Au jour le jour - 257 (1977)

Chaque jour un peu plus seul, chaque jour une nouvelle aumône qui m’échoit, si proche pourtant des années du poker et du baby boom, vingt ans déjà d’insultes, de chiures et de chienlits, de trottoirs mal répartis, de sainteté mal dénichée, de chevelure trop longue de branleur solitaire, vingt ans, et des noces de sang à la sortie des cinémas.


Je parle sous le balcon

De tes naufrages violets et bleus

Il fait une nuit si douce

A s’occuper de soi

Du froid et de la paix

Qui ont leur origine

Dans les choses que tu touches...


Si familière je te recrée

Pour porter mon amour

Sur les hautes montagnes

Qui ont la forme de la mer

Du mensonge

Et d’une gloire

A l’image d’un grand désordre

Où il fait bon désespérer...


La pluie gribouille ses durées

Sur le feutre des bordels

La vie nous porte des coups bas

Elles elles sont là

Additions de nos jours d’octobre

Leurs mains sont chaudes

Comme des lapins sans peau

Elles tremblent de ne pas souscrire

D’accepter le refus

Puis c’est le fruit de leur douceur

Qui nous modèle un cœur de loup

Batailleur et mauvais

Qui ne pourra s’épandre

Dans le foutre du temps...


Je te dirais chagrin

Les jours de pluie de vent

De ciel lourd et cuivré

Pour moi seul et si doux

Toi tant incontentée

En tes desseins de tableau noir

Tu parles de la mer

De l’amour de la mort

Comme d’une mélodie

Si triste et si fragile...


Je l’aimais à grand bruit, à coups de points et d’os. Elle fuyait sous les balcons où l’amour n’est qu’une culbute. Je la traque, la cherche, la guette ; elle, elle fait la pute le dimanche à la sortie des cinémas, et pour moi toutes les nuits blanches, les crans d’arrêts et les tessons dans le grand bordel de ma chambre où toute musique est inutile.


Voilà que j’innove un nouveau mal, le mal du thé ou de la menthe, c’est un mal bleuté comme un coquelicot, panaché comme une encolure, leste comme un porte plume, ignoble comme la parole. Je le porte haut vers le ciel, le brandis à toutes les coutumes, l’exerce à toutes les rafales, oh, si seulement ce mal de petit torse, de défiance élargie, pouvait vous endormir vous qui ne dormez plus.


On pendit le cri, qui avait dit-on son origine dans les choses les plus basses, le cri se fit aumône, l’aumône exagéra ses sentiments et se prostitua ; la petite putain intérieure violenta ses conventions les plus secrètes, celles-ci sentirent la rose et la naphtaline, et tout recommença selon la logique même.


Laissez la en elle, lézarde de vif argent sur la margelle des anciens puits, le vent dans ses journées lui évoque sa vie si souvent meurtrie, elle qui pourtant loge en des états d’herbes sauvages et de rochers qui détonnent ;et que chacun la bénisse encore pour la voir émerger du plus profond de son vieil âge.

L’hiver, le port de son meublé où elle ancre sa vie ;sa vie c’est la moitié de celle de l’autre, cinquante ans d’absence, d’absence ordinaire, absence d’un plongeur de fond, absence dans un mutisme domanial ;puis des pleurs, elle a des décennies de souvenirs embarrassants.


Du grand bordel des mots te voilà expulsée, passante à perdre souffle, à ne tenir debout qu’en des chambres bases de plafond, qu’importent nos anciens délices, aujourd’hui la permission est en congé, il nous faudra nous évanouir, nous épanouir, et ne compter que sur nos corps, archets tendus comme des prières dans le haut soir.