Au jour le jour 278 (1977)


Inquiet de ta beauté
Et de tes privilèges
Je te réserve des parfums
Et des arômes d’arbres communs
Tu es cette ombre de sable fin
Avec des mains de sortilège
Pour ne venir en aide
Qu’à ceux qui ont tant vu
Le printemps et ses chiens
Saigner en des vergers
Où l’herbe déménage.
Tu garderas en tes mains blême
Le dur labeur de tout frotter
Les lampes aux songes de miracles
Les parquets en lune ocrée
Tu garderas en tes paumettes dix mille morts
D’origine terrestre ou maritime
Quelques fleurs à branchies
Tendrement ordonnées
Des rêves d’herbes cousus
Aux tremblantes liqueurs
Les plaintes des marécages
Les neiges violacées
Des adieux de pinson
D’étourneau éternel
Précieux précis fugaces
Et une indifférence
Pour les chambres du ciel
Je t’aime au fil du sang
Pauvre pitié vermeille
Les aux revoirs
Sont en repos
Et les colombes touchent ton ciel
La mort est en automne
Nul ne peut la prévoir
Sinon dans le sommeil
Imprenable tumeur.

Pour tout te dire
J’aime le mensonge
On vieillit mal
Et les romances
Aux petits pieds brûlent
Trop vite dans nos mémoires
Tu sais l’hiver
Qui est une chambre grise
Ne loge plus dans les forêts
Où les vieux chênes
Ne sont que d’os.
Dans les jardins nacrés de ciel
Les pommiers nus sont d’acajou
Dieu est présent dans chaque chambre
Où dort un ange de patience
Dans ces nuits qu’on bâtit
Avec les formes des fontaines
Les animaux s’ouvrent et s’élancent
Pour des songes sans écriture
De tous les mômes dignes de voir.

Je te nommerai fable
Et tu auras la mer
Pour ne plus avoir soif
Tu sais le sommeil est une attente
Il trace dans ma tête
Des visages aussi durs
Que les ans des montagnes
Je ne me souviens plus
Si je t’avais rejoint
Si je t’avais menti
A coupler notre amour
A retrouver ton pas
Me reviennent des mots
Ma mort est un petit couteau
Qu’il est difficile
D’emporter dans sa poche.
Nous n’emporterons jamais
Qu’un peu de terre des matins froids
Qu’un peu d’eau employée à laver l’eau des yeux
Qu’un peu de gel qu’un peu de givre
Qu’un peu d’ailes et de vent
Et cette immense peur
Comme un jour d’offensive.

Je penserai à toi qui sucrais mon café
Qui s’endormais en moi
Sans nul autre mensonge
Que le mensonge d’aimer
Je penserai à toi
Dans mes chambres d’hiver
Ma fontaine de drames ravis
Aux théâtres des noces
Incessante rumeur
Avec tes bras au ciel
Pour toujours m’innommer
Je penserai à toi
Prisonnière du gel
Et te prolongerai
Jusqu’à la déchirure.

Adèle morte
Morte saison
Morte l’une des nôtres
Enfante dormeuse
Au soir des bals
Cœur de palme d’encrier
Enseigne au milieu des fêtes
Au fond des classes vives
Adèle morte
Morte la lune
Avant coureuse des maisons
Qu’on imagine assise
Dans les constellations.

La petite fille aux courts cheveux
Dans les jardins salés du temps
Dans les vergers aux pommes fades
A le vertige de ses dix ans
Elle est la bien aimée
Des grands feuillages verts
Des bergers familiers
Aux mains de sauve cœur
Elle qui n’a de saisons
Que pour multiplier
Et des milliers de vies
A blanchir à la chaux.
Dieu n’aimera que toi
Mon bel enfant malade
De tant d’infirmités
Iml n’aimera que toi
Dans les vieilles sacristies
Dans les ports déserts
Dans les bistrots aigres du soir
Il n’aimera que toi
Qui n’aimeras que lui
Pour ne plus jamais perdre
Tes facéties célestes.

J’atténue les circonstances
Déculotte les rois
Suis le souffre couleur
Des peintres mal connus
Sais tu qu’il faut se bien couvrir
Pour aller dans cette ville.
La lampe qu’on éteint
Pour que se fasse la nuit
On la retrouve parfois
Posée dans le brouillard
Elle certifie le feu
Une peine échappée
D’un ciel lourd de verrous
La lampe qu’on éteint
Pétille quand on s’endort
Pour se rêver un autre.
Je t’ai emmenée en de basses églises
Prier insolemment
J’étais lié à toi par des jouissances
En des nuits de fins tessons
Dans des bistrots sacrés
Où de faux prêtres
S’exerçaient au blasphème
Je t’ai emmenée en ces basses églises
En ces lieux d’expression cachée
Comme en des chambres de bonne
Pour des crimes d’aller retour
Sais tu qu’i faut se débiner de sa jeunesse
Pour s’adonner à des croyances.


Réellement sa probité le faisait passer pour sage, au plus fort de sa vie il échangea sa demeure contre un tonneau, en son esprit une vacuité, quand il mourut, lignes impures, chair émouvante, on apprit qu’il était veuf, et père d’un drôle de passe partout.


Je te tiens pour nonchalance, j’ai ardemment désiré ta chair et tes excès, tes mouvantes paupières ardentes de trop de fard, tes hasards pleins de méandres, tes solitudes qui auraient changé un chien en loup, enfin tes abondances, que dis-je, tes fumeuses facéties pour parer au jeu de nos vingt ans.


Me voici à nouveau dans cette pension où l’on m’accuse d’avoir abusé d’une vieille dame ;je n’ai pourtant d’yeux que pour la gérante, une allemande de trente ans qui dit avoir été infirmière dans un grand hôpital, et ne s’adonne plus qu’aux travaux domestiques. On la dit folle, parce qu’elle se voudrait hôtesse d’un bel hôtel, est ce bien raisonnable de parler d’elle en de si sales termes, elle qui fait leur chambre, plie leurs draps, et ne se moque d’aucune misère.


J’innove la pauvreté, j’ai les yeux cernés, le regard en démolition ;deux femmes, celles que je préférais me jugent affreux, j’entre en une nouvelle saison où toute musique exagère mes sentiments. Pour dix pfennigs, je mandoline, violone, et pour vingt je me déshabille comme au temps où on me reprochait de ne pas faire ma toilette.