Au jour le jour - 266 (1977)

Quand la bouche est blanche de désespoir, que la première idée qui enduit les lèvres de sa crayeuse inertie est lancée dans le vague avec l’apparence d’une jeune fille muette, je prends le caractère immobile de ces objets sans nom, déplacés dans les soupentes avec leurs yeux inconsidérés, pleins de terreur morbide, et même l’alphabet su de bonne heure ne peut me servir à les décrire tant ils se sont décidés à se dérider ailleurs, là où sont le renfort et la solidité. Il est vrai qu’à mon regard moins profond que celui d’une bête éméchée, qu’à mon sourire de béat violacé, ils préfèrent les doigts des beaux agitateurs qui ont le sens de la beauté et des bleus horizons, donc moi avec cette nonchalance d’invertébré qui ne peut rien élever, je ne leur suis d’aucune utilité, aussi vont ils par paire s’amplifier dans le premier craquement d’une allumeuse ou d’un acheteur moins circonspect que moi…


 

Avec tous ces insectes dit elle, on pourrait émailler l’été, et personne d’autre que les filles nubiles n’iraient aux infécondes surfaces ; c’est au plus dedans de la saison ardente, quand le ciel me suggère des faussetés d’or et d’argent que j’agrémente ma vie dans cette maison où j’ai emménagé pour y mettre mes ballots et ma balourdise. Je tiens à préciser que j’y ai emmener une femme, une hôtesse qui n’a pas bougé d’un pouce en hauteur depuis l’âge de douze ans, et bien que je sois pour le célibat, elle me touche d’autant plus près qu’elle se serre contre moi pour des rapacités dont j’ignore la cause. Quand vont et tournent les heures en creux ou en se dardant de mes vaines réponses, elle s’assied à la place ancestrale de ce père que je n’ai connu qu’ivre de bière et de bienséance, et lorsque minuit point, avec mes couleurs et mes couleuvres, que j’élève pour les lâcher dans les jupes des demoiselles enceintes, elle me rassure sous les dais à carreaux, que rien de laid ne m’arrivera si j’en reste là…

 

Cette autre que la justice a livré aux mains des hommes vulgaires, la voici dans ses douces étoffes qui ont la couleur des anciennes lectures, quand les livres charpentés comme des ossuaires disaient des histoires façonnées par des aveugles de naissance et qui devaient rouler sur le gravier un roc plus dur qu’eux. Comme elle parle une langue sinueuse, elle ne peut m’endormir, pas plus que m’alourdir, et certains d’entre nous sont tristes à sa vue comme un animal sur qui on a rabattu un étroit licol. Bien que nous ne soyons pas tous des chiffonniers de l’âme,nous nous soucions d’elle lorsque ses convives avec leurs enfants veulent aller par le sombre escalier aux caves où s’égosillent des noceurs patentés,cela n’est pas à l’image qu’elle veut donner d’elle et de son attrait pour les chères façons qu’elle a d’étendre son linge aux séchoirs de nos yeux de canaille, qui se mettraient à genoux pour un seul de ses pas vers nous, pour un seul de ses mouvements et qui ne serait pas une descente vers l’enfer.

 

Celui là qui dégoutte ses anciens alphabets, le voilà flottant dans son interminable paletot sous la pluie qui ne fait que son office et rajoute des prières aux cantiques d’une eau qui ne lui coulera pas des yeux. Couvert d’or, d’impureté, de pauvreté, ladre qui ne s’en soucie, avec sa force et sa méfiance, il s’est approché des gibets où chacun diffère de sa colère de ne pas crever autrement. Je vous dis hors de toutes mes hésitations, que même sous un chapeau, un galurin, mon allure est celle d’un qui va aux faubourgs, maquignon disgracieux, pour y vendre un animal plus roux et plus cuit que lui. Que restera t-il de tout ce que je possède, si je ne fais aucun effort pour me dissuader que la possession n’est pas de règle dans ma famille, et qu’entre nous, nous préférons nous abreuver, manger, rogner des os et donner dans cette grandiloquence qui va à ceux qui parlent, parlementent et mentent à la fois…

 

 

Quand l’Eros ratiocine, Simon s’étire ,soupire et rit. Rita attire alors les rats sur son radeau, et tous deux s’apitoient sur le sort des souriceaux. Simon mal nommé défend qu’on le sermonne, puis las, taré et tari se défait sur les lames du canot.

 

Niquedouille et lubilis bistouraient leurs oscilleux complexes. Il arriva qu'un jour, cramolet et négrotif s’enfuirent de leurs blizures, lubilis l’apprit ,c’était une bazaine méditative pour un frontain sans géluvin, puis tous de ligurner les overnons pour des retrouveuilles de fixité.

 

Jadis, Jonas ventru comme un cachalot fit preuve d’humanisme et de philanthropie à l’égard du peuple qui l’opprima. Il voulut se redresser à tort, combattre les plus forts, aller aux abords, délester des corps. Mal lui en prit, les hommes sont des ajouts à la ribambelle des hommes, et tous de se confiner dans la propension à la baston, Jonas prit son manteau et femme, puis quitta ce peuple de ladres qui gagnait trop sur lui en vocabulaire et en grammaire.

 

Le dernier témoin se fout éperdument de l’air qu’il respire avant d’aller à l’échafaud, comme un rat pris dans les rets sans l’idée du rat et de la nacelle. A ce témoin qui me ressemble, je dis qu’il faut garder la faculté d’oublier, autrement dit être aussi irréprochable qu’un néologisme sorti da la bouche d’un égosilleur qui pond des schismes et des textes à teneur de rançon.

 

 

Dans rien il y a le verbe nier, et ce qui est niable est aussi indéniable, je dis ceci afin que l’on cesse de me résumer ,de me heurter, de m’enquiquiner, de jacter à mes dépens, de me faire gerber ou rougir, chialer, éructer avec ces putains de mots en activité comme des cancrelats sur un parterre de pédoncules.

 

Je lui lis un texte écrit en gros caractère que j’ai pris au lasso et qui se débinait. Ce texte, je le retrouve plus tard déguisé et malpropre comme un chérubin de plus d’un quintal qui a la figure de David Lynch lorsqu’il est en rogne, et de le dire proprement avec le bon accent américain et des tonalités de patibulaire.