Au jour le jour - 256 (1977)

Paris août dix neuf cent soixante et la poussière bleue des fins d’après midi d’été ;elle ,beauté effacée des tremblements du voir, boit, le dos à la ville, à l’asphalte, à une immense peur d’être et de devenir ;elle divague de ces automnes au bord de la mer, quand les grands oiseaux échappés d’un ciel tremblant rayonnaient au dessus de sa tête, et moi de l’aimer, déesse de profil, dont le seul nom évoque, aussi bien la patience que le feu souverain...


C’est l’heure des bouts de table, elle mange négligemment, sa tristesse échelonnée comme des barreaux d’hôpital ;elle fait semblant de le maudire, elle tient le coup dans son mutisme, comme piégée en une salle d’opération ou seul le toubib consentira à dire la vie ou la mort.

Elle mouche le nez aux enfants qui reviennent d’excursion, les mères ne lui ressemblent pas, elle a le visage grave de celles qui écoutent l’ivrogne s’inventer de nouveaux scandales. Les dimanches ,elle va dans les forêts pourprées cueillir des champignons, tremblante comme les saules qui ont la douceur du ciel après l’orage, elle s’absente dans dix ans de souvenirs embarrassants..


Je la veille, habitée qu’elle est des voyages au long cours, des courses folles dans les plaines, dans les sous bois crépus, elle a l’âme des villes établies dans la lumière, le cœur dans un fixe espoir dans sa poitrine qui se soulève de sa nuit, de toutes ses nuits.. 


M’aorte le temps à la gorge, aux mollets, aux chevilles, m’aortent mes vingt ans sur les routes et les gravières, sur des chemins de boue, de cette matière faite pour dire les mots ;je crois encore à la fécondité étant pourtant bien loin de tous ses parallèles :ma vie dépend toujours de moi..


Elle balbutie les paumes ouvertes toutes ses déconvenues, ses yeux de chienne aveugle raturés du soleil d’autrefois cillent encore ;qu’est-elle, elle et sa vie si souvent hors de course, loin des espoirs clos en ces chambres de bonne ;les hommes sont sa seule histoire, ce pont jeté sur le vieux monde, sur ce continent confié aux formes informes, les hommes sont le fruit de sa terre, qui font qu’elle n’a plus faim et sa soif étanchée, les hommes seuls et ils le savent…


On s’est léché les babines, miré l’nombril, tapé la queue, lapé du champagne sur les cuisses des rousses échevelées, vu les marées, largué les amarres, joué d’la clarinette dans d’affreux bouges les samedi soir, fait du pipeau, croisé les bras, sucé la bouche des gourmandes, écrasé sur la face des walkyries honteuses les mains et les framboises, et puis on a été intérieur, intérieur, intérieur jusqu’au fond de nos os…


Une vie imparfaite comme l’orge le blé en moi couve ses maux de plaine ruisselante. Les tessons de la pluie et des marées montantes sillonnent mes artères et mon sang bien trop bleu ;ô femme parallèle, de toutes les encoignures, saoule moi, abats moi d’un coup de revolver.


A la maternelle les lions sont des caramels mous, touti froutti,puis zob, zob, zob, les pissenlits sortent des cinémas avec des barbes de père noël.