Au jour le jour 243


L’amour mourant aux doigts
Des nocturnes vacances
Est un charroi bien lourd
Que tu ne peux tirer
Pas plus aux torches vives
Qu’aux faîtes les plus hauts
De ces diurnes chênes
De chairs et de lambeaux
D’où nous regardons choir
Le dernier jour qui tombe
En ombres et en reflets
D’un domaine inconnu
Où crèvent nos jeunesses
Dont vous fûtes la part
Glorieuse des créatures
Qui n’auront rien souffert
Qui rient de leur froideur
Et du plus haut tribut
Qu’elles ne payeront pas
A leur double jeunesse
Celle où nous étions en somme
Et rêvions convenus
De celui qui est nous
Et d’un autre lui-même
Sans connaître jamais
La tristesse d’aimer
Ni de joindre le ciel
A ses fraternités…


Aux patiences charitables
Retenues dans nos mains
Vont tant de nos serpents
Avec leurs yeux de givre
Dans cette longue nuit
D’où n’a jailli qu’un mot
Il reste de nous-mêmes
Comme un soufre soyeux
Et vivre un jour présent
C’est ne plus consentir
Qu’à lever de la suie
Dans tous nos repentirs
Et de toujours couler
En vaines persistances
C’est un regret de plus
A nos heures encombrées
En jeux subtils de voiles
Qui nous recouvriront
Comme venues d’un sang bleu
A nos veines cassantes
Pour faire entrer en nous
La nuit cette renégate
Où chacun tant s’absout
Qu’il en oublierait Dieu…

Il y aura l'apparence et la prodigalité des scènes de campagne, des secrets ,des légions ,des louanges ,des couronnes et des courants d'air, il y aura cela je l'atteste du vin ,des tavelures, du pain, des étoffes, des hermines pour les ciseler, un soleil comme une châtaigne chaude, des cartes, des mandarins des mendiants et des mandrilles, des images saintes, pas de la pieuserie, non quelque  chose de peint avec les couleurs bien là où il faut ,des fronts bleuis aux enfances de farces et d'étourderies, des cloches et des clochettes, des parfums, des forges cramoisies, il y aura en toute chose le lieu et sa distance, celle où vont les adroits somnambules qui avancent sans cesse reconnaissant et l'oiseau et l'odeur, il y aura des plumes et des flamants ,des loups aux yeux fardés, des vasques des fontaines avec leur millésime, du mica ,des émeraude, la corne verte des juments ,l'axe où tournicote l'essentiel du jour et de mes mots ,et puis il y aura vous avec les paumes ouvertes pour recevoir ce qui est lourd et lent et qui n'est pas notre âge...



Le monde est un puits enchanté apprêté pour des filles frôleuses de goberies ,de passages à niveau et à tabac, il est opaque et transparent, suspect en intérieur comme en guerre civile, et celui qui y danse, tourne autour de la providence comme autour dune femme sans rien  n'y ajourer, sans poids et sans viatique il donne ses rançons à la nuit .Moi, je lui tends mes inscriptions stélées et stellaires, mes ailes, mes rognures mes instruments à vent. Souvent j’écoute l’évasion du soleil blondir des plages où des hommes blessés entre le couteau et la peur font des acrobaties,et que de chiffres de nombres méconnus au nombre des longues dictées écrites de leçons cerclées comme les mauvaises lunes de maîtres sélénites n'on pas altéré. Tout ça pour le prix d’une ponctuation dans le temps de notre petite vie, pour le prix d’un jouet mal étreint, parce qu’ils ne se moulent pas aux baisers d’une absence. Ce moule là je le prendrai pour mesure, le serrerai dans mes bras, lui donnerai à manger et à boire, je le peindrai et le peignerai, afin qu'il aille à cette joie touffue qui fera le tour de mon monde sans les prescriptions du temps.


Que ce qui est écrit le reste, dards, aiguilles ,anguilles en roches souterraines vitesse plantée pour du braconnage ,esprit qui dort couché contre les rails, évidences ,danseuses enturbannées pour d'insipides noyades, fouilleries turquoises où se succèdent l'odeur du café ,du jasmin ,et du jeûne. Que ce qui est écrit se borne à être dégrisé, contrefait ou non ,quitte à choisir des mots, autant les mâchouiller d'abord avant que de les jeter aux hautes voltiges  ,quand vient l'heure du glaive et du vautour ,de l'homme qui mange sur une place ses quignons quémandés, qu'attendre de nous si ce n'est de se voir dans un Janus qui par ses intentions fait mine de ne rien voir ,double vue, double foyer pour le luxe de la débine, c'est notre côté suspect, ces fuites ces débandades, ces reculades et nos mots ne sont plus que des généraux anéantis qui dans leur topographie rajoutent le vocabulaire digne d'un monstre qui ne s'agenouillera pas sur sa propre dépouille.

Par mon âme bleuie dans les encombrements ,les feux , l'eau ,le vent ,les jours de fête et de sort sont des hauteurs que nul n'atteint et meurt des anciennes amours, ici j'attends une affaire, là je vais dans les nocturnes  confréried des filles et  des garçons qui apprirent à vendre leur pays pour une menue monnaie, d'autres fois encore, lorsque je dépasse les réseaux dans la  soif et  la fureur du jour ,j’ai des alliances avec les hommes qui se mesurent  avec faim de  les perdre, mon inflation est dans des regrets, j’ai des armées effrayantes  pour seulement me jouer de  la terrienne qui nous enchante plus largement. Plus de meneuses et plus d’échardes  avec leurs deniers qui ont fait la joie des rondes stériles, géantes dans les cliquetis des civils ,mon âme est un moment choisi…

Du temps passé à parler moins, comme travaille un vieux malade j’ai gardé mes douze ans dans un jardin vivant ou l’éventail des fleurs et des arbres s’arrangeaient avec la pluie, ce baptême était d’un temps ancien, sans assèchement, et j’y ai trouvé des histoires d’heures infinies où le ciel se mettait dans l’autre axe de la terre pour désigner les temps complets et complexes qui le ramenait à une existence fixe. J’ai beau voulu regarder cette mémoire intacte, rien ici on n’est advenu, je suis devenu un homme aigre et sans saveur, mais je veux marcher haut, mais je peux marcher droit juste.

De la taille et de la hauteur d’une abandonnée, cette autre veut  dormir dans les arbres dont l’existence est plus baissière que la sienne, on peut d’un seul regard admettre qu’elle retient cela d’un rêve, et que la place du soleil est beaucoup moins sensible que la sienne, l’eau tout autant, j’ajoute que les plantes sont de fidèles compagnons des séquences d’épée et de tisanes à la fois.

Quoi que je ne veuille pas aller à son encontre, ni dans ses sens, je sens que  ma méprise  est une robe noire, ma chair honteuse et maladive, qu’il lui faudra de bons souliers pour grimper si haut et si vite, moi jamais je ne pourrais l’atteindre.