Au jour le jour 231

Comme nos chiens sont étourdis de n’être pas devenus des bêtes voraces, des loups au queue de comète, ils ne vont plus à l’affreuse pâtée que nous mettons dans leur gamelle pour les empoisonner, nous ne voyons plus leurs yeux que comme de vieilles pendeloques, pleines de sombres histoires quand nous les traînions sur les berges , sur la piste des divinités nubiles qui couraient le long des canaux pour des corps d’équilibriste ;avec leurs étirements grotesques, ce ne sont plus que des auxiliaires qu’un maître infatué voudrait abandonner dans un chenil crasseux, j’en veux pour preuve que dans leur regard ne subsistent que la férocité, la colère, la fièvre, le désespoir de ceux qui n’ont pas connu l’aumône d’un bâtard bien élevé, voilà que les hommes sont malades,et qu’ils le resteront…


Régulière comme le jour qui s’absout dans les curiosités d’une herbe aux armes fertiles, la voilà dans la lenteur de celle qui donnerait le bleu du ciel à certains qui détestent voir les illusions  tomber de haut  ,derrière le rideau, là où s’étend la pâture des horizons, elle voudrait voir une place froide où des vieillards corrompus, en petits pas de danse lissent les cheveux des filles, celles qui ont des graminées à place du cœur, infirmières à domicile pour des piqures sous les guêpières, en vérité, elle est d’une génération qui a les mains creuses, et ne s’y sont pas abandonnés des enfants sourds aux remontrances, ceux qui ont amassé des dépouilles d’insectes pour les mettre dans la boite aux souvenirs, et cet esthétisme leur vient d’un désir perdu pour n’avoir pas assez regardé sous la jupe des demoiselles.


Les éventails aux ailes saupoudrées d’insectes touchés par la foudre sont dans les mains égratignées des filles aux nageoires de beluga, infirmes d’avoir lâché leurs petits dans la haute mer, dans ces soirs d’été quand la paix était violette aux dessous des balcons sans bastonnade, elles savent encore que leur corps est un relief pour des combinaisons à venir de ces hommes qui les soutiendront dans le naturel des gourmandises à domicile. Il en est ainsi de leur point de vue sur la vie qu’elle n’est plus de ce vide érigé en villégiature, qui sitôt qu’elles y touchent réinventent la fausse perfection de ces printemps où s’immobilise une jeunesse masquée et qui porte son pas vers les idées saugrenues d’un long déplacement vers des pays où l’on fait le vœu du désarroi ou de la chasteté.


Maintenant que j’ai ouvert mes bras à des étendues où se déroulent de vils animaux, l’émotion du vertige n’est plus de ma famille, et c’est une autre musique moins délicieuse qui vient troubler mon corps avec ses flûtes, ses hautbois, ses cornemuses anguleuses comme des battoirs, ma tête qui a été caressée cherche sur des lèvres d’autres notes soutenues, une algèbre de sens sans réquisition,  une bouche qui ne ses dérobera pas aux compléments de mon corps d’arbalétrier, n’ira plus à la distance, dans ce désert que sont les ports,  les nuits, les impasses, les territoires des ombres où nul ne veut plus s’aventurer sans flingue à la ceinture, je ne veux plus davantage aller à la blancheur de ces astres dont la passivité est épouvantable, et à la perspective de n’avoir ni oreiller, ni édredon, je vais dormir chez une frangine qui à une place à ma disposition dans le foutoir de son âme.


Ramenez votre âge à la sincère, noble, vivace imagination des singes dans les épiceries, il vous viendra des idées à ne plus en vouloir découdre avec les matinaux, et votre fatigue ne sera plus que cette venelle où ne va aucun pas, où ne se soignent plus les bas couteaux. C’est ce que j’ignore qui va à mon sommeil avec les bras en croix, mourir n’est une nécessité que lorsque vivre s’oublie dans la gravité des voix qui se sont tues, qui ne battent désormais qu’à nos redondantes étroitesses, ne nous rappelant que la fausse intégrité des amours maladroites. Mon repos est une balance inspirée par de hauts plateaux, une carte posée aux orgueilleux vouloirs de la parution ,ma conduite ne va plus à l’envie, elle est une scène où la lumière ne s’éteint pas pour nuire à la beauté, ma peur a les joues pommelées ,rondes ,rougies à des façons de désespoir, celles aussi de cette femme qui me retenait à son giron d’absurde mère, pour ma régler à sa terre, là où n’arrivait aucune sainte musique…


Dans la transparence où les impudents mettent des boutons d’or aux chambres vides, viennent des filles en col roulé qui blanchissent de leur fixité, c’est là que j’ai posé des arbustes venus tout droit des pluies froides, qui touchent à la terre profonde sitôt qu’on les convie à des couvaisons d’aubépines, près de ces étangs glauques , où des anges pleins de fatuité vont par paire avec des demoiselles noires, en attendant qu’arrive le déluge, qu’il les pousse vers ces soupentes où ils verront que leur cœur est voué à des séparations diurnes, leur corps écoutera la monotonie des saisons s’adonner à la lecture des dernières nouvelles de ces hommes pris en défaut d’exister. Moi je resterai immobile, une épée au dessus de ma tête, et j’écouterai ma vie tranchante déchanter à l’adresse des curieux, le monde avec ses yeux d’aveugle aura beau avancer, je ne lui serai d’aucun soutien…


C’est toujours d’un même élan que nous allons à la rencontre des bêtes gonflées d’émotion qui se pavanent la nuit venue, en ramenant à elles ces parts d’ombre comme de confuses musiques où les notes sont moins délicieuses que ces bouquets d’herbes que nous mettons à leur bouche. Dans la lumière qui reflète nos redoutables desseins, notre fragilité est épouvantable, nous ne sommes plus ces aventuriers qui ont gardé leur raison pour de nobles conquêtes, pour s’étonner au plus haut point de leurs découvertes, nous les hommes verticaux, nous nous embarrassons de trop de nerfs, de trop d’aplomb, c’est pourquoi nous ne nous relevons plus de nos identités meurtrières, que nous allons dormir contre le flanc des femmes qui sont restées petites de nous avoir attendus, d’avoir vus nos corps translucides choir de nos amours mensongères…


Chiens de contrebande, nous touchons à la mauvaise, funeste, aventure de nous perdre dans le langage ravi aux perfides destinées. Hier encore, nous étions sous la tutelle d’un général qui commandait à tous nos saluts, nous ramenait à la diane dès l’aurore, dans l’indifférence de lieutenants qui portaient de faux uniformes et flottaient dans des rêves d’amirauté. C’est de l’ordre de la foi et de la loi, de toujours s’éveiller aux cotés d’une qui nous berça, qui avait la couleur du ciel et du sommeil comme une torche brûlante, mais trop honteux d’être des bâtards artificiels, rancuniers, dans l’ombre d’un maître sans remord, nous abattons sur nous nos mains calleuses et sans charme, et tant de relever lentement la nuque nous ne voyons plus le jour du coté qui nous dardait …