mes esclavages, petite femme déjà d’autorité que je ne sais par quel bout l’apprendre.


La nuit construit pour moi des palais de givre, ô mon amour humide comme les champs aux aurores, parle moi de ce que j’attends. L’ombre avec ses architectures chancelantes et son ciel de mosaïque, m’ouvre une vie nouvelle ;pourtant j’ai la passion si froide qu’il te faudra des mains inaltérées pour élargir dans ma tête les sillons de mes vieux rêves.


Le livre poussait. Les livres ont besoin d’espace et non d’accolement ;au moindre frisson le livre se dénoue et parle, il parle de ce qu’on aime entendre, une fois que le livre a parlé, il faut le refermer doucement, c’est une histoire qui recommence.


J’avais négligé une attente, l’attente se fit bocal, le bocal prit froid ,le verre cassa, l’eau s’écoula pour inventer un nouveau monde, le monde éclata de douceur, et tout recommença aux lendemains de givre.


Sous ce soleil de plomb comme j’ai pitié de toi, toi qui dans ces maisons paresseuses et sans âge te déshabilles, éteinte de toutes tes pierreries ,nonchalante et froide pour des yeux de derrière les vitraux, de derrière nos terroirs, comme j’ai pitié de toi, ma petite maladie.


Mon cœur était un passereau paresseux, sans mélodie, sans charme, sans ramage ;je le chassais un soir, l’insultant à tout rompre. Un jour, le retrouvai dans le corps d’un autre, frais comme une camomille, léger comme un papillon, vif comme un levraut, lui me maudissait ;je pleurais alors cet ancien élève du fond des premières classes.


La nuit échelonnée
En longues maladies borgnes
A ses flancs engourdis
Traîne des retrouvailles
Et des voix d’eau de pluie
Je ne sais des dépouilles
Que les paillasses froides
Les zéniths alourdis
A base de bleu de gris
Mais voilà qu’il me faut
Des milliers de symboles
Pour des contradictions.

Au temple des propos
Amoindries par leurs cris
Les concierges palissent
Et sépoumonnent
Le vulgaire est saillant
Les vieux ne constituent
Que des tessons ardents
Vivent les chairs impures
Et le microsillon
Hélas les assassins
Ont des épaules lourdes
Des veines bien trop bleues
Pour ne rien supporter.