Au jour le jour 253

J’ai eu cinq filles, cinq nabotes avec des regards légers comme des aubades, elles mangent de la luzerne et en dépit de ce que je leur enseignais ,elles prirent le goût du travail, je les suppliais de ne pas perdre leur temps à semer de mauvaises graines, pire à les récolter, à aligner des caractères, peur leur chalut(du verbe chaloir)comme elles n’avaient pas d’oreilles mes paroles furent vaines, elles allèrent dans toutes les choqueries et cloqueries du boulot, là où la turbulence vient de gros cons, puants comme des oignons, vous savez ceux qui ont un trousseau de clefs à la ceinture et un canif dans la poche, bref rien de ce que je croyais mériter n’advint, dans les années qui viennent je compte louper mes coups.

Le premier qui veut rester, il dit un peu plus tard qu’il se tire, il a déjà des cornes et passe ses journées au lit à comploter, ça servirait d’ailleurs à quoi d’aller se faire plumer au bistro tout en buvant de l’absinthe et en bouffant des langues de chat, de se la jouer en restant debout, nous sommes tous restés des œufs, des embryons de drôles qui font le tour du monde en regardant des dessins animés, ça se présentait déjà mal pour chacun de nous avec nos couleurs mauves pour aller à la pêche aux écrevasses, du gris plein les yeux et un chapeau haut de forme sur la tête, alors que dire de nos bistouquettes étonnamment braques et broques, grigouteuses, spongieuses, pas réveillées, et à table c’est toujours le même qui parle, il parle frénétiquement de ce qu’on veut entendre, des conneries quoi, et ça nous enquiquine malgré tout qu’on pose un pied sur un barreau pour monter au ciel…

Les mauvaises pensées sont toujours nocturnes et l’avenir est un point maléfique fixé sur une tapisserie bleue qu’on exagère du regard parce qu’on y voit se mouvoir un scarabée plein de cette perfidie qu’affectionne les femmes mal intentionnées qui marchent sur la tête le lendemain de leurs fiançailles, avec des écritures fines plein le chignon, ça reste du domaine de l’évidence , mais l’évidence n’a rien à voir avec un baiser ou un enlacement, alors à quoi bon se questionner sur les bêtes que nous sommes, sur les herbes, les potions, l’amitié, et j’en passe, puis viennent les barreaux derrière lesquels on voit des ratons laveurs de casseroles et d’escaliers avec des capucines à leurs pattes se carapater tout en finesse, le challenger quant à lui n’ira pas à la finale et finira véliplanchiste sur un étang boueux.

L’angle, il est toujours difficile à peindre, top obtus, trop aigu, trop sénatorial, ennuyeux et ennuyant, alors on fait des seins ronds comme des sourires et les femmes qui ne sont pas contaminées par ce qu’elles voient les  apprécient comme des pâquerettes, du blé, voire une musique savante tout en allant à des coopératives pour y ramener leurs belles herbes finement coupées dans les superbes banques des plaines qui sont des palais à mettre sur une palette, je me plais à savoir ceci, je sais d’ailleurs que je n’irai pas à la cassonade, ni à la bastonnade pour me perfectionner à des résolutions et révolutions dont je me fous, je sais aussi qu’en toute chose ce qui est rouge est toujours de nos sangs parallèles, et ce rouge, on l’emmène lorsqu’on part en promenade ou en excursion, puis le chevalet mis sur pieds, on le pose sur la toile et c’est un paysage choisi qui apparait telle une lame ou une âme qu’il faudra célébrer.

A partir d’un univers agité d’une sarabande,  la forme que prend l’avenir est celle d’un seau de peinture qu’on déversera dans l’océan pour davantage le bleuter, ceci à la manière de cette semeuse qui met du grain au ciel et des épices sous les tomettes violacées par le temps, il est aussi des endroits qui vous regardent avec les yeux d’un diamantaire qui palpe des topazes, des grenats, des améthystes folles, tout cela des journées entières, et sur son bureau,  des formes géométriques prises dans du buvard ou du papier verre disent des secrets de bornes et d’aventures, puis arrive ce qui doit arriver, la lampe qui s’éteint, des trucs à justifier, des collets, des collerettes, et une fois encore quelqu’un a été gourmandé.