Au jour le jour - 255 (1977)

Il y a encore dans la salle d’eau le savon bleu de tes plongeons, les vitraux ocres de tes travers…toi partie ,mes veines ont soif de mer, et mes yeux verts se ferment, la clé de mes poignets n’est plus qu’une fleur de sang, l’image est morte sur ton nom, les dés craquent, osselets temporels, je te prolonge dans mes orages, ancienne antienne pour un pipeau, mon obstacle étoilé, mon insecte grouilleur ;hélas toutes ces cartes sur table ne m’inventent plus le monde, et mon amour fut-il de débarras, s’élargit de ma peine comme je joue du couteau…


Elle portait haut les seins comme des colliers de chair, comme des émaux de lait, s’amusait de mon sang noyé dans mes artères et donnait du mouron à mes chiens les plus sots ;rousse dans tous ses états d’épaisseurs et d’ogives, tombait en larges plaies ses anciens souvenirs, ceux du feu et du ruisseau de son deux pièces obtus quand elle était dormeuse…


Moue des seins dénudés en silence d’hôpital, ton torse m’offre des prières à garrots, des lacis de fontaine, des panaches d’oiseau ;puis c’est mon souffle court à ton cou, à tes aisselles ;tes jambes sont des carlingue huilées, ton sexe, l’outil brûlant de nos désirs, plus tard quand les aiguilles de nos doigts résolus blasonneront nos tempes, tu tairas chaudement tes hourras à la lune…


La serveuse temporaire se plonge dans ma vie, et ronge ma souffrance et cogne mon désir…ronces que je fais miennes d’un revers de la main, jupon maigre ténu aux jambes d’urine chaude, je trafique mollement dans ses yeux d’effraction, chaque mot nous déplie, nous creuse et nous entourloupe, chaque regard nous inculpe, nous dépiaute et nous joint, ses mains d’éclaboussures d’éviers et d’eau courante sont comme des éponges, pores des paumes savoureuses pour mieux s’agrémenter, pour tempérer le feu, distordre le hasard, seins de remue ménage, d’appels de louve moussant aux lavabos du cœur, visage de marbre rose, d’amazone et d’éclipse…et je lui appartient dans toutes mes épaisseurs, dans toutes mes furies, mes meutes, qui sont tous mes envers ,qui sont tous mes adieux…


Où noyer ma misère, de quel pont me jeter, d’où balancer ma vie ;pourtant le pain est roux, a des mèches de mie, ta nudité fonctionne comme un quatrain lunaire, les mots sont crus et métalliques, chapelets de chair et d’os, la chance ronfle comme un monarque assoupi, les vœux sont marins et mariés, et pourtant le pourtant n’est ni oui, n’est ni non…


Il pleut sur la pluie et j’ai tant besoin d’eau pour raisonner ma peine, des vagues d’urine chaude balayent les trottoirs, et l’envie de vous dire des mots à ne pas dire me secoue comme du jonc dans le vent débité ;mon passé aux rouages d’herbes et de nonchalances brûle du feu des prairies étranglées de soleil et du cri des grillons, chaque larme des anges est une veine qui s’épanche, qui va dans ma poitrine, y dévoue toutes ses ronces, celles des ravines et de mon corps qui ne vous convient plus.
Putain de chienne aveugle au sortir du brasier, elle tangue avance et roule de ses sourcils aux talons hauts, j’ai mal de ses élans, pendulaire agité des soubresauts de nasse…elle est le slogan gras des affiches de ce jour « j’ai le pouvoir de durer »merde à cette délicieuse éternité, avec ses seins de fermeture, de zips, d’éclairs, d’archipels et de cirques, avec ses fesse de chardon bleu dans le cuir de leur peau, avec la houle de ses hanches comme consigne à tenir, avec ses yeux gainés de houille et ses cheveux café.. il me faut à présent lui présenter ma peine, mon nom,mes répugnances et mes rigueurs pour un compte imparfait.


Des poignets fins de sang aux cuisses des tiroirs, étagée comme dahlia, vestale comme la chienlit, tu veux cramer mes veines en canaux de tendresse, mes angles et mes cris ;ô belle endolorie, étalonnée de chair, de torts entretenue, ronge mes os et mes dents, insulte avec tes mains, ce corps contagieux planqué dans un miroir…


Au palais qui porte ton nom, tu souriais fiévreuse de ces colères en toi, tu t’accordais à l’heure, aux départs et aux hommes, tu aimais tous les jeux, équivoques d’équinoxe, tu gesticules encore…dans ta ville endormie tu t’agenouillais sur les pavés gras, tu disais que la terre était ton noble amour, tu m’embrassais hautaine sur la pointe des pieds le front et les paupières, fourrais ta langue dans ma bouche, répétais que jamais tu ne te répèterais…sous ton pull de soldate, tes seins polis comme un midi, guirlande de chair tendue, oiseaux à ma portée me fouissaient des gestes d’ensorceleur…plutôt que de monter un soir les marches du Sacré Cœur, nous avons parcouru les venelles du premier, cicatrices médiévales, l’ombre et ses moribonds recrachait tous ses crimes…