Au jour le jour 261 (1977)

A nouveau dans cet hôtel miteux, fatigué de ma prose, de mes fausses dépositions, toi grave et hautaine, moi chien couchant sans japperies, le soleil n’est plus complice de nos adolescences ;j’y reviens encore et encore, dans cette chambre pour oublier ma vie broussailleuse, mes tournesols à planquer les astres, mes faces à faces avec moi-même, et j’y pleure, en portant haut en moi, nos anciennes contrées où des vieux nous coursaient.

Le secret l’épatait, la patate secrétait, vint le vent qui souffla ;j’aurais bien aimé que cela se passât comme je l’imaginais, autrement plus bas.

Ma dernière bonne idée, on l’assassina, dix coups de couteaux, six dans le dos, quatre dans l’estomac ;ah si mes idées naissaient granitique, les poignards seraient de paille et les surins un coton tige.

Quant au réel ce jour là, il ne fut pas plus réel qu’une pièce de vingt centimes dans la fente d’un juke-box, et chacun de décider proprement de son avenir.

Quand j’étais laitier les vaches étaient maigres, quand j’étais bijoutier l’or était du laiton, quand j’étais jockey les alezans étaient baudets ;vint la mort, je mourus. Les vaches ont de gros pis, le bijoutier a fait fortune, le jockey franchit les haies. J’ai eu tort d’en être arrivé là.


Vous revenez parfois
Avec les yeux ouverts
Comme des pierreries
Le jour se fait espace
L’espace me soutient
Puis la blancheur ordonne
Les choses les moins dignes

Vous vous endormirez
Du sommeil le plus doux
Il fera nuit de miel
Tombant à vos genoux
Et je vous aimerai
Comme pour ne plus douter
De moi qui m’abandonne
Dans les herbes grossières

Dans mon sommeil de miséreux
L’absence ordonne ses détours
Les crimes sont précis
Les naissances muettes
Il n’y a que les fleurs
Les filles et les couleurs
Qui soient des entourloupes
Ou quelque chose comme ça

Ce fut l’heure, l’heure de qui, de quoi, d’où, nul ne le sait, mais ce fut l’heure ;et l’heure s’en alla à dos d’ânesse rencontrer la vipère qui bavardait avec l’écorce et une corde raide.

J’avais l’âme de quelqu’un d’autre ;ce quelqu’un mourut, mon âme le rejoignit ;je cherche aujourd’hui mon âme qui habite peut-être dans une tirelire, un acacia, voire un escargot qui ferait dix kilomètres par jour.

Le vin avait l’odeur du lait, le lait celui de la limonade ;à chacun son énigme ;imaginez un œuf qui soit une agate, et voilà que l’agate est une gardienne de moutons, je dis qu’il faut bien plus de distance que vous n’en prenez pour voir en profondeur.

La vertu qui tourne autour du vice pour le déniaiser a les dents jaunes, boit du coca cola, se mouche le nez dans la farine ;je dis qu’il ne faut pas qu’elle fasse son office. Imaginez un vice poilu comme un pissenlit, rouge comme une commère, gâté comme la pourriture, que serait-il alors du beau monde qui se liquéfie après vingt deux heures, avec ses paluches de sbire bouchon et ses façons de portefeuille ?

Et hop, l’heure se pendit. C’était la bonne heure, l’heure ou présence et absence entre en compétition, l’heure où les lions vont boire, l’heure où le curé commence par le commencement, et hop ,l’heure se pendit. J’ai du mal à vous expliquer se qui se passa par la suite.

La vérité qui est un mensonge revenu d’excursion perd son latin quand on lui parle d’aubépine et de malheur, qui sont en fait des synonymes si on les respire ou les peint séparément.

L’obscénité fit vœu de chasteté, le malheur se mit au sirop le respect cira ses godasses, le mérite étonna les joueurs de cartes, les choses les plus basses prirent de la hauteur ;quant à la divagation ,elle devint obèse et mourut de scolopendryite.

Je me console de mon poids disait la fourmi, je me console de ma taille disait l’éléphant ;dans ce monde là les méchants sont des bons et les bons des ordinaires, quant aux pleurs ,aux arbres et au grand bordel de la nature ,ils se comportent comme partout ailleurs, c'est-à-dire qu’ils puent ou qu’ils embaument selon les circonstances.

La pioche fracassa le silence de béton, le silence se souilla de vocabulaire, le vocabulaire se mit dans la bouche des crieurs, et le tout finit par une entrevue au marché des esclaves.

Entre l’âme et le cœur ne mettons pas le corps, tu me disais tenir en une seule pensée, or tu appartenais avec tes longs cils, tes longs cheveux, aux souvenirs nocturnes de la mer, et tu m’as fait rougir bien au-delà du jour. Aujourd’hui je te dois ma misère et mes mains qui creusent l’eau.

Chaque âme est une voix de paillasson, de paillasse et de litière ; pour moi aujourd’hui qui ne te devine que de loin, tu es une écriture, un port, une chevelure. Si je pouvais mieux te maudire, je te dicterais mes révoltes et tu aurais toutes les bassesses, toutes les misères pour me déchoir.

Hier, toi louve, moi captif, un soleil dévissé dans un ciel incassable. Je t’aimais comme une brûlure, comme une étreinte, comme un désir. Maintenant, loin l’amour. Tu traverses Paris le cœur à découvert, on pourrait te le décrocher et tu n’en saurais rien, moi je te hais si fort que ma fatigue ne me désarme pas.

Là où il y a un espace, elle passe ; elle a des airs de naufragé. Alors on crie, on râle, on se dévisse, on fait le grand plongeon. Elle, elle est là debout à faire son office, quand elle s’en va après avoir donné ses ordres nous pleurons. On dirait que nos années nous pèsent comme des ordalies. En fait, c’est notre cœur qui retrouve son glas et qui n’est plus à sa place.